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Le thème de troisième concours portait sur l'Uchronie (qui d'un fait historique fait extrapoler son passé ou son avenir).

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Val des Hurles-Vents

"Le Geste du Destin"
(par Val des Hurles-Vents)

- Tu ne peux changer la volonté du Divin, sorcière du Nord !
On dit que cette supplique fut dite avec tant de rage qu’elle se répandit au travers tout le champ de bataille malgré le fracas monstrueux des cris et des lames. Etait-il possible que les vents aient pu porter les mots du grand Roi dans un tel tumulte ?
Sa promesse faite à l’aube naissante était-elle devenue chuchotement à quelques-uns uns puis rumeur à tous les autres ?
Le grand chef de la nation des Francs avait-il vraiment mandé l’aide surnaturelle de celui que l’on nommait Notre-Père et qui n’était pas Alfadr, le-Père-de-Tout, bien au contraire. On dit qu’en cas de victoire il s’en serait remis à ce Dieu et avec lui tout son peuple.
Mais s’il le fit, ne connaissant pas en ce jour la défaite, les combattants de son peuple eux n’en firent plus leur guide, ayant refusé la victoire sur leurs ennemis, ennemis qui n’en étaient plus ! Oui car Francs ou Alamans au moment de s’entretuer lors de l’ultime assaut entendirent autre chose que les mots de ce Roi les trahissant, eux s’apprêtant à mourir pour d’autres Dieux que le sien. Les témoins de cette bataille marquant la fin de l’antiquité se souviendraient tous longtemps des mots entendus comme si les vents cette fois les leur avaient murmurés à chacun d’eux.
Et ils n’auraient de cesse de les porter à la mémoire de leurs descendants…
- Si je ne peux changer celle de ton Dieu, mes Frères auront la liberté de choisir celle de leur Destin !

Ici la Reine de Mattium
A vaincu un Dieu,
Banni son servant,
Et rendu la liberté à ses Sœurs et Frères

Qu’elle honore à jamais par son geste le Destin de tous

- Tu crois vraiment que son geste a changé le Destin des nôtres ?
Fils-des-Vents était dubitatif devant la superbe statue de la dite Reine de Mattium dont l’ombre le dominait. Il n’avait pas voulu lui manquer de respect, c’est juste qu’il s’interrogeait sur le fait qu’on puisse changer la destinée de toute une civilisation d’un seul geste ou d’une seule décision.
Pourtant quand il s’était remémoré la légende de cette Reine avant de lire son épitaphe, il avait ressenti une force incroyable lui submerger l’imagination. Il avait pu presque un instant l’incarner dans son esprit.
Mais une guerrière de son aura restait difficilement imaginable.
- Elle l’a changé ! Elle était une Déesse et elle vit dans le cœur de nous toutes, ses filles !
Aurore-de-l’Est avait les yeux brillants mais elle jeta soudain un regard noir à son ami, presque furieuse qu’il ait pu douter un instant de sa Reine antique, son inspiratrice.
- Pense-tu que l’on se souviendrait d’elle après 1500 années ! Ne vois-tu donc pas ce qu’est devenu le reste du monde…

*

… et si la Germanie était reste telle qu’au temps de la noble Reine de Mattium, le reste du monde avait en effet bien changé depuis.
Oui bien des conflits et des guerres, certains titanesques ou les autres effroyables, avaient émaillé l’Histoire pour arriver à délimiter les confins de la Terre. Alors il était parfois sidérant d’adhérer à la croyance, même si elle était tentante, que tout ait découlé d’un seul geste provoquée par le Destin, même s’il était celui de la plus respectée et honorée des femmes de Germanie.
Mais après tout qui pouvait savoir même en contemplant attentivement la carte du monde :

