Chapitre 10 (La Hyène de Namibie)

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# Planche 1 :
Descriptif : Le plan de fond est une friche en bataille, il pleut, le ciel est déchiré par la foudre illuminant des nuages sombres. On voit M-K patauger dans la boue entre d’épais fourrés épineux et menaçant. Elle tourne la tête vers le foyer et son mur d’enceinte. C’est glauque et sinistre.
Elle n’a pu voir l’ombre qui se détache au second plan…
Sur le reste du croquis on voit M-K soulevée de terre par un être massif et puissant. Une main appuie sa bouche fermement (gros plan sur la main aux doigts courts mais forts, le dos de celle-ci étant couvert de poils). Sur l’angle en bas à droite on voit les contours d’une petite construction faite de murs délabrés et de tôles.
Analyse : Le croquis est écrasé par le crayon pour les éléments du « décor ». Les traits sont épais et ont presque abîmé la feuille de dessin. Le foyer est taillé en arête et disproportionné. On dénote une vision très insupportable de ce lieu. Le sujet y symbolise toute sa contrariété et son ennui. Elle fuit l’âpreté de sa mélancolie préférant le danger des ténèbres.
De son agresseur on ne voit rien, si ce n’est la taille impressionnante et la main rugueuse et couverte de poils. Pour M-K les hommes sont une menace et ici la pilosité caricaturée est celle d’un représentant pire encore, sans humanité. C’est pour elle une bête ou un monstre.

# Planche 2 :
Descriptif : C’est l’intérieur du baraquement entrevu précédemment.
Le réalisme et les détails nombreux frappent tout de suite. Le dessin s’y attarde : tags, flaques d’urines, souillures diverses, seringues, couvertures tâchées, insectes grouillants, etc. M-K est contre l’une des parois de brique. Le délinéament d’une silhouette se détache en ombre au-dessus d’elle. Sur la cellule centrale de la bande dessinée M-K a les cheveux en bataille, ses yeux sont écarquillés et des larmes inondent son visage désespéré. Divisé en trois cellules, le reste du dessin débute par une couverture qu’on jette à ses pieds. Ensuite M-K s’allonge dessus. Enfin la dernière cellule de droite montre un homme s’accroupissant au-dessus d’elle. On aperçoit son torse couvert de poils noirs et l’une de ses mains posées sur la jambe gauche de M-K tandis que l’autre tient une bouteille.
Analyse : L’aspect répugnant du lieu est sublimé par un souvenir terrifiant vécu par M-K. La réalité étonnante des détails n’a pu être rendue que par une expérience réelle. L’ombre la recouvrant alors qu’elle est blottie contre la paroi du mur est une représentation récurrente des contes pour enfant où le monstre se penche sur la petite fille égarée dans un bois par exemple. Le fait que l’on ne voit toujours pas le visage de l’homme n’est pas pour ménager un quelconque suspens. M-K l’occulte sciemment comme si elle était dans un cauchemar et qu’elle allait se réveiller. La prédominance des poils renforce une nouvelle fois le mythe du « grand méchant loup ».

Note : La bouteille que l’on devine expliquerait la provenance de l’alcool trouvé dans le sang de M-K.

# Planche 3 :
Descriptif : Le croquis central occupe ici presque toute la planche avec deux cellules au-dessous.
M-K est maintenu par la nuque d’une main. L’autre main de l’homme est sous sa jupe alors que son chemisier a été presque arraché ainsi que les bretelles de son soutien-gorge. Le pantalon de l’homme est détaché car il tombe sur ses genoux. M-K est dessiné comme une poupée désarticulée.
Sur la première cellule au-dessous, les yeux de M-K sont vifs et très clairs. Elle crache au visage de l’homme.
Dans le dernier croquis l’homme l’a rejeté contre le mur, et M-K git inerte au sol, le corps comme offert à l’être toujours de dos.
Analyse : La violence insoutenable du dessin est foncièrement en dehors de l’imagination d’une fille de quinze ans. Ce croquis est emprunt de masculinité pornographique et le fait de voir l’agresseur de dos révèle que M-K a refoulé le choc de la vision virile qu’elle aura enduré. Sa réaction de défense l’aidera toutefois à combattre le trauma récurrent qui sera lié à ce souvenir.

