Ce concours portait sur le thème du "Choc de Civilisation"
Mercure
Les razzias des Mendigoths
(Par Mercure)
Après avoir lu les énormités que profère certains historiens germanophiles concernant les romains et leurs rapports avec les vils envahisseurs germains, laissez-moi vous raconter comment se passa la première razzia….contre un avant poste romain par cette féroce tribu dont Griswolf était le chef.
Revenons en arrière, nous sommes en 237. A cette époque, les hordes de germains n’ont pas encore déferlé sur l’Empire Romain. Mais elles s’y préparent. Et les habitants de Rome entendent parler, non sans frayeur, des terribles Goths, des féroces Ostrogoths et des implacables Wisigoths. Mais qui se souvient des plus terrifiants ?
Là, tapis dans l’ombre de leurs forets impénétrables, les plus redoutables tribus, toutes apparentées aux goths. Il y a les Saligoths, dont le cri de guerre "Beuuaaaarghhh" sera repris plus tard par Rambo; il y a les ignobles Berlingoths, rendus célèbres parce qu’ils attaquaient avec leurs bassets de guerre. Les Escargoths n’étaient pas en reste d’ailleurs avec leur fulgurante cavalerie. Mais les plus terribles, les plus féroces, les plus sanguinaires étaient les Mendigoths.
Et ce fut d’ailleurs eux qui lancèrent cette première attaque, commandés par Griswolf.
Approchons-nous, nous sommes assez près pour écouter.
Quelque part sur la rive orientale du Rhin, il est 2 heures 18 minutes et le redoutable thane Griswolf revient avec ses lieutenants d’une reconnaissance.
Il y a là, Petitepedrix, un mendigoth comme lui, Mandibul un chef Dace et Jolibaf le viking.
Bardwulf: Bon, maintenant que tout le monde est installé! Commençons! Voilà 3 semaines que nous préparons ce raid pour lequel vous étes tous volontaires.
Mandibul: Ouais…..
Jolibaf: Ouais……Bastooooon!
Griswolf: (très satisfait): Et bien, il est temps de passer à l’attaque. Des questions ? Hmmm? Oui, Mandibul?
Mandibul: Bien… c’est vrai que cela fait trois semaines que vous nous en parlez…. Mais c’est quoi au juste ce qu’on doit attaquer?
Griswolf: …….
Jolibaf: C’est vrai, chef….. Vous avez parlé d’un camp…..
Griswolf: Ben oui…j’ai parlé d’un camp, vous aviez compris quoi, vous…..?
Petiteperdrix: Un camp de vacances .
Mandibul : Un camp de scout.
Jolibaf: Ach, j’ai pensez à un camp de nudistes…..
Griswolf (dont la teinte a pris une jolie teinte rose) Nan! Un camp de romains! C’est un camp de romains qu’on attaque….
Mandibul: c’est une blague ? Vous voulez dire un camp avec des femmes et des enfants….romains!
Griswolf: Non non.. je parle d’un camp avec des soldats romains…..
Jolibaf (livide mais presque soulagé): Des soldats romains! Ah……bon! Pas des légionnaires.
Griswolf : Si! Des légionnaires! C’est le nom qu’on donne aux soldats romains, d’habitude!
Le silence général et glacé qui s’ensuivit fut légèrement troublé par le bruit du vol joyeux et erratique d’un moustique asthmatique.
Puis, un mouvement d’enthousiasme parut vouloir gagner les compagnons de Griswolf. Lequel reprit, (en voyant la paleur extrème de ses lieutenants) d’un ton glacé et menaçant, à tout hasard:
Griswolf:: Et le premier que se lève prend un coup de hache!
Tous se rassirent.
Jolibaf: Maintenant…..euh….c’est trop tard pour renoncer à étre volontaires ?
Petiteperdrix: Oui, c’est vrai, chef! On a un planing un peu surbooké!
Griswolf (dont la teinte rose est à passée à un joli rouge vermillon): Oui. C’est trop tard! A ce propos, je tiens à vous préciser que c’est nous les envahisseurs! Nous sommes les cruels et féroces mendigoths! C’est aux romains d’avoir peur.
