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Le renoncement n’est pas une faiblesse.
Le renoncement est l’un des talents de la maîtrise.
Le renoncement est le panache de la gloire.
On peut renoncer à la vie dignement,
On ne renonce pas à son âme comme on ne peut renoncer à la mort ;
On ne doit jamais renoncer à l’amour…
J’étais dans l’ombre.
Je n’étais de toute façon qu’une ombre parmi d’autres plus grises, souvent plus noire encore, parfois plus claires. Tout autour de moi était sans âme. Les blocs de béton du parking souterrain étaient froids.
Il n’y avait rien.
Rien d’autre que mon ombre dans les ombres.
Le vent toujours plus incessant hurlait presque maintenant au travers des galeries comme une bête furieuse. Il se convulsait entre les voitures garées, les piliers, les couloirs menant d’un étage à un autre, prenant toujours plus d’halant.
Il me transperçait au gré de sa destinée éthérée, promesse d’une étreinte futur quand il prendrait mes cendres et les disperserait alors. Il ne me prit pas pour l’heure.
J’allumais mon MP3, qui n’en était pas un d’ailleurs mais j’avais oublié le nom qu’on leur donnait, préférant cette désignation ancienne et générale. J’appuyais sur la fonction « Repeat » et haut-parleur en même temps. Je poussais le volume fort.
Aussitôt la voix sourde et réverbante de Scary Mansion entonna les paroles de « I Dumped My Mind ». Le vent s’en empara et l’emporta dans l’air, transportant l’atmosphère en un autre monde.
Moi aussi je perdis l’esprit…
Là dans l’ombre, je n’étais qu’une ombre.
Mais mon esprit avait vu la lumière. Cela avait été comme dans un film noir et blanc où apparaît soudain au second plan un être de couleur. Ses yeux avaient peint le monde car elle me fit exister, moi qui étais indifférent à en faire partie.
Elle fut une évidence.
Il n’y a rien de plus banal qu’un couple qui se forme. Il n’y a rien de plus merveilleux.
On ignore son Destin mais quand on le reconnaît, il devient une Foi.
Elle m’a donné naissance. Elle m’a donné vie.
Je portais un éclat de lumière dans mon cœur. Je portais un éclat de sa lumière dans l’âme. L’autre nuit ce qui avait brillé avait le même éclat. Une femme est une petite fille et une petite fille devient une femme et deviendra la lumière d’une ombre.
Un homme doit préserver l’éclat de cette source de lumière.
L’amour et la haine dansent parfois ensemble…
Ne perds pas la lumière…
Renonce…
*
Elle frappa de ses poings le carrelage mural de la douche.
Des volutes de fumées chaudes s’échappaient du pommeau au-dessus d’elle, l’eau plaquant ses longs cheveux roux sur sa nuque. Le ruissellement se poursuivait le long de ses épaules puis se séparait entre le galbe de ses seins.
Elle se sentait si sale.
Le corps à la morgue lui revenait en flash. La mort était si grotesque.
Son esprit brulait de culpabilité envers celle qu’elle avait trahie… Au moins elle avait pu se racheter.
Elle aurait du mal à donner une seconde chance à Fricks.
Mais Bachar avait été si dégoulinant de condescendance qu’elle en était encore écœurée. Sous les rires des quelques flics présent, après avoir lu son compte-rendu, il lui avait lancé que Tony Hill lui-même aurait été épaté par tout ça.
Putain quel gros plein de merde.
Le pire avait été quand il avait souligné que Fricks avait au moins fait parler la gamine. Elle aurait voulu le gifler mais elle renonça.
D’ailleurs, elle renonçait à comprendre la connerie grasse des hommes. Pas de réflexe féministe encore plus imbécile se dit-elle. Ne renonce pas à un peu d’intelligence. Maintenant elle en était là.
L’enquête s’orientait vers l’identification de la victime en priorité.
