Le théme de ce premier concours portait sur une scéne de Combat…
Runa
Baëyl's Fields
(Par Runa)
On entendait peu de choses. Quelques bruits feutrés, mouvements de capes, de pas légers, si discrets…et la pluie. Certes pas de ces pluies battantes, illustrant les récits épiques rapportant les glorieuses batailles d’antan, mais une ondée étrangement calme…Effrayant. Cette sensation de calme avant la tempête, comme on dit. Un sentiment de malaise, d’incertitude. Comme si tout autour de nous accusait de notre présence, nous jetant à la figure les mauvaises raisons pour lesquelles nous avons dû prendre les armes.
« Cette guerre ne nous vaudra rien de bon ! », j’entends encore le Commandant Harlan protester contre la décision du Conseil. Au point du jour, les armées étaient parties se positionner à travers les anciennes contrées amazones, autrefois gouvernées par la Reine Aëlliyah.
Et nous voici : la clairière Neirànn. Jamais, de toutes mes vies d’avant, je n’avais vu pareil rassemblement : nous étions des milliers, des milliers de dragonniers, venus des quatre coins de ce monde, attelés fièrement à leurs montures.
Le malaise se reflétait sur chaque visage, les Humains comme les Dragons.
Mais, en dépit de cela, il flottait dans l’air un subtil sentiment d’allégresse ; nous étions tous aussi puissants, vaillants et expérimentés. Nous savions que la victoire serait nôtre…
mais à quel prix ? Combien d’entre nous donneraient alors leurs vies pour un massacre gratuit ?! Le doute des bien-fondés de cette bataille imminente nous rongeait…
On entendit alors, au loin, un tumulte qui retentissait, un son pareil au tonnerre. Les apparences sont trompeuses et de nos ennemis, crédules furent ceux qui y crurent.
Répondant ainsi au signal, les princesses Aeilis et Méluve s’élevèrent alors dans le ciel, pour former la tête de ligne. À leur suite, vinrent les escadrons par demi-douzaines et quand tous furent mobilisés et en place, je m’élevai au-dessus d’eux, prêt à donner l’assaut. Le vent se leva, de façon fortuite : un subtil avantage pour nous.
Des entrailles de ma dragonne Céleste, émanèrent un grondement assourdissant, clamant ainsi le début de l’attaque : plus bas, dans la vallée, cavaliers et guerriers montaient à la bataille, affrontant chimères et démons, monstres terrestres et marins, tout droit sortis des plus abyssales ténèbres. Des torrents de flammes accompagnèrent notre raid, sans pour autant s’étouffer sous la pluie, douce et fine. Je tirai alors plusieurs flèches, lorsqu’un de mes traits blessa une abomination.Celle-ci fondit sur moi si vite qu’elle me heurta de plein fouet, ses serres plantées dans mes côtes. Cette dernière essayant de me désarçonner, m’entraînant à elle, Céleste tentait, à son tour, à coups de battements d’ailes et de mouvements tourbillonnant à travers les cieux, de se délester du monstre. J’entendis les hordes de soldats s’affronter sous moi dans un fracas grandissant, mêlant éclats d’acier, hurlements acharnés et plaies sanguinolentes, tandis que coups de haches et jets de lances fusaient de part et d’autres.
Soudain le sifflement d’une volée de flèches me libéra enfin de cette singulière créature et nous reprîmes le combat de plus belle. La plupart de mes compagnons étaient encore en vie mais nos adversaires revenaient sans cesse, en surnombre, le nôtre diminuant peu à peu. D’où venaient-ils pour nous provoquer de la sorte ?
Décidés à en avoir le cœur net, Thorkel et Noelàn allèrent en éclaireur jusqu’au fond de la vallée, sombre et malodorante. Les colonnes de fumées émanant du sol, donnaient un aspect désertique, lunaire même, à l’ancienne vallée verdoyante. C’est alors que devant eux, se dressa une ombre des plus menaçantes : Desnặr, celui-là même qui avait trahi puis réduit à néant l’armée amazone et leur reine, se préparait à lancer un nouvelle offensive.