Petiteperdrix: En même temps, je me dis….pourquoi les romains……? Il y a plein d’autres peuples à massacrer….. Les goths….
Griswolf: Les goths sont nos cousins. Et puis, ils sont plus puissants que nous!
Petiteperdrix: Bon ben…les vikings!
Jolibaf: Non non,…..
Petiteperdrix: Oops! Pardon, Jolibaf….bon…ben les huns !
Mandibul et Jolibaf (blèmes): Non! Pas les huns !
Griswolf (tout à fait rouge, à présent): Donc, ce sera les romains!
Mandibul: Il y aussi Troie ? Non ? Elle a été brulée, la dernière fois qu’elle a été prise!
Griswolf (soupirant): C’était, il y a trois ou quatre mille ans! Et elle n’a pas été reconstruite, depuis.
Petiteperdrix: Oui, et puis, il y en a qui dise que la Guerre de Troie n’a pas eu lieu!
S’ensuivirent quelques commentaires hésitant sur l’opportunité de ce raid.
Petiteperdrix: Est-on bien certain que le camp romain posséde des richesses? Le coeur de cible me parait pas très riche! Si c’était des vacanciers, je ne dis pas!
Jolibaf: Ach! C’est vrai! Ou des nudistes! C’est pratique, les nudistes! Ils n’ont pas d’armes!
Petiteperdrix: Ou alors, ô Griswolf, notre chef, il nous faudrait un renfort de poids.
Mandibul: Penses-tu à quelqu’un en particulier ?
Petiteperdrix: A Bertha!
Mandibul: Qui est Bertha ?
Petiteperdrix: Une Walkyrire! Bon, elle est un peu grosse Bertha…..
Jolibaf: Mais quel canon!
Griswolf, impatienté, tapa du point sur la table.
Griswolf: A bravo! Vouloir se faire aider par une femme! Quelle mentalité! Nous avons décidé que nous attaquerions ce camp! Nous le ferons! Et seuls! Sans aide! Que ce soit de Bertha, ou de qui que ce soit!Passons à la stratégie!
Il observa un court silence puis reprit:
Griswolf: Jolibaf, je tiens à te préciser que quand les romains donnent l’ordre de faire la tortue, c’est pas pour jouer. Ton cousin, Danlepaf, a cru qu’il fallait se transformer en animal, il a fait l’autruche avec la tète dans le sable, on a perdu la bataille!
Jolibaf (confus): Bien Bien……
Griswolf:(se calmant un peu): Mandibul! Je sais que tu aimes t’armer mais tu n’es pas obligé de prendre 3 boucliers, deux casques et quatre épées…..
Mandibul : Mais si ça casse ?
Griswolf (se frottant les yeux) : On en trouvera sur place.
Mandibul: Bon…..
Griswolf: Et puis,….. t’évite la grande cape noire avec les fausses dents en criant "youhou les romains, attrapez-moi, je suis un vampire…youhou!" C’est parfaitement ridicule…
Mandibul qui baisse la tête: Bien bien……
Griswolf: Petiteperdix! Tu es mon second….
Petiteperdrix: Oui, ô Grand Chef!.
Griswolf ! Tu es l’homme en qui j’ai confiance
Petiteperdrix: Oui …
Bardwulf C’est toi qui commandera la cavalerie…..
Petiteperdrix (très fier): Merci, ô Griswol.
Jolibaf (perplexe): Excuse moi, Bardwulf….mais, on n’a pas de cavalerie…
Griswolf: La dernière fois que je lui demandé quelque chose, c’était d’aller avec 20 braves enlever des femmes à une tribu franque.
Mandibul: Et alors ?
Griswolf: Il est revenu tout seul! Les femmes franques avaient gardé les autres et n’avaient pas voulu de lui…..
Et c’est ainsi que la première razzia contre un avant-poste romain eut lieu. Elle était menée par Griswolf et sa terrible horde……
Les romains en rient encore.
Val des Hurles-Vents
Le Barbare hérétique
(par Val des Hurles-Vents)
Ara Ubiorum.
