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La cité expérimentale « Europa » avait été une belle utopie.
Coincée entre les eaux tumultueuses de la Manche et de la Mer du Nord se rejoignant à ses pieds, elle était enclavée sur un no man’s land dont les frontières belges, françaises et hollandaises se perdaient dans la lande déserte. En fait il n’en avait pas toujours été ainsi.
A l’époque la ville, qui portait alors un autre nom, était un port industriel et international.
Prometteur il l’avait été attirant des ouvriers, des chômeurs, des marins et des errants de toute l’Europe. Plusieurs fléaux la touchèrent alors.
Le brassage de population avec les locaux avaient précipité les choses surtout que deux calamités s’abattirent sur les nouveaux arrivants. Le premier était le fait de politiciens et financiers véreux qui auraient pu devenir les prophètes d’une crise majeur et mondiale frappant le monde en 2008. Eux, s’y étaient pris bien avant !
Sûrement les mêmes d’ailleurs qui précipitèrent aussi le dérèglement climatique, allez savoir.
Quoi qu’il en soit, et c’était idiot, la ville avait eu la particularité d’être bâtie sous le niveau de la mer protégée par des digues innovantes. Apparemment le génie les ayant fondé avaient lu son plan d’architecte à l’envers ou le béton avait été frelaté comme un paquet de coke où l’on aurait glissé de la lessive !
Bref, les montées des eaux lors des tempêtes dévastatrices avaient ruiné l’hospitalité des ports et toute l’économie s’était effondré.
C’est à ce moment que l’Europe avait décidé de jouer avec ce terreau comme des modeleurs fous créant leur Golem. Depuis, aux hauts des falaises cernant l’ancienne ville, poussant comme un champignon, Europa dominait de son ombre la ville basse comme on appelait les derniers quartiers en contrebas.
Comme toute l’Europe depuis sa création, cela ne fonctionnait pas ou pas pour tout le monde.
Toutefois la synergie des anciens et des nouveaux arrivants, le melting-pot des nationalités, l’autonomie partielle et sous tutelle des instances Européennes avaient bon gré mal gré donné une sorte de cité-état balbutiante. L’avenir dirait si la chose fonctionnerait…
Demeurait la ville basse avec ses quartiers délabrés, ceux résistants un peu aux abords des plages où venaient les « touristes » de la ville haute, ceux où survivait une ancienne population accrochée là comme une huître et inévitablement ceux accueillant les oubliés de la chose justement. A croire que la faune de l’Europe entière y avait trouvé une réserve !
De toute façon un jour tout cela ne serait qu’un souvenir, qu’on démolisse le tout par des bulldozers ou qu’une tempête autre que celle du siècle, peut-être du millénaire, ne vienne prendre le tout en une marée sans jamais le revomir une fois retirée…
Pour l’heure les échoués de l’utopie d’Europa finissaient dans ce cloaque. C’était le cas de pas mal de flics tentant de remettre de l’ordre là où le chaos avait parfois plus de règles ! Au moins le centre ville était encore rattaché comme à un cordon ombilical à la haute ville. On y trouvait des institutions, des vieilles universités, des bibliothèques et en fait il y demeurait toujours une atmosphère agréable. On y parlait essentiellement Français car la première vague de doux rêveurs au projet Europa venait de France.
Pourquoi ? Sans doute parce que la France on l’aimait ou on la quittait… C’est ce que ces exilés s’amusaient à dire à ceux leur posant la question.
Bien sûr les Anglais, comme au bon vieux temps de la Guerre de Cent Ans, leurs disputaient toute hégémonie, il en allait de l’honneur de la couronne ! Avec un peu de chance cela durerait plus d’un siècle tout comme l’antique guerre…
Mais au moins l’Europe fonctionnait étrangement encore ici. Chaque institution voyait se mêler des gens venus de toute part comme si la mythique Babylone avait resurgi de ses cendres. C’était le cas de la Police.
Mais le nouvel homme fort en commandant l’un des commissariats, l’inspecteur Karkan, avait tout d’un envahisseur ayant eu pour conquête d’en prendre les lieux. D’ailleurs on aurait dit un Américain débarqué sur les plages pour mater l’utopie d’Europa. Ouais, pas moyen de rêver ou d’avoir de l’espoir avec ce type sorti d’un cauchemar de bureaucrate. Maintenant les têtes allaient tomber et mieux valait obéir à ses ordres pour ceux désirant sauver la leur…
*
Elle était sur une plage.
Cette plage était incroyable, infinie, déserte peut-être depuis des siècles. Le tumulte des vagues résonnait comme une bataille insensée, le sang iodé de la mer s’échouant en de larges flaques écumantes tout au long de la grève.
Le Vent était chaud même ainsi humidifié par les embruns qu’il portait dans les airs comme des larmes arrachées.
Elle la vit. Ce n’était au début qu’une tâche se mouvant au loin et qui n’avait pas de forme. Cela bougeait mais n’était pas encore distinct. Cela venait vers elle. Le Vent tourna et depuis des dunes démentielles apporta une pluie de sable fouettant ses yeux, l’aveuglant.