Etabli au bord d’un puits d’âmes à ciel ouvert, il invoquait sans répit ces dernières et, au moyen de ses maléfices, il matérialisait les démons et monstres tant redoutés.
Sans doute, aperçu-t-il les dragons et leurs maîtres, car ce diabolique nécromancien cessa toute affaire pour rebrousser chemin vers les montagnes. Les archers firent une percée et scellèrent de leurs flèches de cristal le puits souillé. Mais alors que nous en finissions avec cette lutte, une tempête dès plus violente se leva, dessinant au fur et à mesure autour de nous un gouffre d’air.
Etrange phénomène climatique…surnaturel ! Desnặr tentait d’écraser ce qui restait de nos troupes en formant un ouragan, loin de me décourager, à l’aide d’un zéphyr, je déstabilisai sa tentative. Excédé par ce nouvel échec, il prît entre ses mains ce qu’il avait subtilisé au sanctuaire amazone de Thuyllis : la dernière des Pierres de roses. Et en une fraction de seconde, il la brisa…..Un silence de mort se fit.
Cette gemme recelait en elle la puissance de destruction de plusieurs milliers de soleil, mais pour libérer une telle énergie il fallait qu’elle ait reflété le scintillement d’une pleine lune.
Or, et c’est heureux, cela ne fut pas le cas ; mais le mal était fait car le rayonnement de la pierre engendra le trépas de plus de milles guerriers : cavaliers, fantassins, archers, lanciers, dragonniers et bien d’autres de mes hommes.
Il y eut peu de rescapés, une centaine tout au plus d’après ce que je sais : peu d’hommes survécurent et encore moins de dragons. Une fois le puits détruit, démons et autres terribles créatures disparurent, les âmes retournant à la paix d’où on les avaient arrachés. Certains décidèrent de rester, pour que l’on n'oublie pas ce jour, gardant le fol espoir en un monde meilleur ; d’autres partirent pour de lointaines contrées, voulant eux effacer de leur mémoire ce triste et sanglant souvenir. Quant à moi, une fois nos frères et sœurs d’armes inhumés avec honneur, je partis à la recherche d’une terre d’avenir, un endroit où je pourrai sûrement trouver un ancien sanctuaire, témoignage des puissances ancestrales, fondatrices de l’univers.
Mercure
Le Duel
(Par Mercure)
Le guerrier breton tira violement la jeune femme par le bras et toisait, sûr de lui, les compagnons de celle-ci. Il se sentait fort. N'avait-il pas avec lui un sorcier picte qui pouvait, d'une simple geste les réduire tous en cendres ?
Anilia, la celte, résistait autant qu'elle pouvait. Terrifiée, elle venait de comprendre ce que l'homme voulait faire. Au centre de la pièce le braséro rougeoyant semblait encore plus menaçant.
Le guerrier tira plus fort sur le bras. La main d'Annilia approchait du brasier ….. Moins de dix centimètres… Moins de cinq centimètres…….
Un fracas de verre brisé figea tout le monde……Une forme inhumaine, poussant des grondements de bète féroce, cingla l'air de ses bras et deux guerriers bretons s'effondrèrent! Puis, un nouveau bond et la forme plaqua au sol un autre guerrier. Le temps s'arréta…. Et chacun put voir une apparition d'épouvante. Un homme à la tète de loup qui ouvrait les machoires avant de les refermer sur la gorge du malheureux…….
Puis, la "chose" se redressa. Et d'une voix déformée, elle gronda:
- Lache-la! Ou tu seras le prochain……..
Epouvanté, Ambiorix, le breton, lacha le bras de la celte qui tomba à genoux.