Le Consul se surpris à évoquer ce vieux terme pour désigner son antique cité. Un instant il eut une bouffée de chaleur et ressentit une honte, vieux réflexe conditionné chez sa lignée, comme si un intrus avait pu deviner sa pensée ! Mais non, il était seul, si ce n’était les deux gardes flanqués l’un et l’autre de chaque côté du seuil d’entrée.
Pourtant il avait de quoi être fier.
De la plus lointaine descendance des nobles familles Ubiennes, il avait toujours suivi le Codex de Rome en vigueur en cette cité. Il avait loué la haute intelligence de la civilisation Romaine comme tout les siens avant lui. D’ailleurs, Rome ne lui avait-elle pas ainsi permis d’accéder aux plus hautes responsabilités jusqu’à devenir Consul de l’antique cité des Ubiens !
Colonia Claudia Ara Agrippinensium.
Cette fois il retrouva le nom de son royaume à l’architecture inspirée de la grande Rome même !
Alors, avec un pas lent, les mains dans le dos tel un Empereur, il s’approcha d’une petite lucarne aux verres battus par la pluie du dehors, admirant sa cité.
Du haut de sa tour carrée, il surplombait toute la ville.
Il fixa l’entrée de la ville, ouvert sur la Gaule, puis s’amusa à poursuivre du regard toute la muraille d’enceinte protégeant son peuple. Des braseros dont les flammes luttaient contre les vents humides l’illuminaient tel un serpent de feu ! Moins irradiants mais des plus agréables étaient, vu d’ici, toutes les lanternes, véritable colonie de lucioles, auréolant les ruelles depuis les maisons d’habitations. Ensuite il s’amusa à discerner les baraquements des légions, les temples à la gloire de Mercure et Jupiter, les nombreuses échoppes des marchands, les tavernes et il se retint de rire quand il discerna quelques lieux de plaisirs bien connus… Mais quand une nouvelle fois il loua Rome en se gargarisant qu’elle ait fait paver les rues de sa cité, suivant des yeux la plus large d’entre-elle, il perdit d’un coup de sa superbe.
Si cette avenue état la plus large c’est qu’elle menait au Rhin bordant la cité. Certes il aurait pu orgueilleusement se satisfaire du véritable port fluvial, le plus somptueux de cette partie du monde, qu’était devenu l’antique village Ubiens… Mais une force le dissuada d’aller jeter un œil de l’autre côté de la salle du trône où une lucarne en dévoilait l’horizon au-delà. Un horizon désert de toute vie autre qu’une lande, large et aux herbes hautes, sans trop de collines pour en boucher la vue. Du moins jusqu’à ce qu’on y devine en plissant les yeux l’orée d’une forêt si étendue qu’on aurait pu croire à un océan vert dont les embruns feuillus en cachaient la profondeur.
Et en outre ce qui s’y cachait, pensa t-il en avalant difficilement sa salive.
Tout les Ubiens, comme un atavisme déjouant des siècles de présence Romaine à leur côté, ressentait cette sinistre et poissante émotion ! On racontait pour faire peur aux enfants que des monstres effrayants y rôdaient en quête de leur sang… mais lui ne croyait plus aux monstres. Oui, lui savait que des hommes habitaient dans cet autre royaume si lointain par la civilisation les séparant mais si proches de ce qu’avait été son peuple, eux les Ubiens, Frères en un temps antique des ces Germains !
En fait, comme une peur ridicule mais insistante, voilà qu’il s’imaginait déjà que les parois de sa tour carrée était pris d’assaut par de terribles monstres marins surgis des eaux et qui rampaient le long, grimpant inexorablement jusqu’à lui ! S’il était convaincu qu’aucune créature ne peuplait les Forêts de Germanie, il n’en était pas si certain à propos de ceux qui les gardaient plus que tout autre Germain… oui, ces gardiens, ennemis des Ubiens, les furieux Chattes !
- Consul Aggripens ! Heu… qui dois-je annoncer ? Rougit l’un des gardes de la pièce, omettant d’avoir demander plus tôt le nom d’un curieux être apparu par le seuil.