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Fils-des-Vents comprit mieux le ressentiment d’Aurore-de-l’Est.
Les personnes de son clan demeuraient encore rares en Germanie, trop rare de l’avis de tous. Depuis peu pourtant ils venaient toujours plus nombreux. Du royaume Khmer comme la famille d’Aurore-de-l’Est, du pays des Pharaons noirs au Sud ou encore des Indes de l’autre côté de l’Océan et même des confins du monde Incas !
Toutefois la Germanie était menacée de toute part et comme jamais elle ne l’avait été depuis bien des siècles. Si la puissante nation de la Perse était trop concentrée à s’opposer à celle gigantesque de l’Empire du Milieu, rien n’assurait que leur conflit ne se déplace pas jusqu’ici. Mais plus dangereux encore était depuis plusieurs générations l’influence toujours plus oppressante et menaçante du Saint-Empire avec la Terra Sancius aux portes des Limes.
Des Limes Rhénanes et Danubiennes que ces adorateurs du Dieu unique n’avaient jamais pu franchir depuis plus de 1000 ans ! Mais avec leur conquête du « nouveau monde » comme il le nommait et qu’ils avaient baptisé de Saintes-Amériques, l’ordre fragile des nations avait fléchi.

- Tu vois ce qu’ils ont fait avec nos Cousins Indiens et Incas ! N’oublie pas qu’ils ont une revanche à prendre sur ce qu’ils considèrent encore comme le pire de leur affront. Le geste de notre Reine est encore en eux comme un poison latent mais qui attise d’autant plus leur haine…
Elle était si belle quand elle s’emportait.
Même venue de l’Est, elle avait là tout d’une farouche Germaine et même au-delà d’une Valkyrja aux traits plus délicats et aux yeux plus félins. Oui vraiment la Germanie était riche d’être une terre d’accueil, les nouveaux arrivants désirant la défendre avec plus d’ardeur encore que les Clans séculaires l’ayant peuplé depuis l’Antiquité !
- Allez sortons du Vé…

**

Lui qui l’avait trouvé si belle dans la pénombre du temple, elle rayonnait d’autant plus en pleine lumière.
Tout autour d’eux la forêt primaire était comme un poumon rafraîchissant. On l’entendait presque respirer, happant l’air jusqu’à presque s’emplir des cieux mêmes ! Mais la forêt était plus que cela, elle était la matrice du monde Germanique, un havre pour ceux s’y réfugiant et un bois sans retour pour ceux y cheminant l’esprit hostile !
Les limes, frontières de la Germanie, si elles avaient été conçu par les Romains, étaient devenues des murs végétaux inextricables et infranchissables, dangereux aussi, et ceux-ci sur une ceinture large de plusieurs centaines de miles…
Et c’est là que Fils-des-Vents et Aurore-de-l’Est patrouilleraient bientôt, eux et leurs clans.

Pourtant ils n’avaient guère de joie à honorer une telle mission, surtout pour Fils-des-Vents.
Et même s’il était d’un naturel critique, aimant tel le Dieu Loki, apporter la contradiction et mettre en défaut les vérités les plus établies, il était en fait inquiet. Ses ancêtres avaient certes comme lui arpenté les forêts sacrées, ils avaient également bataillé pour les demeurer inviolées, ne dédaignant point jusqu’aux sacrifices de leurs vies. Mais si cela avait été vrai pendant plus d’un millénaire, les temps avaient changé.
Et ils changeaient de plus en plus vite…
- Tes pensées semblent encore bien troublées.
Elle avait raison pensa Fils-des-Vents.
Même si la Germanie était une grande nation très crainte, elle l’était surtout à la grâce des légendes l’entourant. Car il fallait bien se le dire, ce pays demeurait l’un des plus pauvres du monde. Aucune infrastructure moderne, des forêts que nulles cartes ne décrivaient et dont les nouveaux radars ou satellites ne parvenaient même pas à percer le feuillage ! Garder sa culture comme au premier temps interdisait de fait d’en bouleverser le Destin.
Car les hommes avaient décidé d’affronter ce Destin.
Dans leur mégalomanie ils avaient construit des autoroutes, balafres terribles dans la chair de Mère-Nature. Ils avaient élaboré des machines délirantes pillant pour cela les ressources les plus essentielles. Et pour finir ils auraient bientôt en leur possession des armes menaçant même par leur effroyable puissance d’ébranler la planète même. Quelle aberration…
Alors oui ses pensées étaient plus que troublées.