# Planche 4 :
Descriptif : La première cellule de la planche est quasi entièrement maculée de fusain noir. On devine l’entrée du baraquement. Seul un éclat appartenant à une sorte de bijou est visible puis un autre plus mat provenant d’un objet métallique se détachant à peine de l’ombre. Toujours en haut de la planche on aperçoit le visage de l’homme. De trois-quarts, il est mangé par les ombres et par une épaisse barbe très drue et importante. Les lèvres sont imperceptibles mais de la morve coule à leurs commissures. Les petits yeux noirs sont écarquillés de surprise et d’incompréhension.
Dans la troisième cellule terminant le haut de la planche une barre de fer s’abat sur son crâne.
Le reste de la planche est consacré à la dernière scène, toutefois une sorte de double encart la découpe de part et d’autre. Dans le premier on remarque un être encapuchonné et indéterminé soulevant M-K. L’homme barbu se jette à leur visage avec un tesson de bouteille, blessant l’étrange couple ainsi formé.
Le second encart redessine les yeux surpris du barbu mais avec un renoncement plus prononcé.
Comme vu, le dernier croquis couvre la planche. On y voit une masse recouverte d’une bâche souillée de filets noirs. De la bâche on n’aperçoit rien si ce n’est qu’elle forme une sorte de « W » sur la moitié haute comme si on avait écarté les deux bras d’une chauve-souris pour étendre ses membranes de peau…
Analyse : Malgré la scène frappant et attirant le regard par le dégoût et la fascination étrange qu’elle exerce, on distingue un changement dans la réalisation des traits. M-K a soulevé son crayon comme si elle s’était délivrée d’un poids l’entravant. Ce qu’elle a à peine esquissé comme une apparition l’a assurément sauvé de son cauchemar. Presque christique, cette Fortune ou Providence « Divine », explique peut-être l’apparence « démoniaque » de la crucifixion mise en scène devant elle. Dans tous les cas ces quatre premières planches sont à n’en pas douter largement inspirées d’expériences vécues par son auteur.

On peut donc en conclure que M-K a été réellement agressé par un homme de type occidental, blanc, très viril pour ce qui concerne ses traits et sa pilosité, âgé d’une cinquantaine d’années, entre 1m75 et 1m85, de forte corpulence, barbu, les yeux foncés et les cheveux courts. Si cette thèse est confirmée, il ne fait aucun doute que l’être lui étant venu en secours existe bien, toutes les planches s’accordant en une seule expérience cohérente.
Nous y reviendrons…

Note : Au vue de la blessure sur la joue de M-K on peut appuyer la thèse de la véracité des croquis, tendant à prouver que le suspect ait lui aussi été blessé…

*


Phyllis fut surpris par le flash info de 12h00.
La musique douce l’ayant accompagné jusqu’ici et qui avait plus à voir avec une musique d’ascenseur était demeurée en sourdine dans un coin vaporeux de sa conscience tant celle-ci était concentrée. Elle avait relu toutes ses notes, compulsée les dessins incroyables de Mary-Kay, fait un effort pour se remémorer les détails prégnants des deux derniers jours et tenter de synthétiser le tout.
Le journaliste radio du flash avait une voix de la dernière guerre annonçant d’une voix nasillarde et monocorde sa litanie de catastrophes. Apparemment le monde s’écroulait davantage et la hiérarchie événementielle inconnue du commentateur mélangeait tout et n’importe quoi.
Dans la mémoire encombrée de la comportementaliste cela donna qu’un accident de la route avait causé une réduction budgétaire alors que les festivités de l’été touchaient à leurs fins provoquant la découverte d’une nouvelle planète ! (Par malheur ce n’était qu’un caillou : l’Humanité aurait encore à tenter de sauver celui sous ses pieds au lieu de le déserter lâchement) Impossible, elle n’arrivait à rien…
Phyllis allait mettre un terme à cet imbroglio d’ondes prophétisant l’arrivée d’un mal de tête quand on passa aux faits divers.
Dans l’affaire du meurtre de la « Cité-Fleurie », la police n’a toujours pas pour l’heure identifiée la victime et son assassin. L’identité de la jeune fille demeure préservée pour l’instant tout autant que celle du suspect interrogé….
Vraiment pas une radio d’infos, pensa Phyllis. Elle rêvassa encore un peu s’attardant sur le bulletin météo alarmant. Etrangement ils l’étaient tous au moment même où l’on passait sous les 30 degrés Celsius ou pire, sublime horreur, l’apparition de trois nuages plus gris que les autres ! Mais qui décidait que l’on était heureux de cuire au soleil et déprimé quand il pleuvait ou se levait le vent ? Et de vent il était question cette fois, de tempête même. Une dépression particulièrement inquiétante se formait depuis l’océan… mais entre une brise ou un cataclysme, comment se fier à ce dictat météorologique et trouver un juste sens à ces prévisions ?