Toujours absorbé dans ses pensées, le Consul ne sembla pas avoir entendu. En fait il n’avait réagit qu’à son propre nom Agrippens, si proche du nom de la cité et de ses habitants, les Agrippinenses. Aucun Ubiens n’oublierait dans leur cœur Agrippine la Jeune qui donna le nom à leur cité et en fit l’une des plus florissantes de toute cette partie de l’Empire…
Retrouvant cette fois son rang, il comprit les derniers mots du garde, et se retourna prêt à le sermonner pour son manque protocolaire. Pourtant c’est lui qui faillit s’étrangler de surprise comme si ses pensées étaient devenues un cauchemar bien réel !
Un être couvert d’une cape rigide, peut-être une sorte de bure, lui faisait face, la moitié supérieure du visage dans l’ombre de sa houppelande. On y devinait qu’à peine un menton émacié et l’éclat de deux yeux perçants ! L’homme, si c’en était un, n’avait rien d’apparent sur lui si ce n’est une simple cordelette lui serrant la taille pour toute ceinture. Si tout compte fait, une grosse chevalière aux effigies indistinctes ornait l’une de ses mains qui s’apprêtèrent à retirer la houppe de son curieux manteau.
Le Consul s’apprêta, c’était plus fort que lui, à se retrouver face au visage peint de bandes blanches d’un tueur Chattes. Alors le visage de l’être apparu en pleine lumière…
*
- Je suis le Frère Wulfila ! Veuillez excuser votre garde car mon arrivée fut des plus silencieuses.
Ainsi se présenta ce curieux personnage, au visage maigre, aux cernes fatiguées et au nez tordu mais aux yeux noir vif et acérés. Le Consul resta un moment interdit, alors l’homme poursuivit.
- Ah c’est sans doute le « Frère » qui vous laisse dubitatif… c’est là ma faute car il est vrai qu’en des terres proches d’ici, ce mot en a tout autre sens…
Mais quel était donc cet homme qu’on avait ainsi facilement laissé pénétrer dans la tour carrée jusqu’à ce qu’il erre jusqu’ici pensa le Consul. Wulfila, oui, il avait déjà entendu ce nom. Il avait eu ouï dire qu’on le murmurait parmi le peuple et même que Rome n’y été pas sourd.
- Vous êtes un moine, disciple de l’Arianisme dont les fidèles sont toujours plus nombreux ! Mais par quelle sorcellerie vous présentez-vous aussi peu cérémoniellement devant moi ?
- J’ai là en cette chevalière le sceau de l’Empereur Constantin 1er lui-même, et par le saint Dieu, ne blasphémait point sur son vœu pieu m’ayant fait venir à vous…
Comme si cette chevalière était pour le coup effectivement enchantée, le Consul était envoûté par son pouvoir et surtout par le fait que l’Empereur la remettait à ses seuls ambassadeurs !
Alors il avait fait préparer aussitôt belle table, vite dressée de fruits rouges, de petites tomates et légumes, de cuissots juteux et autres viandes de gibiers sauvages. Il fit sortir de sa cave l’un des meilleurs vins épicés que l’on ne trouvait que sur les anciennes terres Etrusques .
Agrippens n’était pas sans savoir que l’Arianisme existait ni non plus qu’il était porté par le culte du Dieu unique, l’influence de cette pensée s’insinuant disait-on jusqu’aux sénateurs et même jusqu’à Constantin 1er lui-même ! Cette visite qui pour l’instant n’était que banalités de conversations, cachait là quelques tracas pensa le Consul. Il est vrai que les Vés Germaniques n’existaient pour ainsi dire plus, que les temples Romains n’étaient plus aussi richement dotés et fréquentés qu’avant…
Mais tout cela dépassait de beaucoup les préoccupations d’Agrippens. Seul l’intéressait sa carrière et surtout qu’elle se déroule sans tâches, ce dont la Germanie toute proche n’en assurait en rien la probabilité ! A moins que ce Wulfila soit plus à craindre encore qu’un Chattes !