- Je connais tes craintes et ce qui les attisent… Mais crois-moi, même si nous vivons moins vieux que les autres, que l’on manque parfois de tout, rien n’est plus dur que d’être asservis. Ici la liberté est palpable et ceci depuis des siècles.
Vous acceptez les Dieux de chacun, honorez par l’offre de terres et de considération ceux apportant leurs bannières aux côtés des vôtres, des nôtres désormais. Ici les femmes vivent sans contraintes, la peau dénudée à leur convenance, les Déesses étant respectées à l’égal des Dieux. Et vous avez même fait d’une Asyne la guide de votre Destin.
Nous vivons l’épée à la hanche pour nous défendre nous-mêmes, ne craignant ainsi nul nous défiant. Nous vivons ainsi la tête haute, nos paroles sont franches et nous avons un statut parmi tous. Ceci est merveilleux alors quel rêve matériel serait plus à même de combler le sens donné à nos existences ?
Ici est l’espoir de chacun pour y conserver la mémoire des siens. Cela ne doit jamais changer. Souviens-toi de notre visite au temple des Glorieux. La leçon à tirer est de ne jamais confier son Destin à un mortel croyant l’incarner à lui seul. Si les Frères et Sœurs avaient suivi ce servant d’un Dieu dans sa folie alors la Germanie n’existerait plus. Et les conversions, massacres, esclavagisme et conquêtes des Amériques ou des deux terres de part et d’autre de la méditerranée auraient eu cours ici également. Alors cette horreur, prions pour que le Destin ne nous l’ait pas réservé… Désormais il faudra prendre nos chairs pour que l’on quitte ces forêts, et même alors nos âmes ne quitteront plus ce sanctuaire qu’il soit profané, incendié ou damné !

***

Fils-des-Vents avait eu le souffle coupé !
La diatribe lancée avec fougue par sa compagne de route avait été une tempête. Et là, sa silhouette inondée par le soleil flamboyant, il avait cru être face à la Grande Dame ayant rendu liberté aux âmes des Germains.
Oui, elle avait en un seul souffle incarné toute la foi antique portant les pas des peuples ayant fait de cette terre sacrée la leur…

Ô que les anciens avaient bien fait de confier leur Destin à celle qui par son geste en avait été le prolongement parmi les hommes.
Et que ceux qui désiraient lui tourner le dos, le fassent loin d’ici, banni de leur monde. Et s’ils désiraient convertir à leur cause qui que ce soit ici, alors que les épées les bannissent au royaume des morts !

Pourtant cela n’empêchait pas que l’on s’ouvre aux autres.
- Tu sais Aurore-de-l’Est, ne crois-pas que je doute sur les principes et valeurs de notre culture partagée, non. Mais si beaucoup comme le firent les tiens nous ont rejoints, bien d’autres s’en vont rejoindre l’illusion au-delà de nos limes. L’or qui brille, quelle que soit la forme qu’il prend, piège toujours dans ses rets biens des esprits…
- Alors c’est qu’ils regardent cet or avec les yeux de la peur ! Ils savent que la fin des temps a été évitée voilà des siècles par notre héroïne. Mais les prophéties parcourent les temps jusqu’à ce qu’elles se réalisent… Et il est à craindre que cette bataille nous soit offerte bientôt. En cela nous devrions honorer le Destin de nous avoir choisi nous pour en relever le défi !
Fils-des-Vents vit briller dans les yeux de celle pour qui son cœur battait tout ce dont lui il cherchait comme or. Un or rouge, l’or des Germains, que les fiers habitants de cette contrée nommaient la Liberté.
Elle était une femme libre dans un monde libre.
Et tout comme leurs dieux, tout comme les siens, il fut en proie à une sourde mélancolie de ceux qui savent que le Destin ne s’attarde jamais pour toujours sur ce qui est ou ce qui a été. Alors même si ici, entouré de belles forêts aux tapis de mousses et de la beauté féerique des Eléments contemplatifs, tout donnait espoir, c’était là une autre illusion.
Fils-des-Vents toucha le pommeau de son épée à l’acier ionisé. Certes il manquait à la Germanie bien des créations du monde moderne mais une culture séculaire avait ses secrets préservés depuis le début et sans cesse améliorer !
Pourtant il haussa les épaules une nouvelle fois, comprenant que cela ne suffirait pas…