L’économiseur de son ordinateur s’activa et l’écran devint subitement noir dans un bruit contrarié d’électricité statique. Elle se vit en reflet.
Elle nota ses beaux cheveux roux un peu en désordre et eut un rictus remarquant que son regard gris s’illuminait même à travers le plasma opaque de l’ordinateur. En fait ce miroir informatisé était une merveille car il occultait suffisamment de lumière pour cacher ses déjà trop nombreuses rides. Elle vieillissait et son horloge biologique la pressait encore plus vite.
Elle respira longuement vidant à l’instar de son PC son « cache-mémoire ».
Ce petit moment de distraction s’était révélé salutaire avant qu’elle ne replonge dans le travail.
Elle n’avait plus que deux heures avant de se préparer au « brief » qui agitait tant Fricks depuis leur retour de la morgue au commissariat. Il lui avait presque imploré de lui apporter une expertise capable de museler Bachar quand elle la produirait.
En fait au pire il se déchargeait de la responsabilité d’un fiasco sur ses seules épaules, au mieux il lui refilait toute la paperasse ! Dans les deux cas elle s’était faite avoir.
Ce Fricks était étonnant mais pas inintéressant.
Peut-être était-il aussi bien plus fin psychologue qu’elle ne l’avait pensé profitant de la déstabilisation morbide de la morgue pour la manipuler… De toute façon elle devait faire ce rapport.
La morgue justement. C’était le moment d’établir la seconde partie de son contre-rendu sur la victime. Après il lui faudrait encore dresser le profil de celui l’ayant réduit en cette chose inanimée grotesquement désarticulée sur la table de dissection et posée là comme une carcasse de viande.

Et de toute évidence, ce serait là qu’elle prendrait le plus gros risque de se faire jeter du bureau du Capitaine Bachar…

*


L’agent Jennie Müller avait des gros seins !
Dit comme cela, c’était plutôt choquant. Pourtant elle avait des gros seins et quoi qu’elle fasse elle ne pouvait pas se débarrasser ni de sa poitrine ni des regards des mâles la croisant. Car les hommes ne devenaient à son contact que des animaux gorgés de testostérone !
D’origine Alsacienne, blonde évidemment et un prénom aussi ridicule que celui d’une Barbie, comment pouvait-elle échapper aux plus gras clichés ? A chaque fois qu’une nouvelle recrue arrivait au commissariat on la bizutait en l’envoyant demander à Jennie où était les deux ogives de la « grosse Berta » ! Comme explication, on avançait que c’était là le code de la maison pour demander à l’accueil de dépôt de plainte les « mains courantes » de jour et de nuit… Un jeu qui ne trompait personne, mais les traditions ont de ça d’idiotes qu’on les fait perdurer sans même savoir pourquoi.