- Et si nous parlions maintenant de cette mission vous ayant fait quitté votre pays, dont à son propos j’ai bien mal à en deviner l’endroit ?
- Bah, disons que comme les Ubiens étaient autrefois de Germanie, disons que je suis moi-même de l’ancienne Sparte !
Le moine, étrangement volubile et à l’aura moins impressionnante qu’à son arrivée, rit grossièrement à ce curieux humour.
- Oui que disais-je… Ah oui. Après avoir fait vie à Byzance, j’ai longtemps vécu chez les Goths et j’y compte nombre d’amis désormais. Vous connaissez les Goths ? Non, et bien c’est un peuple fort tolérant et ouvert à la civilisation dont les meilleurs esprits, et les plus puissants, ont rejoint notre culture au plus vite…
- Notre culture ? S’interrogea le Consul.
Le moine se pencha alors un peu plus auprès de l’âtre qu’ils partageaient, comme un ami désirant se confier à l’abri des espions pour épancher de quelques confidences intimes. Se faisant une fine chaîne d’or glissa de son col révélant une curieuse croix où gisait un homme supplicié étendu bien étrangement sur celle-ci.
- Rome change mon ami. L’Empereur nous protége désormais et ouvre déjà son cœur au Dieu suprême. Déjà beaucoup nous rejoignent, des hommes forts, des Rois, des Seigneurs, des hommes influents, puissants, ceux-là même qui feront le monde de demain… Non, voyez-vous, l’Empereur, un homme des plus bons, s’appuie désormais sur notre Eglise pour faire cesser la décadence outrageante de l’Empire. Les mœurs sont sujettes au pire des Mal, un Mal qui rôde chez les conseillers et fait des plus pures filles des damoiselles sans vergogne. Les unions souffrent du vice de la chair et se doivent d’être plus morales. Il est bien temps que la politique soit plus pieuse.
Alors ce prédicateur effrayant s’approcha encore plus prés, cette fois des plus sérieux.
- Qu’en Empire chute serait j’en conviens avec vous, chose des plus tristes, mais vous conviendrez avec moi que ce qui survit à l’homme, la civilisation, se doit d’être assuré pour des siècles…
- Mais l’Empire est éternel ! Rome vivra à jamais ! S’époumona le Consul, rouge de colère.
- Fort bien, fort bien. Mais c’est bien là la raison de ma venue en vos terres. Je dois aller m’assurer que ce dont les Goths ont compris, les Germains du Rhin le comprendront également…
- Que voulez-vous dire ? Et cette fois Agrippens pria avec plus de foi que cet émissaire de malheur pour que le pire ne sorte pas de sa bouche.
Mais pire encore cela fut, une démence absurde !
**
- Je ne vous ferais pas accompagner, d’ailleurs nul n’aurait cette folie, même pour de l’or !
L’homme était aliéné pensa le Consul. Il était venu chercher escorte pour l’accompagner dans la Forêt Hercynienne , oui là-bas, en Germanie !
Et si déjà cela ne justifiait pas sa démence voilà qu’il désirait y porter sa parole divine ! Quel fou !
- Je leur apporterai la lumière. Plaida le moine.
- Et eux l’ombre ! Ils ne supporteront pas que vous moquiez leurs Divinités qui ne seraient que les servants du votre. Ils ne liront pas votre bible gothique écrite de mauvaises Runes . Cela les fâchera beaucoup… mais pire encore sera leur colère quand vous rabaisserez leurs femmes !
Wulfila se renfrogna puis haussa les épaules.
- « Ils passèrent anciennement le Rhin, et, sur la preuve acquise de leur fidélité, ils furent placés au bord même du fleuve, comme défenseurs et non comme prisonniers. »
Le Consul s’était raidi à cette citation.
On la disait écrite par Tacite à propos des Ubiens et de la façon dont les Romains en firent des alliés serviles dés leur rencontre, devenant de fait des traîtres Germains ! Il ne demanda même pas au moine le sens de cette intervention mais la devina.