Même si les enquêteurs scientifiques n’avaient rien trouvé de probant sur les lieux, on attendait qu’ils trouvent ! Jim le boiteux était assigné chez lui et sous surveillance policière. Le pompon avait été Mary-Kay.
Bah ces gamines sont des paumés qui racontent n’importe quelles conneries pour exister, pauvres écorchées ! Prenez-là chez vous et continuez à faire des dessins, on sait jamais, elle nous fera peut-être de beaux portraits-robots !
Et tout le monde avait ri à la suite du gros Bachar.
Lui ne renonçait pas à être con ! Mais voilà il avait relâché un peu de la pression et les flics du commissariat n’allaient pas le contredire. Après tout, la gamine n’avait rien, avait-elle entendu anonymement dans leurs rangs.
Voilà où elle en était.
Elle n’avait même pas envie de pleurer. C’était pire, elle s’en foutait.
Mary-Kay était sa priorité. On la mettait au placard, qu’au moins cela lui serve à se racheter même si elle n’aurait pas le pardon facile du confessionnal en récitant n’importe quoi pour faire passer ses conneries aux yeux d’un Dieu qui avait déserté le monde depuis longtemps.
Elle s’enroula dans une serviette châtaigne, douce et parfumée.
La sonnette retentit.
Merde, elle était à moitié-nue et ses cheveux dégouttaient partout. Mary-Kay s’était endormi à l’étage et il n’était pas question que le livreur Chinois la réveille. Tant pis, il en aurait une bien bonne à raconter à ses collègues. A coup-sûr, il en rajouterait comme quoi une nana l’avait allumé en ouvrant la porte avec un carré de serviette lui moulant les nibards…
- Oui voilà, je…
Putain de livreur oui !
Le Chinois était devenu Africain… Sûrement une saloperie dans la bouffe !
- Dégage !
- Mais j’ai payé le repas au livreur…
- Etouffe-toi avec…
- Phyllis, ouvre, c’est sérieux, regarde.
Elle lui arracha des mains le journal.
Le « By Night » affichait en une : « La victime identifiée par le By Night ! ».
Au-dessous une légende indiquait que grâce à la compétence de son journaliste, la victime avait été identifiée avant même la police. Un scoop qui honorait le journal mais qui soulevait une interrogation. La police était soit incompétente soit malhonnête si elle avait dissimulé à la famille cette information capitale…
- Oh j’aimerais voir ta gueule Bachar. Tu va t’en tirer comment cette fois !
Elle tenait sa revanche.
- On aura peut-être une chance de revenir dans le jeu.
Fricks ! Elle l’avait complètement zappé.
Il avait du culot à venir ici chez elle. Soudain elle sentit son regard entrain de la reluquer lui tournant alors le dos.
- J’ai merdé… Fricks avait une sale mine et des yeux usés ôtant toute rage à Phyllis.
- Ben oui Obama ! Et merde, tu as vraiment l’air d’un pauvre type avec tes sacs sentant le poulet frit et la sauce curry.
- C’est sûrement à cause du fait que je suis un pauvre type. Encore quand ce moment pas mal de types, et pas les plus paumés, m’envierait…
Phyllis décampa aussitôt laissant l’empreinte de ses pas mouillés sur le parquet. Elle siffla qu’il dépose le repas dans le salon et avec son imper aussi trempé que sa serviette. Fricks relâcha sa respiration, sûrement l’ébauche d’un pardon…
Il remercia Phyllis mais elle ne l’entendait déjà plus, absorbée par le « By Night » et ses révélations.
*
« By Night » – Les Nuits de Fièvre –
19 Septembre 2013
Dans l’affaire de la disparue du terrain vague de la « Cité Fleurie », retrouvée très rapidement, et de l’homicide (se reporter à l’article de notre édition d’hier) non élucidé, du nouveau.