Jennie Müller n’était peut-être pas très intelligente mais elle était sensible.
La première fois qu’elle avait vu ce journaliste elle avait été touchée. Il lui avait souri et très gentiment demandé son prénom. C’était déjà en soi assez rare. Ensuite il lui avait dit qu’il faisait régulièrement la tournée des commissariats pour récolter quelques sujets intéressants à relever dans les « mains courantes ». Il lui avait fait part de sa surprise qu’elle en compulse aussi bien chaque information en un classement aussi rigoureux. A son avis, lui avait-il dit, personne ne remarquait l’énergie et l’aide précieuse qu’elle apportait à ses collègues en leur faisant gagner un temps précieux.
Oui, elle avait été sensible à de tels arguments et si cet homme avait noté la proéminence de sa poitrine, il avait su resté discret.
Ensuite il était revenu régulièrement et à chaque fois il la complimentait davantage, faisant une remarque sur son sourire, ses yeux ou sur le bonheur de sa compagnie loin de l’ennui. Oui, il se faisait une joie de s’évader un peu de la monotonie de cette tournée ennuyeuse en discutant avec elle.
Peu d’hommes mettaient en avant ses qualités là avant une autre…
Il n’était pas très beau mais il était amusant et c’était déjà pas mal. Parfois un collègue à lui passait à sa place et elle était déçue, presque triste. Elle ne faisait pas d’effort avec ceux-là car leurs yeux étaient de ceux qu’elle connaissait trop bien.
Mais en cette fin de matinée, elle était ravie. Il était venu. Maintenant elle savait qui il était, son dernier article dans le « By Night » avait fait son effet. Elle qui était férue des magazines « people » et de leurs potins, elle comprenait la passion de ce journaliste pour les faits divers.
Et elle l’avait impressionné cette fois !
Tant même qu’il lui avait fait promettre quand il serait moins occupé de lui rappeler qu’il l’invite à dîner ou à partager un verre.
Elle avait rougi… Glissant les quelques photocopies qu’elle lui avait préparé dans la poche de son costume, il lui avait dit qu’elle lui sauvait la vie. « Promis, hein, on fêtera tout cela, je vous dois une soirée… (Et en chuchotant il avait ajouté que tout cela restait entre-eux avec un superbe clin d’œil) ».

Oui, Jennie Müller avait des gros seins !
C’était là le seul intérêt qu’il lui trouvait. Non, en fait il lui trouvait un intérêt bien plus précieux encore, la mine d’informations qu’elle tapotait de ses ongles mal peints. De toute façon il finirait bien par lui payer un verre.
Mêler le travail avec les sentiments, il ne faisait que ça ! Et pour les sentiments il était prêt à tous les avoir pour faire rêver les femmes et les mettre dans son lit.
De retour dans sa voiture, le journaliste déplia à la hâte les photocopies. Un instant il eut une sincère reconnaissance envers Jennie. Merde, s’il y avait la moindre petite chance, c’était à tomber !
Homme de 49 ans – Assistant – Disparu depuis une journée (deux désormais nota t-il mentalement) – Non présent à son domicile qu’il partage avec sa sœur - Ne s’est pas présenté à son travail, le centre psychiatrique de la « Cité Fleurie ».
Il y avait l’adresse du centre et celui de la sœur du disparu ainsi que les coordonnées téléphoniques.
Un homme disparaissait au même moment et dans le même quartier… La police avait du laisser tomber. Il eut un grave moment de désespoir. Il se le reprocha aussitôt.
- Oh, c’est ton heure mon vieux, secoue-toi !
C’était un tel bordel en ce moment au commissariat et Bachar mettait tellement la pression… Sans compter celle qu’il leur avait collé et qui avait très bien pu faire passer tout le reste au second plan, les « mains courantes » avec. Cette fois il y croyait.
Il y avait même une photo que la photocopie avait salie d’encre donnant une apparence lugubre au visage qu’il décrivait machinalement. Sale gueule, pensa t-il. Puis il sourit. Une vraie gueule à traîner dans un terrain vague, rien d’impossible à cela.

Il enclencha la clé de démarrage.
Il avait deux rendez-vous. La sœur de l’inconnu mais avant un passage à la morgue où il avait son entrée. Ouais une gueule pareille avec une barbe comme ça, rien de plus facile à vérifier…
- Je t’aime Jennie ! Surtout tes gros seins…
Et Bastien Stannaisse partit dans un fou rire.