- Voyez comme Rome a pu vous venir en aide et tant vous apportez. Voyez comme mon Eglise, bientôt celle de Rome, a pu sauver les Goths de la même façon ! Ne me dites pas que quelques femelles sauvages viendront contrecarrer la force sainte me menant à elles… de plus, leurs rois ne dédaigneront pas le pouvoir dont je leur assurerais mainmise, surtout depuis qu’ils chancellent face aux Huns !
- Leurs Rois vous aurez à votre botte, leurs seigneurs probablement aussi si vous y mettez vos deniers les plus riches… mais là où vous allez, nuls rois, nuls seigneurs ! Il n’y a que des guerriers et leur Reine ! Une Reine repoussant Varus, Drusus, Germanicus, Lucius Pomponius et qui sait si elle n’était déjà là quand le grand César ne vint lui-même en ses terres !
- Et alors Ubiens ! On croirait que vous plaidez leur cause à l’un de leur Thing !
Le moine exultait presque, mettant en porte à faux le Consul qui savait l’être capable de rapporter ses propos et de ruiner ainsi toute sa carrière prometteuse en cette cité…
Pourtant il ne renonça pas ! Devait-il laver l’honneur de ses pairs d’une trahison dont il n’était après tout pas coupable ? Avait-il décidé de se libérer d’un carcan séculaire et trop étouffant ?
Quoi qu’il en soit, il explosa et s’emporta dans une diatribe comme s’il était possédé !
Là où nous nous levons fièrement face aux Vents, ils diront de nous agenouiller face à leur Seigneur.
Là où nous passons serments avec la Terre, ils n’en feront q’un verger offert par leur maître pour qu’ils y trouvent pitance à leur seul bon vouloir et le souillent ainsi à satiété.
Là où nous mourons par l’acier, ils nous feront extirper l’épée que pour la servir sous leur bannière sainte.
Là dans la pierre où nous gravons nos Runes, ils n’inscriront qu’une simple croix comme cicatrice.
Là où nous fêtons la vie dans l’Hydromel et le porc, ils partageront le sang et la chair de leur fils divin dans une communion austère.
Là où nous encensons nos femmes belles, les formes libres et sauvages, ils les voileront dans leur carcan de morales pour ne pas tenter leur Malin, les accusant des pires perversions et tentations.
Là où nous goûtons le plaisir avec nos sœurs, ils ne le toléreront que pour un enfantement de troupeaux.
Là où nous donnons à nos enfants les noms des esprits les incarnant, ils imposeront ensuite de les baptiser par celui sans nul sens de leurs missionnaires qu’ils nomment apôtres.
Là où nous infligeons le bannissement aux pleutres et aux criminels, ils les pardonneront quand ils se jetteront au pied de leur bure pour se convertir à leur dogme.
Là où nous débattons de nos coutumes au Thing, ils terroriseront du bras séculier ceux refusant leurs lois dictées par leurs tables divines, brisant celles d’or des nôtres.
Là où nous rendons prières à nos Vés de cailloux et de bois, ils bâtiront à la place et en lieu même des églises austères et toujours froides, couvrant jusqu’à nos tas de pierres de leurs tristes calvaires.
Là où nous accueillons l’étranger par l’honneur qu’il est le sang pur de son peuple, ils useront de pitié pour ceux n’ayant pas encore eu l’onction de leur peuple élu, et ceci par le fer quand il faudra les éduquer…
Là où nous ne sommes qu’une couleur parmi l’arc-en-ciel des créatures de la Terre-Mère, ils la couvriront de la sinistre ombre de leur cathédrale, prison des prières dont ils se prévaudront seuls des confessions.
Là où nous respectons les Dieux de chacun, ils les banniront par la conversion à un seul entre tous.
Là, enfin, où nous fondons croyance au Destin, ils en feront l’outil de la seule volonté de leur Dieu.
***
Plus rien n’avait été dit !