Le sorcier picte pointa ses mains vers l'homme-loup comme pour lancer un sort à la sinistre apparition ……mais celui-ci se retourna et poussa un grondement de bète féroce en retroussant les babines……
- Abandonne ce projet !
Mais le sorcier picte ne se démonta pas pour si peu…..
- Bien! Homme loup! Combattons! Béte contre béte ! Fureur contre fureur.
Et sous les yeux épouvantés de tous les témoins, une incroyable métamorphose s'opéra sur le corps du chétif picte. Un grondement: et ses bras s'allongèrent….. Un autre grondement, et ce fut au tour de ses jambes tandis que des poils apparaissaient sur tout son corps…… Encore un grognement, et la tête se déforma comme si elle eut été d'argile malléable…….
Même le regard de l'homme- loup reflétait l'incrédulité……
Car, en quelques secondes, ce n'était plus un petit sorcier picte qui se dressait devant lui…. Mais un immense, un formidable Grizzli!
L'homme-loup recula d'un pas, les bras légèrement repliés, écartés du corps, près à bondir. Pour la première fois, il connaissait la peur. Celà provenait tout autant de l'effet de surprise que de la haine instinctive qu'éprouve le loup pour l'ours.
Celui-ci paraissait sûr de sa force et ne se pressait pas d'attaquer. Il baissa la tête vers le lycanthrophe puis poussa un premier rugissement, comme pour tester le courage de son ennemi. Mais comme le loup ne bougeait pas et se contentait de retrousser les babines en grondant, l'ours poussa un nouveau rugissement plus féroce, plus long que le premier.
L'homme-loup sentit monter en lui toute la peur animale que peut éprouver un loup qui débusque un ours dans sa caverne. Et c'était bien de celà qu'il s'agissait. La pièce était beaucoup trop exigüe pour qu'il échappe longtemps à l'étreinte mortelle du Grizzli. Il devait trouver quelque chose……
A peine l'ours eut-il fini son rugissement qu'il se redressa, comme pour étudier la réaction du loup. Dodelinant sur ses pattes arrières, il fit un pas en avant….puis un second.
Le loup bondit alors sur le coté et, prenant appui contre la table centrale, il s'élança vers …..la gorge de l'ours, qu'il lacéra avec sauvagerie, en deux coups de pattes. Il aurait tout aussi bien frapper un bouclier! L'épais pelage du plantigrade amortit les deux coups mais l'ours recula… Une lueur d'étonnement dans le regard. Le loup se déplaça sur le coté, satisfait……. Il avait vu la lueur d'étonnement et, pour lui, celà signifiait que l'humain qui était devenu un animal gardait un controle parfait de son corps. Il se battrait donc comme un humain, pas comme un grizzli…..
L'ours s'avança plus rapidement et donna un coup qui frappa le loup au sommet du crane….. Celui-ci fut presque projeté contre le mur du fond. Avant de tomber sur ses genoux. A moitié groggy.
Sûr de son fait, l'ours approcha les pattes en avant et en leva une pour frapper à nouveau, mais le loup parvint à rouler sur le coté. Pourtant, bien que très rapide, le loup poussa un jappement de douleur, la griffe mortelle ne l'avait pas tout à fait raté, lui labourant le dos.
La jeune femme poussa un cri d'horreur et son regard croisa celui du loup qui se relevait. Ce regard! Si humain! Pendant une courte seconde, elle crut le voir se plissait, comme si l'homme reprenait le dessus pour lui adresser un sourire. Mais, ce fut si fugitif qu'elle pensa avoir révé.
Déjà, l'homme loup se redressait et s'approchant de l'ours qui le considérait avec méfiance, il frappa deux nouveaux coups….. De droite et de gauche. La poitrine de l'ours se stria d'une légère couleur rouge sang. Ce qui le rendit furieux.
