Après (La Hyène de Namibie)

Après


Sous la mer, la terre coule, le soleil s'obscurcit,
Des cieux tombent les belles et brillantes étoiles ;
Jaillissent la vapeur et le feu dévorant,
Jusqu'au plus haut des cieux, montent les immenses flammes.

Je vois du vert maintenant et des choses qui poussent
La terre se soulève de nouveau sous la mer ;

*


- Il a du être heureux de voir l’arrivée de cette tempête… Une prophétie pour lui.
- De qui tu parles, ne me dis pas que…
- Ecoute-ça.
L’Elémentalisme est l’expérience de la Foi contemplative ressentie dans la manifestation d’une phénoménologie propre à l’incarnation d’un Elément.
- Cet homme ne fonctionne pas comme les autres…

Le visage comme sculpté dans de l’ébène brut de l’homme s’était un peu plus figé.
- Génial.
- Tu fais chier Teddy Freaks !
- Hey, ne m’appelle pas comme ça, sorcière !
La belle rouquine fit une moue mi-amusée, mi-désespérée.
- J’étais si proche…
Elle s’était accrochée aux rares fragments récupérés dans le disque dur cramé de celui auquel elle s’accrochait comme une tique assoiffée de sang. A partir de théories philosophiques farfelues, de références à des mythologies que tout le monde avait oubliées et d’abscons propos sur les Hyènes, elle tenait son homme.
Il avait tout fait pour la faire lâcher mais comme ces sales parasites, c’était une tâche impossible sans lui arracher la tête !
- On en a parlé et reparlé. Qui te dit que ces petites succubes du foyer n’ont pas fait sa fête à Fratti ? Pas la première fois qu’une bande de gothiques profanerait un macchabé.
- Soit les services sociaux bloquent leurs nouvelles adresses sous couvert qu’elles sont mineures, soient elles ont fui comme tant d’autres…
- Tout le monde a oublié la « Nouvelle-Orléans » de 2005. Personne n’aura une pensée pour tous les rats ayant fui cette ville pourrie.
Fricks repensa à la tempête.
Les digues avaient craqué, soulevant certainement en même temps une envolée des bourses immobilières pour le projet Europa. Il n’y a que dans le malheur que les plus cyniques arrivent à faire du surf sur une inondation. Et c’était une vague d’or pour qui arrivait à tenir dessus.
La plupart de la vieille cité avait été englouti et tout le reste avec.
Tout le reste ouais.
Karkan reparti dans un autre comics, les gamines envolées et Bachar flottant peut-être encore sur les ruines de son royaume perdu. Qu’étaient devenus tous ces gens déjà égarés dans une vie pourrie…
Morts ou en quête d’autres terres qui ne leurs seraient de toute façon pas hospitalières.

- J’ai une question Phyllis.
- Hum… Si c’est pour me dire d’oublier cette affaire.
- Oh ça tu devrais, il n’y a plus que des morts là-bas, ou des fantômes. Mais non ce n’est pas ça.
L’expression de Fricks.
Phyllis se souvint qu’il avait eu la même quand elle s’était éveillée à l’hôpital. Il lui avait caché quelque chose de terriblement important mais il n’avait rien dit. Et cette fois… Et non ! Ses rides s’affaissèrent comme s’il avait repris le fil de ses pensées premières.
- Si ce chevalier de l’ombre a vraiment frappé cette ordure de Fratti…
- Oh, il l’a fait !
- Oui, et bien s’il ne l’avait pas fait et qu’il ait laissé là Mary-Kay avec cette merde, tu penses qu’il aurait été quelqu’un de bien après ça ?
- Je ne vois pas où tu veux en venir.
- Aurait-il été un être meilleur s’il ne l’avait pas fait !
Cette fois ce n’était pas une question mais presque une injonction à répondre.
- Je n’en sais rien, je…
- Oh si tu le sais Phyllis. Quel que soit cet être, je suis certain d’une chose s’il la bien fait. C’est qu’il ne peut pas être devenu quelqu’un de pire…

*


« Vol 774 Windhoek, arrivée Hosea Kutako, pour embarquement »
La voix sonore, style concert dans un hangar et au fort accent métallique Allemand, cracha dans les haut-parleurs. Elle venait de rompre brutalement le silence pesant qui s’était installé entre les deux anciens amants.
- Oh, c’est mon vol…
- C’est curieux comme endroit de vacances.
Phyllis ramassa ses bagages à main en même temps que ses cheveux tombés sur son visage. Après le fiasco de l’affaire et la tempête ayant tout emporté, ils avaient tous les deux été mis en disposition et enjoints de prendre leurs congés avant qu’un bureaucrate ne décide de leur sort.
- C’est ta façon à toi de me souhaiter un bon voyage ?
- Tu crois vraiment que je serais venu jusqu’à Munich juste pour te dire aurevoir.
Les yeux d’acier de la belle et encore jeune femme dansèrent drôlement de droite à gauche et de haut en bas sans oser comprendre.
L’instant d’après son visage se décomposa.
- Il faut y aller, on va rater le vol…
Fricks prit Phyllis bras dessus, bras dessous. Les yeux de la rouquine étaient toujours braqués sur le billet d’avion de son ancien collègue (et ancien amant, elle insistait là-dessus).
- Tu trouve pas qu’on fait un beau couple Germano-namibien ?
- Tu te fous de moi…
- Tss, tss. J’ai toujours voulu retrouver mes racines Africaines ma grande !
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