Le Consul Agrippens était tombé à la renverse sur son Haut-Siège, comme si la prophétie qu’il avait ainsi presque hurlée l’avait été par l’entreprise d’une succube drainant toutes ses forces ! Il s’était avachi, la draperie de son épaisse cape retombant sur lui comme un linceul…
Puis Wulfila avait disparu, un sourire mauvais et sans joie aux lèvres.
Quelques jours passèrent ainsi sans qu’Agrippens ne retrouve tout à fait ses nerfs.
Sursautant à chaque bruit, il ne se risqua plus à sortir au-dehors de sa tour carré, n’osant qu’encore moins s’approcher de la lucarne ouvrant sur le Rhin et ses landes perdues. Il eut toutefois dires que le moine exalté était bien parti rejoindre la Germanie… depuis il attendait son retour avec angoisse mais aussi avec un sentiment mêlé de curiosité et d’intérêt.
Et alors que la pluie battait la lucarne par laquelle le Consul contemplait comme à son habitude sa cité il devina dans le verre le reflet déformé du moine apparu soudain derrière lui !
- Wulf… Il ne termina pas ceux que ses lèvres exsangues n’arrivaient plus à former. C’était bien la bure du moine, seulement celle-ci au lieu de traîner sur le sol ne lui couvrait qu’à peine les genoux !
Ce qui se poursuivit demeura alors pour toujours dans l’esprit du Consul comme un cauchemar qui ne le quitta plus…
S’approchant, le visage de l’être apparu subrepticement. Il devina une sauvagerie femelle sous les bandes blanche peintes sur la peau de cette succube semblant ainsi avoir pris forme !
Elle jeta alors à ses pieds un gros livre déchirée suivi d’une croix brunie de tâches de sang. Puis elle lança au Consul une bague qu’il rattrapa machinalement… c’était une chevalière !
Agrippens voulu crier ordres à ses gardes mais il n’y parvint pas. Il faut dire que le doigt de cette Valkyrie qu’elle venait de poser sur ses lèvres l’appelait à garder silence.
Elle sourie alors comme une amante à un jouvenceau qu’elle effrayait à la fois qu’elle attirait.
Doucement, elle retira l’étoffe impure et souillée dévoilant sa beauté fatale en même temps que ses armes meurtrières. Ses yeux se révulsèrent un instant et une rafale soudaine de vent dégonda la lucarne surplombant le Rhin, la pluie s’engouffrant dans la pièce !
Ses pupilles de nouveau vivantes, elle plissa ses paupières et un sourire d’un charme inquiétant lui dessina son visage maintenant penché de côté en direction du Consul. Son doigt s’appuya sur sa bouche entrouverte et elle le laissa parcourir ses dents comme si elle réfléchissait.
Elle fixa alors Agrippens puis se laissa emporter par le Vent jusqu’à la lucarne d’où elle sauta !
Tremblant encore sur ses jambes, Agrippens lui couru après comme un mortel auprès d’une Déesse sans qu’il ne sache s’il voulut la sauver ou s’assurer qu’elle avait disparue… plus bas le Rhin grondait mais elle sembla avoir été emportée par les eaux, à moins qu’elle n’ait regagné les orages d’où elle provenait peut-être…
Et c’est en relevant les yeux du sol qu’Agrippens aperçut Wulfila !
L’Aigle de Sang ! Sur l’autre rive, à peine discernable au travers des nuages, la lune éclaira ce qui ressemblait à une croix grossière où était fixé le corps du moine dont les deux poumons avaient été incisés dans son dos et déployés le long de ses bras. Ainsi il ressemblait comme surgie de l’enfer à une créature désarticulée, grossière et aberrante, aux ailes éthérées…
Toute sa vie durant après cette nuit abominable et merveilleuse, et même si elle n’avait prononcé aucun mot, Agrippens comprit ce que les siens avaient oublié. Oui désormais il regardait souvent par l’autre lucarne de sa tour en direction du cœur de la Germanie, et sans doute celle-ci disparaîtrait-elle, c’était là la prophétie… Mais jamais la terre n’oublierait, jamais les vents ne cesseraient de porter leurs murmures, oui, à jamais la Foi Antique de ses Frères ne serait trahie par leurs gardiens, et gardiennes…
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