L'ours répliqua par un coup de griffes qui passa tout près du museau du loup….. Celui profita du léger déséquilibre de son adversaire, pour frapper à nouveau, un coup de la droite, puis un coup de la patte gauche, avant de reculer….. L'énorme plantigrade gémit de douleur puis poussa un rugissement d'une fureur inouie…..
Les pattes en avant, il se précipita sur le loup et le saisit autour de la taille, le plaquant contre lui. Sa gueule monstrueuse cherchait à déchiqueter la gorge de son adversaire, surpris. Mais le loup tenait la tète de l'ours des deux mains faisant son possible pour la tenir loin de lui. Mais pour combien de temps ?
- Il est perdu! Souffla l'un des prisonniers.
Le loup se débattait comme il le pouvait mais l'étreinte du Grizzli était mortelle, il ne pouvait en douter.
Il essaya donc une ultime manoeuvre, tablant sur le fait que l'homme qui s'était fait ours, gardait le controle de la bète donc de sa pensée. Il releva la tète, allongea le museau et commença à pousser un de ces ullulements qui appeuraient tant les humains, la nuit.
- Ahouuuuuuuuuuuu!
Immédiatement, le loup sentit que l'étreinte se faisait moins forte. Le regard de l'ours parut se voiler d'inquiètude et de perpléxité.
- Ahouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu!
Un second cri, plus long que le premier, plus plaintif encore et la tète de l'ours se recula.
C'était l'instant qu'attendait l'homme-loup pour planter ses crocs dans la gorge découverte. La douleur ressentie par l'ours fut telle que la transformation inverse s'opéra et qu'en moins de 10 secondes, une forme jadis humaine gisait au sol, totalement déchiquetée, surplombée par un loup fou-furieux à la gueule sanglante.
Ambiorix le breton et les deux gardes qui lui restaient fidèles s'enfuirent sans demander leur reste, alors que l'homme-loup jeta un ultime regard à Alianna.
A nouveau, la jeune femme distingua nettement le regard humain du lycanthrope. Un regard à la fois suppliant et attentif. Elle osa un sourire malhabile et un lent hochement de tète, comme un remerciement.
Alors, l'homme- loup bondit vers la forét et disparut dans la nuit.
Val des Hurles-Vents
Chattos Suos
(par Val des Hurles-Vents)
L’air était lourd, tout autant que les nuages boursouflés et chargés de pluies menaçantes.
La chaleur restait suffocante en cette fin de journée et une odeur d’ozone l’électrisait d’une tension presque palpable. Les Vents charriaient déjà, mêlés à leurs murmures, leurs promesses de tempêtes, le ciel s’obscurcissant toujours davantage.
Plus épaisses encore étaient les ombres s’échappant telles des serres inquiétantes de la dense forêt aux arbres massifs bordant ce théâtre des Eléments. Pourtant, au hasard des trouées de cette limes boisée, on pouvait y distinguer des êtres immobiles face aux forces de la nature, sans bruit, tous prêts à bondir hors de cet havre forestier pour affronter le déchaînement attendu au-dehors.
Oui, les Hommes avaient choisi de mêler leur folie à la démence des cieux et à mêler leur sang aux larmes qui bientôt inonderait la plaine choisie pour le combat !
Et c’était là mon combat !
J’avais tant attendu ce jour qui serait là peut-être aussi ma nuit… et je voyais là mes Frères Germains dispersés devant moi dans la forêt, notre forêt chérie, notre cœur à tous et plus particulièrement celui de mon peuple, les Chattes . Nous les Chattes étions là en première ligne du front.
Mais nous étions si peu alors. Notre monde périssait et il en fallut de peu que je ne connaisse jamais la joie démente d’affronter ma première bataille. Oh qu’on ne s’y trompe pas, je n’avais aucun bonheur à vivre l’épreuve du sang, aucune ivresse à le répandre non plus. Non, seule la gloire de lutter pour la liberté, reine de notre royaume, était le sens de ma vie. Et c’est pour cette raison, que beaucoup de nos alliés ne saisissaient pas que nous tournions, nous les Chattes, le dos à nos ennemis !