Cet endroit était l’arène où s’affrontait un Océan et un Désert… C’était à couper le souffle.
Alors soudain elle la revit.
Elle courrait d’un pas si félin que sa présence au premier abord barbare devint celle altière d’une princesse. Elle était une prédatrice avide de liberté courant là où l’emportait son Destin, indifférente à posséder un territoire. Ses pas ne marquaient qu’à peine de ses empreintes le sable comme si elle marchait à la fois ici et dans le royaume éthéré des âmes en peines. Les muscles de ses épaules roulaient sous sa peau et son corps massif à la cambrure illogique dansait pourtant avec grâce pendant sa course. Son pelage fauve et bigarré s’ébouriffait dans les airs au gré des vents soulevant ses poils longs et sa crinière blanche.
Son visage était étonnamment gris, étrange et tout autant repoussant que fascinant. Sa gueule intimidante souriait d’un rictus pétrifiant. Elle était magnifique.
Dans les contes Africains elle était la Reine dominant le Lion, pourtant Roi ! Elle était la passeuse d’âme, celle à qui on confie ses morts et que l’on aime haïr tout en reconnaissant qu’elle porte la mémoire des damnés.
La Hyène croisa son regard.
Elle se figea, ses crocs surpuissants apparaissant soudain. Un son plaintif se fit entendre. Avait-elle un petit près d’elle ? Voulait-elle le défendre. Mais ce cri alarmé n’avait rien d’animal…
Une rafale violente chargée de sable la fit disparaître de nouveau puis tout autour d’elle !
- Non !
Phyllis se réveilla en sueur.
Un instant comme un rêve sans plus d’images mais avec l’illusion du son, elle cru entendre un ricanement bestial s’estompant déjà juste à côté d’elle !
Non, il n’y avait plus rien.
Seules les rafales de vent, bien réelles celles-là, frappant à ses stores. Il pleuvait aussi, beaucoup.
Phyllis remarqua qu’elle avait machinalement posé sa main sur son ventre. Elle renonça à analyser ça.
Tout lui revint alors en mémoire. L’excès de fatigue, l’excès d’alcool, l’excès de… Fricks ! Il n’était plus là, du moins plus dans la chambre. Quelle heure… 11h12. Merde. Quel jour on était ? Le Week-end. Samedi ou Dimanche ? Tout se mélangeait.
Elle alluma en hâte son portable. Quelle conne, il allait exploser de messages. Les secondes passèrent puis les minutes. Tiens il en mettait du temps à trouver le réseau, cette foutue tempête sans aucun doute. Non.
Pas de messages.
Elle se leva. Elle était nue. Elle n’aimait pas dormir nue.
Elle faillit pousser un petit cri de douleur mais ne le fit pas car cela ne lui faisait pas mal. Elle était simplement surprise de ce qu’elle ressentait dans le bas-ventre. Cela faisait longtemps qu’un homme n’avait pas, enfin bref.
Elle trouva son kimono, l’enfilant. Avant de le refermer, elle se regarda dans la glace de sa coiffeuse. Ses seins étaient encore droits et ferme. Elle s’en caressa un naturellement comme si elle interagissait avec un tableau. Ses cheveux roux emmêlés étaient comme une crinière de feu après avoir livrés une guerre. Elle avait même une odeur animale sur sa peau. Ses entrailles brulaient encore comme si une braise ardente n’attendait qu’un désir pour incendier ses sens. Elle haleta presque comme une chienne !
Ou comme une Hyène !
L’eau froide qu’elle s’aspergea violemment sur le visage une fois passée dans la salle de bains la fit retrouver la raison.
En même temps que la maîtrise de son corps lui revenait, son esprit se rafraichit enfin.
Encore cette Hyène. La Femme-Hyène de ses cauchemars, c’était elle. Ses bêtes qu’on disait hermaphrodites et passeuses d’âmes étaient les symboles de son identité !
Mary-Kay !
Merde, elle l’avait oublié. Merde et merde, et si elle les avaient vus ! Un frisson lui parcouru le dos.
Elle merdait à son tour.
Elle avait trahi cette gamine, s’était ridiculisé au brief et pour finir elle couchait avec son coéquipier ! Pas mal ma grande, se dit-elle.
La dernière planche de Mary-Kay ! Tout devint clair.
Phyllis, enfilant ce qu’elle trouva en chemin, monta l’escalier menant à la chambre de la fille. Le dernier dessin sur le cahier de croquis de Mary-Kay… Phyllis ne l’avait pas inclus dans son analyse car il dénotait des autres.
Pourtant son inconscient ou son intuition féminine, ou quoi que ce fut, n’avait pas vu qu’un simple dessin décrivant une Hyène. Outre qu’il était magnifique, il n’avait rien à voir avec les planches sordides le précédant.