Pour les lecteurs qui n’aurait pas suivi les faits, ce meurtre particulièrement horrible aura laissé la victime dans un tel état que toute identification semblait impossible. Mais voilà, pour le « By Night », la déontologie ne permet pas qu’on élude la moindre piste d’une enquête.
Nous avons ainsi pu établir avec certitude et de source sûre que le corps retrouvé et celui de l’Assistant Psychiatrique Benjamin Fratti travaillant au centre clinique à côté du terrain vague où il a été retrouvé mort. Mais ce n’est pas tout.
Cette information incroyable a été ignoré par la Police alors que la sœur du défunt, inquiète car partageant ses appartements, avait signalé sa disparition ! Dès lors comment une telle proximité de date et de lieu a-t-elle pu être ignorée ?
Incompétence ou malhonnêteté, le lecteur tranchera…
Il semble établi que bien des zones d’ombres entourent et épaississent le mystère de cette affaire.
Benjamin Fratti par exemple.
Si le centre psychiatrique où il travaille a refusé pour l’heure d’ouvrir ses portes à la presse avant de parler à la Police, nous en savons un peu plus sur cet homme. Si sa sœur le décrit comme un homme taciturne, silencieux, entièrement dévoué à son métier, elle n’a pu trouver d’explications à sa présence sur les lieux du crime. Etrangement c’est sa mort qui semble avoir entrouvert les secrets de Mr Fratti !
Nous ayant procuré une copie du rapport légiste, nous pouvons penser que cet homme avait des mœurs pour le moins particulière. Par respect pour sa famille nous tairons, fautes de certitudes, les pratiques intimes de l’individu, chacun ayant droit au respect de sa vie privée. Toutefois un indice porté par le défunt a révélé un comportement troublant. En outre cette révélation associée avec la présence de la jeune fille au même lieu que la dépouille laisse perplexe.
Les causes de la mort de Benjamin Fratti pourraient être bien plus complexes encore.
Nous laisserons à la Police la tâche de nous éclairer sur ces questions.
Mais nous devons la vérité à nos lecteurs et nous la porterons jusqu’aux plus hautes autorités. Si cette victime n’en est pas une, alors qui était son meurtrier ?
Un monstre ? Seule la jeune fille peut l’établir.
Un héros ? Malheureusement on ne sait où s’arrête ce genre de justicier.
Alors n’ayons pas peur de le dire, une ombre ! Une ombre dont on dissimule l’existence…
Pourquoi ? Des questions dont beaucoup auront à répondre.
Le « By Night » ne cachera pas la vérité à ses lecteurs…
Une enquête à suivre.
Bastien Stannaisse
*
Bastien Stannaisse avait relu de mémoire son article durant la lente descente de l’ascenseur l’emmenant des bureaux du « By Night » au parking souterrain.
Même s’il avait décroché un entrefilet à la une du quotidien il était encore relégué en seconde page. En plus cet abruti de rédacteur en chef ne lui avait pas accordé plus de trois colonnes. Bastien lui en voulait mais il s’en voulait également de n’avoir pas fait un papier plus enlevé. Ce qui dans son vocabulaire personnel voulait dire plus « trash ».
Le rédac avait dit qu’il fallait protéger la frangine du macchabé, que la Police allait péter les plombs assez comme ça et autre bla-bla. Quelle guigne.
Mais il était confiant.