L’un des Frères, un Scalde , trouvère pour l’heure de la bataille à venir, m’en fit la remarque.
- Curieux Chattes, pourquoi donc tourner le dos aux légions derrière toi ?
- Nous ne leurs tournons pas le dos, nous emplissons nos yeux une dernière fois en direction de notre cœur ! Pour nous qu’importe l’ennemi, ses forces, son nombre ou sa nature, l’important est d’humer les senteurs de notre terre, de contempler les arbres de vie que nous défendrons, de se souvenir de ce que nous allons perdre… c’est pour toutes ces choses que l’acier vient se mêler à notre chair. Enfin, c’est vous tous que nous regardons une dernière fois, oui vous… c’est à nous, gardiens de la Germanie, de laisser par notre sacrifice nourrir votre bravoure et votre mémoire. Car la nuit nous appelle, les Valkyrjas hurlent déjà de contentement et ce soir nous ne ferons plus partie du monde des Hommes !
Aux lâches, Helheim , aux Glorieux le Valhalla !
Le Scalde était bouche-bée.
La détermination du guerrier face à lui nourrissait par ses propos les légendes qu’il narrerait à la veillée et par son apparence le mythe qui traverserait la mémoire des hommes. Ce combattant n’était pas comme les autres Germains. Jeune et svelte, son corps était noueux, sec et nerveux. Tel un fauve chaque muscle, bien que fin, semblait plus tendu que la corde arc-bouté du plus menaçant des rets. Seule une côte d’anneaux larges couvrait son torse et on y devinait à même la peau de larges bandes blanches la couvrant. Le visage était pareillement peint lui donnant là une aura mystique. Enfin, chose impossible chez tout autre Germains, les cheveux étaient rasés, une coutume effective quand un Chattes avait tué son premier ennemi ! Mais le poète décrivant machinalement son vis-à-vis douta que ce jeune homme ait déjà mordu dans une proie… seulement ce carnassier avait devancé la coutume, trahissant qu’il ne reviendrait pas de la bataille sans avoir déchiré de ses crocs de fer sa première victime !
Ce que ne dit pas le Chattes, c’est également qu’une fois tourné vers ses ennemis, il en choisirait un, de préférence le plus fort et redoutable, et qu’il le chasserait malgré ce qui l’en séparerait ! Et tous les siens feraient de même dans une cohérence et une discipline unique chez les Germains qui les feraient n’en choisir aucune semblable !
Là était la force de ce peuple…
Inondé par la pluie naissante coulant le long de son crâne, le jeune Chattes fixa une dernière fois son regard sur celui du Scalde, ses pupilles dilatées ne semblant déjà presque plus le voir.
- Quand tout sera fini dis à tous qui étaient les Chattes ! Dis-leur que les Germains allèrent bravement au combat, mais ajoutes que les Chattes eux les devancèrent pour aller à la Guerre… et à la Guerre il n’y a que vainqueurs ou vaincus, que l’Enfer ou la Gloire !
Et dans un mouvement du corps, comme ralenti et spectral, le jeune Chattes qui n’avait jamais combattu se retourna doucement pour se jeter en premier dans une Guerre, là où bien d’autres guerriers aguerris auraient hésité…
Il sentait chacun de ses pas sur la terre meuble et grasse.
Le rythme s’accéléra au fur et à mesure de sa course et à celle du battement de son cœur toujours plus rapide. Il sentait les siens autour de lui courant eux aussi sans autre bruit que de rares halètements ou tintements d’armes et d’armures.
Beaucoup d’entre-eux se dirigèrent vers les légionnaires les plus imposants ou leurs généraux montés sur les plus grands des chevaux. Lui cherchait encore, il cherchait, cherchait… et trouva !
Un Ubiens ! Les pires des Germains, des Frères au sang impur… il ne lui échapperait pas !