****


Plus de XV Siècles étaient passés et pourtant rien n’avait changé.
Ô les mondes et le monde avaient changé. Les peuples étaient devenus parfois plus pragmatiques, moins violents, d’autres plus féroces. Mais eux n’avaient pas changé car ils suivaient une quête sainte, entamée depuis prés de deux millénaires.
Leurs saintes croisades n’avaient été que gloire au travers de bien des terres et continents. Certains endroits étaient encore non investis mais cela n’était qu’une question de temps. Leur Dieu leur avait accordé la maîtrise de la Nature et ils avaient extrait de sa chair bien des richesses leur ayant donné toujours plus de puissance, toujours davantage d’armes destructrices.
Dieu reconnaîtrait les siens !
Cela aurait pu être leur devise. Bien sûr il demeurait la grande Perse prés de leur monde, mais les Perses n’étaient pas une menace, d’ailleurs ils partageaient le même Dieu. L’Empire du Milieu les laissait pour l’heure indifférent, et ce royaume plus vaste qu’aucun autre le leur rendait bien.
Mais de toute façon là n’était pas leur préoccupation.
Il leur fallait venger celui qui avait ouvert la porte de l’ancienne Europe avant que les Germains ne la referment sur lui, le bannissant de son propre royaume ! Il était pour eux le second fils de Dieu après Jésus…
Clovis le Roi de Dieu serait bientôt réhabilité, ils l’avaient tous promis.

Le carré de généraux de l’armée des Templiers avaient investi les hautes collines du triangle Hercynien dominant les premières limes Germaniques.
Faire face à un Océan, bien qu’ici il soit comme couvert d’algues vertes, n’aurait pas dénoté de l’impression qu’ils ressentirent. Eux dont les pays et cités n’étaient plus que pavés, plastifiés, vitrifiés et noircis des fumées de leurs forges géantes, c’était là une vision implacable.
Alors c’était cela la Terre Promise !
Un jardin d’Eden qui les avait attendus depuis 1500 ans… enfin !
La foi de ces hommes illuminés brûla leur cœur. Les esprits de leurs aïeux dont on avait banni la présence semblaient presque palpables.
Ces hommes de guerre et de conquête, frappés par les vents soudain plus violents, regardaient de leurs yeux durs le royaume dont on leur avait promis qu’ils en deviendraient les seigneurs…

*

- Ils sont ici !
Aurore-de-l’Est sembla esquisser un sourire mais son visage était dur et sans joie.
Elle avait vêtu sous l’armure la ceignant la tunique antique des Germaines à la belle couleur pourpre. Tout comme les forêts des limes et la terre-mère elle était prête à endurer les blessures promises par le choc des cultures menaçant à tout moment d’exploser.
Elle regarda son compagnon né un jour aussi venteux que celui qu’ils vivaient en ce moment.
Lui-aussi était prêt à rejoindre le Valhalla tant promis aux glorieux tombant pour la liberté de leur cause. Elle aurait voulu le rassurer mais les femmes portaient les prophéties et n’avaient pas vocation à fausser la vérité du Destin.

Le geste du Destin.
Leur regard fixé l’un à l’autre, alors qu’aucun mot n’avait été échangé, avait exprimé la même pensée. Leur Reine en des temps antique avait-elle changé le cours du Destin ?
Cette fois Fils-des-Vents en était certain.
C’était alors un temps où chacun pouvait par sa seule décision écrire l’Histoire à venir et la façonner même à l’aune de sa foi. Sans doute ceux les toisant là-bas du haut de leur colline pensaient eux aussi qu’ils pourraient défier le Destin…
- Je t’aime ma Sœur !
Pendant un instant Aurore-de-l’Est ne comprit pas la formule ambiguë de son compagnon.
C’était son Frère et il l’appelait sa Sœur, quoi de plus normal ? Mais ce n’était pas normal, ou du moins cela fut aussi extraordinaire que les temps prochains qui allaient suivre.

- Je t’aime aussi mon Frère… et nous aimerons à jamais la Germanie et la liberté ! Et même si la lumière s’éteint pour nous ce soir, nous les aimeront dans la nuit…
Et nous nous aimerons dans l’ombre…


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