Le journal s’était bien vendu depuis l’affaire et il savait que cela appâterait quelques gros cigares, comme il appelait les chefs d’édition des chaînes télé. Et même s’il n’était pas très heureux de sa production de ce soir, ce serait suffisant pour les ferrer…
Le Doc de la morgue était un macho convaincu et lui le seul journaliste s’intéressant à ses cadavres tout en lui racontant toutes sortes d’histoires de cul. Ce mec ressemblait à Mengele et en d’autres temps allez savoir s’il n’aurait pas eu les mêmes pratiques ! Bastien jura qu’il ferait mettre dans son testament qu’il n’atterrisse pas entre ses mains…
Il avait passé le reste de l’après-midi à se coltiner la sœur de Benjamin Fratti, sorte de miroir de ce qu’avait du être son frère. Comment résumer ça… Leur maison semblait aussi terne que leurs personnalités, d’un ennui triste à mourir et aussi sombre que les tabous les murant dans des principes et attitudes d’un autre âge. La vieille fille n’avait pas du avoir conscience d’avoir changé de siècle ni même de millénaire. Elle et son frère ne sortaient jamais. Elle s’occupait de la maison et de préparer les repas de Benjamin. Excitant non ?
Il avait bien essayé de distraire la puritaine mais impossible de la convaincre d’aller fouiner dans la chambre et le bureau du frangin. Putain il était comme le chercheur d’or qui a trouvé un filon mais qui n’en a pas la concession !
Tant pis il avait sa petite vengeance… Quand elle lirait le « By Night », sûr qu’elle aurait une attaque cardiaque en voyant le nom de son frère !
L’ascenseur s’arrêta dans un fracas de métal.
Il ne s’y ferait jamais.
Une bourrasque de vent lui fouetta le visage. L’odeur âcre de l’essence et du bêton imbibé de carbone lui brula les narines et la langue. Une musique qu’il n’arrivait pas à juger proche ou lointaine résonnait dans le parking !
C’était quoi ça ? Merde au lieu de diffuser de la musique, ce n’aurait pas été du luxe de réparer les néons manquants et de les remplacer par d’autres plus lumineux. Les rares qui marchaient encore n’éclairaient qu’eux-mêmes…
Il fit quelques pas quand la voix lugubre de la chanteuse stoppa net !
Il n’était pas impressionnable mais là il ressentit un drôle de picotement dans la nuque.
Malgré lui il accéléra le pas sans le vouloir vraiment. Mais oh il faisait quoi là.
Pourquoi fallait-il aussi qu’il soit garé si loin.
Merde, il était donc le seul qui bossait aussi tard ? Il avait tant couvert de meurtres sordides dans les parkings que sa mémoire devait lui jouer des tours. Pas moyen de chasser ces conneries. Il jeta un coup d’œil furtif derrière son épaule. Soudain il comprit pourquoi les gonzesses se faisaient avoir avec leur fourre-tout leur servant de sac, leurs clés perdues au fond de ces bric-à-brac. Au moins lui les avaient dans sa poche à portée de main.
Le « bip » du verrouillage automatique perça le silence glacial du parking et les clignotants de sa voiture lui répondirent familièrement.
Il s’engouffra aussitôt à l’intérieur de l’habitacle rassurant. Il poussa un cri !
Quelque chose s’était plaquée sur le pare-brise ! Un exemplaire du « By Night » s’envola dans les airs, les feuilles doubles se détachant emportées par le vent ! Putain, quelle frousse !
Il tourna trop fort la clé de démarrage qui protesta vivement en tirant sur les bobines d’alimentation de l’injection. Son pied appuya lui aussi plus fort qu’à l’accoutumée sur l’accélérateur et il partit en faisant crisser les pneus.
Alors son cœur s’emballa et une sueur froide lui raidit la nuque puis la colonne vertébrale !
Là dans le rétroviseur, plus par réflexe du conducteur que par ses yeux, il crut deviner une ombre passant derrière sa voiture !
Bastien Stannaisse pour une rare fois dans sa vie renonça à satisfaire sa curiosité…
Si le renoncement n’est pas une faiblesse, la peur n’est pas une lâcheté.
La peur est un réflexe de survie.
Et si Bastien Stannaisse n’était pas satisfait de son article, peut-être n’aurait-il jamais conscience qu’il l’avait sauvé d’une rencontre qu’il n’aurait pas aimé faire. Oui, soulever l’héroïsme de celui qui se dissimulait dans l’ombre tapie à l’arrière de sa voiture avait été salutaire.