Au contraire du Berserker , exalté d’une fureur meurtrière mais aveugle, le Chattes était méthodique, prudent aussi, stratège et malin. Ainsi le jeune guerrier profita des circonvolutions du terrain, évita les premiers ennemis en les éludant au travers des derniers arbres du champ de bataille. Enfin, ayant Foi aux Eléments, la connaissance qu’il en avait lui permis de jouer avec les ombres des nuages, de dissimuler son pas sous le grondement du tonnerre et de se confondre dans les éclairs reflétant étrangement les bandes blanches dessinées sur sa peau !
Seul un dernier fossé le séparait déjà de sa proie. Alors il bondit au travers des ténèbres jetant toutefois un dernier coup d’œil aux siens.
La bataille était virulente, sauvage et puissante. Les Chattes frappaient avec rapidité et efficacité, ne portant qu’à coup sûr leurs attaques. Ceux ayant déjà abattu leur cible protégeaient la course des autres ne les ayant pas atteint, les épaulant parfois jusqu’à celle-ci. Alors au dernier moment ils laissaient leur compagnon de guerre, en en choisissant une propre à leur gloire !
Tout cela semblait désordonné et pourtant tout avait un sens, tout était pensé et s’articulait en des manœuvres déroutantes pour ceux les affrontant… c’était effroyable de violence et en même temps d’une curieuse beauté orchestrée par d’incessantes danses meurtrières et virevoltantes.
Il sentit le fer brûler ses chairs et y fouiller à la recherche de quelques veines vitales !
Traître d’Ubiens !
C’est ce qu’il pensa avant de chuter lourdement sur le sol ressentant certains de ses os peut-être se briser et un goût ferreux se répandre dans sa bouche… Un second Ubiens, dissimulé contre la paroi du fossé avait en effet accompagné son bond par le fer d’une lance traîtresse !
A cet instant c’est ainsi qu’il me semblait avoir décrit ma première guerre… et ma dernière !
J’étais là, allongé dans la terre humide, hors du temps et hors du monde. Mes yeux étaient-ils aveugles du sang m’inondant le visage ? Non, je vis quelques brins d’herbes devant moi. Ceux-ci ployaient sous les fortes rafales du Vent, semblant indifférent aux fracas alentours. Tout cela semblait si irréel et vain. Se rappellerait-on de mon courage ? Exalterait-on mon sacrifice pour donner ardeur à mes Frères ? Graverait-on par les Runes mon nom pour sacraliser le don de ma vie offerte à notre cause ? Ma dépouille rejoindrait-elle dans l’indifférence ces mêmes brins d’herbes ?
- Non ! Ainsi criais-je mon désespoir. Tout cela n’était que murmures de mortels. C’est aux Dieux et Déesses que j’avais à faire montre de Gloire… alors j’allais gagner là leur faveur !
Empoignant la lance je la lança à mon tour en direction du lâche m’ayant presque tué, celui-ci s’écroulant affreusement blessé. Me relevant péniblement je fis face à celui que j’avais choisi pour honorer ma lame d’acier de son sang !
Il était pétrifié, ne sachant semble t-il quoi penser de moi ou de ce que je lui montrais de moi. Je n’étais plus qu’une chose sanglante, la peau délavée par des traînées blanchâtres, sales et écarlates. Oui, pour lui j’étais une Valkyrja démoniaque prêt à l’emporter !
Mais il eut la vie sauve… oui, Valkyries, démons ou Dieux, ceux-ci reconnurent ma bravoure et décidèrent d’accueillir en leur royaume un Chattes qui s’il ne tua personne en cette nuit grave et dramatique, gagna la guerre dans l’âme terrorisé de ses ennemis !
Alors un éclat de foudre vint jaillir de la nuit, bleuissant l’acier de l’épée du guerrier, le foudroyant dans un feulement incroyable, une épaisse fumée l’emportant aux yeux de tous…
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