*


Faits :
La victime est un homme d’une cinquantaine d’années.
D’une hauteur d’1m80 pour 90 kg, il n’a pas été remarqué de maladies particulières lors de l’autopsie. L’analyse toxicologique montre un taux d’alcoolémie d’1G20 et une prise d’un « pot » d’amphétamine, d’accélérateur sexuel, de morphine et autres opiacés en moindre quantité. Le corps comporte un nombre important de contusions provoquées par un objet contendant et massif.
La cause de la mort semble avoir été un coup porté au crâne enfonçant le lobe temporal et engendrant une hémorragie interne fatale. Quel qu’ait été les autres blessures, celle-ci aurait de toute façon été mortelle à terme.
La face a été très tuméfiée, les dents brisés et la mâchoire disloquée. En outre les doigts des mains ont été réduits en bouillie rendant la prise d’empreintes impossible. Le reste du corps est relativement intact même si des fractures et des plaies importantes sont visibles. Le sang a coagulé sur l’individu au lieu de s’écouler normalement. En outre, de nombreuses fibres textiles ont été extraites de la plupart des plaies démontrant que l’arme n’est pas rentrée directement en contact avec le corps. Ces fibres ne correspondent pas aux vêtements de la victime et elles sont assez épaisses pour ne pas avoir déchiré l’ensemble de la trame du tissu auxquelles elles étaient rattachées.
Un anneau vibrant a été retiré de l’organe génital de l’individu. En outre des scarifications antérieures à l’agression sont visibles sur sa poitrine mais pour certaines encore récentes. Rien dans les affaires personnelles n’identifie l’individu.
Dernier fait curieux, l’homme portait une culotte de type féminin.

Analyse :
Comme vu sur la scène de crime, l’aspect visuel tant sur le lieu de l’agression que l’aspect du corps à la morgue est choquant. La chair apparente, le visage monstrueux, la quasi-amputation des doigts, l’abondance de sang sur le corps et la mâchoire disloquée tendent à prouver le caractère diabolique de l’agresseur.
Ceci est à n’en pas en douter une mise en scène.
La victime a été vraisemblablement tuée sur le coup ou peu après avoir reçue un violent coup au crâne. Le reste des blessures a sans doute été perpétué post-mortem. En outre le rapport du Patrouilleur ayant le premier trouvé la victime fait état que celle-ci était recouverte d’une épaisse bâche. Cela concorde à la fois avec les fibres trouvées et avec le fait qu’on s’en soit servie pour frapper l’individu après l’avoir recouvert de cette bâche. L’absence de projections de sang autour de la scène de crime corrobore à nouveau le rapport du légiste.
Tout cela tend à une théâtralisation soit pour faire penser à l’œuvre d’un agresseur psychotique soit pour rendre impossible l’identification de la victime au moins pour un temps. Les deux sont évidemment envisageables pour un peu plus brouiller les pistes.

Note :
1- La puissance nécessaire et la violence engendrée peuvent avoir été le fait d’un seul agresseur mais rien ne peut affirmer que plusieurs individus n’aient pas été présents sur les lieux du crime.
2- La disparition macabre des empreintes et des dents ainsi que la prudence utilisée pour éviter toute projection de sang dénote une entreprise organisée, plus intelligente que préméditée.
3- Les rapports du Patrouilleur, des enquêteurs de la scène de crime et du médecin légiste concordent tous entre-eux et éclaire les croquis de M-K quant à sa présence sur les lieux et à l’enchaînement des faits.
4- Etant donné la nature des événements, trois profils sont à établir.