La chance aussi qu’un livreur du « By Night » en ait fait tomber un exemplaire par terre et que le vent l’ait amené jusqu’à cette ombre…
Une ombre qui avait elle-aussi renoncé.
Elle préférait la lumière aux ténèbres…
*
- Pourquoi tu as fait endurer ça à la petite ?
Ils avaient mangé presque en silence ne faisant que regarder leurs nouilles et s’attarder sur les morceaux de canards. Parfois ils s’étaient jeté quelques coups d’oeils interrogateurs mais aucun mot n’avait été dit.
Phyllis avait enfilé une sorte de kimono de soie noire, ses cheveux roux encore humides détonant sur la matière sombre.
- Il fallait que je le fasse, c’est tout.
Fricks s’était tordu en une étrange posture en disant ça.
- C’était la seule manière de valider ton boulot Phyllis. Sans le témoignage de la fille, Bachar t’aurait ridiculisé…
- Mais il l’a fait !
Phyllis faillit s’étrangler avec le curry même s’il ne lui brulait pas l’estomac autant que Bachar.
- Peut-être mais les enquêteurs penseront le contraire, tu verras. En plus avec l’article que nous a sortis le « By Night » je crois que sa crédibilité va en prendre un sacré coup. Tu verras, bientôt il reviendra la langue pendante pour que tu lui apportes un os à jeter aux lions qui voudront le tailler en pièces…
- Et tu crois t’en tirer comment toi ?
Fricks sentit le regard lourd de reproches de sa si troublante coéquipière.
- J’ai voulu faire ça pour avancer plus vite, c’est vrai, c’était une connerie. Mais si j’ai tenté le jackpot ce n’était pas pour rafler la mise…
- Alors pourquoi ? Phyllis eut un frisson comme si elle craignait la réponse.
- Je, je l’ai fait pour toi !
Les flammes des petites bougies de la table basse les séparant tremblèrent menaçants un instant de s’éteindre.
Phyllis essaya de comprendre rationnellement. Fricks savait que Bachar allait démonter son profilage et il avait décidé de prendre tout sur lui en cas d’échec. Il était clair que le Capitaine l’avait déjà mis en difficulté en ne faisant rien pour retenir Jim le boiteux. Il n’aurait plus qu’à la descendre elle et il aurait eu les coudées franches pour évincer le duo qu’on avait collé sur une affaire dont il savait qu’elle servirait ses ambitions politiques.
Tout cela n’expliquait pas les intentions de Fricks.
Son cœur battit un peu plus vite. A moins que…
La Tsingtao était-elle plus alcoolisée qu’elle n’y paraissait ? La fatigue était là mais la bière n’aurait pas suffit à la troubler autant.
Il s’était rapproché d’elle comme une panthère flairant la petite gazelle paniquée qu’elle était.
- Tu heu, tu crois donc en ma théorie du tueur qui sauve une proie pourtant facile…
- Une pulsion de survie, oui pourquoi pas. Il faut parfois céder à ses pulsions, surtout quand elles sont instinctives…
- Je, tu…
Elle sentit l’air chaud de son souffle désormais si proche de sa bouche.
Dans la pénombre le pourtour blanche de ses pupilles étaient phosphorescentes. Il était comme un serpent l’hypnotisant.
Elle s’abandonna d’un coup, sans violence pourtant. Ses barrières cédèrent, simplement.
Son kimono s’ouvrit sur sa poitrine gonflée et haletante. Il prit ses seins à pleine main, la cambrant tout en les caressant doucement. Elle brulait maintenant.
Elle ferma les yeux et quand elle les ouvrit, leurs habits avaient disparus.
Elle sentit la virilité sur l’une de ses cuisses tremblantes. Elle voulait être dévorée et la bête avait faim. Elle voulait être pleine, elle voulait être remplie.
Ils ne renoncèrent pas…
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