*


Phyllis émergea une nouvelle fois de sa concentration.
Encore un flash d’infos, un rêve qui l’aurait surpris sans qu’elle ne se rende compte ou la sonnerie de son portable avec la voix de Fricks la mettant en pelote ? Non, juste une chanson à laquelle elle ne s’attendait pas.
« Popular » du si attachant groupe Nada Surf. Elle était encore jeune la première fois qu’elle avait entendue l’histoire de la cheerleader et du quaterback. Et elle voulait alors être populaire…
Fricks voulait être populaire car il voulait prouver que la couleur de sa peau valait celle d’un autre. Bachar voulait être populaire pour d’autres raisons, sans doute plus cupides. Jacky ou Jack, enfin le Patrouilleur certainement à l’origine de quelques fuites sur l’affaire, voulait être populaire pour montrer que les agents en uniforme avaient une valeur. Ce journalise à sensation voulait être populaire et il était prêt à y mettre les moyens plus que la fin… Et Mary-Kay. Etait-elle comme toutes ces adolescentes qui peuvent se bruler les ailes à être la plus populaire de toutes ? Phyllis eut un frisson. Elle avait payée cher pour être populaire à son âge… Ou plutôt on le lui avait fait payer cher.
Et « Lui » ? Avait-il fait tout cela pour être populaire ?
S’il avait sauvé Mary-Kay l’était-ce pour la seule Gloire ? Les plus beaux actes héroïques ne cachaient-ils pas plus que tout autre le seul désir d’être populaire ?

Profil de la victime :

  1. Victime inconnue

Le profil de la victime demeure hypothétique.
Sous réserve d’un témoignage plus déterminant de M-K, il est très probable que l’homme ait été le ou l’un des agresseurs de la jeune fille retrouvée. Le témoignage du Patrouilleur est formel sur les chaussures retrouvées sur le lieu du crime ce qui écarte les probabilités d’une coïncidence.
L’objet sexuel identifié sur la victime ainsi que le port d’une culotte de fille attestent d’un comportement déviant. L’usage de drogue et l’automutilation attestés renforcent le potentiel destructeur du sujet.
Là encore si on prend en base de travail les croquis de M-K, il ne fait aucun doute de la dangerosité extrême de l’individu. En outre il est à écarter un transfert par cette jeune fille de son « sauveur » avec son (ses) « agresseur ».
1- Interroger Mary-Kay sur cet homme afin de valider le profil.
2- Vérifier s’l existe des empreintes sur les tessons retrouvés pour une identification future.
3- Comment la victime a pu trouver un sous-vêtement d’adolescente ? (l’acheter est peu probable). A-t-il une fille ? Vit-il avec des jeunes filles ?

  1. Mary-Kay

Le profil de la victime est établi.
1- Retracer l’histoire des faits.
2- Travailler sous hypnose si des traumas ou des refoulements existent.
3- Etablir une certitude dans le rôle joué par les individus en cause lors de la disparition.

  1. L’X :

Le sujet « X » est la désignation de la ou des personnes ayant eut un rôle dans le crime et le ravissement de la jeune fille.
Hypothèse de travail que le crime et les événements impliquant M-K soit liés.
Dans le cadre de l’hypothèse à valider ci-dessus, le sujet X est probablement un homme de grande taille, puissant physiquement ou alors mue d’une colère ou d’une rage rare. Comme on l’a vu précédemment le crime a requis un sang-froid hors du commun, beaucoup de précautions ayant été prises pour ne pas laisser de moyens d’identifier le sujet et sa victime. Toutefois il semble exclu que X ait agi avec préméditation, renforçant sa maîtrise et sa lucidité.
Il ne s’agit pas d’une exécution mais d’une réponse.
La perversion est absente car X n’a cherché qu’à dissimuler les preuves de son acte.
La colère ou une pulsion incontrôlée auront pu déclencher l’attaque mais elles auront disparu après le premier coup porté.
Si X a surpris une agression portée sur M-K il n’aura de toute évidence pas réagi normalement. A ce titre, il est probable que le sujet ait eu une expérience traumatisante et qu’il ait répété un comportement déjà expérimenté. Le lieu du crime fréquenté par des junkies ne peut l’assimiler à ces derniers. En effet un être possédé par des drogues n’aurait pas pu organiser de tels actes.
Enfin X n’a pas voulu attirer l’attention à lui en prévenant les autorités. Il n’a pas fui ses responsabilités non plus, emportant M-K avec lui. Lui portant secours il n’aura pas voulu la laisser inconsciente ou égarée dans un lieu qu’il considérait dangereux. Dès lors, il aura cherché un havre jugé sécurisé… La plage et l’Océan.
X est un être solitaire, agoraphobe sans doute et en tout cas ne faisant pas confiance à ses semblables. Il ne compte que sur lui-même et croit aux refuges et à leurs puretés virginales…
1- Le profil est à compléter une fois M-K interrogé.
2- La victime a été retrouvée dans une mise en scène de crucifixion. Celle-ci est une autre tentative d’orienter l’enquête vers un groupe de satanistes drogués, le lieu s’y prêtant. Toutefois il est possible que ce soit là une « signature » inconsciente, comme un avertissement. (Vérifier).
3- X peut chercher la Gloire ou une Quête. Il s’intéressera de près à l’enquête, surtout s’il est laissé à penser qu’il est coupable alors qu’il se pense héroïque.
4- Vérifier l’hypothèse que X soit bien l’auteur du crime. Peut-être n’a-t-il fait qu’assommer la victime ? Des drogués ou des satanistes auraient profité d’un cadavre pour jouer avec ? X était-il avec la victime avant l’arrivée de M-K ?
5- X a-t-il un lien avec la victime ? Un lien avec M-K ?

Segments d’enquête : X – Junkies – Groupes Satanistes – Personnels du foyer de jeunes filles (Jim – Liens avec les sous-vêtements ?) – Mary-Kay.

*


Allait-elle devenir populaire avec un tel rapport ?
Phyllis en douta. Les enquêteurs allaient la tailler en pièce, Bachar grommèlerait une vacherie sur les femmes et Fricks…
- Fricks !
L’inspecteur entra dans le bureau mis à la disposition de Phyllis comme la tempête qui se levait au-dehors. Elle n’eut même pas le temps de parlementer qu’il l’obligea presque à appuyer sur la fonction « imprimer » du PC. Il se jeta sur le papier encore chaud et l’avala comme si c’était un morceau de viande, inquiet que des charognards ne viennent le lui disputer !
- Excellent ! Je vais faire faire des copies que tout le monde puisse lire tout ça avant la réunion.
Elle prit un moment avant de comprendre chacun des mots dangereusement mielleux qui semblaient construire une sorte de compliment. Ce n’était pas l’habitude de Fricks d’être aimable. Il y avait des gens comme ça qui ne faisait qu’hurler des reproches et à peine esquisser un rictus grimaçant quand vous vous étiez surpassé pour leur faire plaisir.
- Il est à peine 13h30… Prends une barre de chocolat ou une douche. Dommage mais je n’aurais pas le temps de la partager avec toi.
La belle rouquine écarquilla les yeux.
Non, par pitié ne lui fait pas le plaisir de rougir ! Que ce putain de fond de tain ne trahisse pas la chaleur qu’elle sentit monter aux pommettes…
- Pourquoi, tu aimes le chocolat ?
Elle s’en tirait bien pour le coup.
- Bah, je suis déjà une barre de chocolat, alors non j’aurai préféré autre chose. Les bébés ne se font pas tout seul.
Cette fois, même s’il répondait hilare à la bourde qu’elle avait faite ce matin tôt au téléphone, le terrain devenait de plus en plus glissant. Il fallait qu’elle se sorte des sables mouvants avant de s’y enfoncer pour de bon.
- J’ai le temps d’aller à l’hôpital. Mary-Kay peut avoir besoin de moi.
Le visage de Fricks se rembrunit soudain.
Il était sérieux ou quoi question douche et bébé ?
- Comme tu veux. Rendez-vous à 15h00 au « brief ». Pas de pression, on ne joue que nos plaques !
Etrange, cette fois son sourire ne fut plus qu’un rictus forcé, son timbre sans plus d’humour.

Phyllis était restée sceptique sur les intentions de Fricks.
Elle savait qu’il jouait avec elle mais elle ne connaissait pas encore les règles. Garant sa voiture dans le parking de l’Hôpital, elle gagna les étages, évitant le sous-sol ou de croiser les deux infirmiers de la partie réservée aux jeunes patient.
Son sang se glaça soudain. Il n’y avait plus le garde de faction à la porte de la chambre !
Putain… Ce salaud de Freaks voulait plus que quiconque être populaire…


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