D’ailleurs la seule étrangeté du croquis était de voir un tel fauve au côté d’une jeune fille, autoportrait de Mary-Kay. C’est ce qu’elle avait cru.
Son esprit venait de lui signifier le contraire. Ce n’est pas elle qui l’avait dessiné !
*
- Comment ça se passe ?
- Une vraie boucherie… Ce mec a pas du dormir de la nuit, remarque vu sa tronche il n’a pas du dormir depuis qu’il est né. Depuis ce matin il a renversé le bercail comme un sablier… Personne n’échappera au goulet qu’il serre d’une main d’acier !
- Tu fais dans la poésie toi maintenant ? L’inspecteur fit perdre le sourire du Furet.
Le Furet était le nom donné au petit homme maigre face à lui. C’était un administratif du commissariat oublié du terrain mais terriblement efficace pour ce qui était des archives, des vices de forme dans les rapports et capable de soulager la paperasse des enquêteurs, véritable épine dans le pied pour la plupart.
Comme il était le seul qui le considérait, le Furet le lâchait plus dés qu’il le croisait. Au moins c’était parfois utile même s’il avait quelque chose du Skons par moment…
- Ouais je disais qu’ils y sont tous passés. Jack, les gars de l’accueil, Jennie, deux ou trois autres flics aussi. Il a fait mettre des statiques à l’asile de chtarbés, dans le terrain vague, et chez le boiteux…
- Jim ?
- Comme ça qu’il s’appelle ce vicelard ? Moi je te dis qu’il n’est pas net le mec. Va savoir où il erre maintenant…
Le Furet comprit en voyant les yeux méchamment écarquillés de Ted qu’il n’était pas au courant.
- Ouais ils l’ont laissé libre l’handicapé… le mytho oui, sûrement pour toucher une pension d’invalidité. Il lui manquait 2% d’handicap pour l’avoir, il doit traîner un peu plus la patte…
- Oh, oh, tu va trop vite là ! Tu parles de quoi ?
- De son dossier. Ce mec est un malin. Il n’a eu qu’à faire semblant de boiter un peu pour cumuler ça à son suivi psychiatrique pour toucher quelques liasses de plus. Pas si benêt, pas vrai ?
Vraiment le Furet était irremplaçable même s’il manquait de déodorant.
- Ce con de Bachar a réussi une dernière merde avant de se faire virer. Fallait pas le relâcher, à croire qu’il voulait se foutre de ma gueule jusqu’au bout.
- Bachar prépare un truc. Il a du passer par moi pour le protocole, il n’avait sûrement plus envie de faire d’autres conneries.
- Le protocole ?
- Il a demandé un entretien avec l’Intendant, le « Général ».
Commandant deux autres Bayles sous le regard étonné du barman devant ce duo dépareillé assis au comptoir, Fricks fit le point.
Jim était dehors, c’était la merde.
Tout le monde dérouillait ou faisait une croix sur son week-end de repos. Bachar était sur la touche mais allait rameuter la politique dans une affaire déjà gangrénée par trop de merdeux. Demeurait une épée de Damoclès sur ses propres épaules. Son tour viendrait.
- Putain mais c’est qui ce mec, Karkan ?
Le Furet regarda au-dessus de son épaule comme s’il craignait qu’il apparaisse.
- Un gros poisson plutôt du genre requin blanc qu’anguille si tu vois ce que je veux dire. C’est un prédateur, pas un carriériste. Remarque ça change mais quand même, ça fout la trouille. Il a convoqué le journaleux qui a foutu la merde au « By Night » et même le fuitard de la morgue. Je crois bien que toute la « Cité Fleurie » va passer dans son bureau.
- Tu l’as eu de visu ?
- Pas longtemps. Il m’a demandé d’établir des demandes de « perquises » pour le foyer et le centre psy. Pas besoin que le type te demande de faire vite et surtout bien, crois-moi, même en plein week-end…
Fricks haussa les épaules. De toute façon le Furet n’aurait jamais osé dire non à qui que ce soit de plus gradé que lui, c'est-à-dire tout le monde !
- Et Phyllis Springs ? La gamine ? Il est bien sorti de son bureau pour parler du menu ?
- Non… Il est enfermé là-dedans comme un poisson dans un bocal. Mais il va les convoquer et heu…
- Je n’ais pas l’intention de fuir à l’étranger !
Le Furet eut un rictus épouvantable sur des petites dents acérés, goûtant trop fort la remarque ironique et sans humour de Fricks. Evidemment qu’il allait y passer dans ce putain de bureau du super-flic-qui-sait-tout-mieux-que-les-autres.
Se regardant dans la glace murale du bar, Fricks se trouva le teint gris.
Oh, il n’allait pas se mettre lui-aussi dans l’hystérie collective ambiante à propos de ce gus ? Ben si…
- Allez raconte moi un peu ce que tu sais sur ce Karkan.
- Seulement si tu m’arranges un rencart avec ta rouquine. Elle a un beau cul et rien à envier à Jennie Müller.
Putain il ne manque pas d’air. Et ton cul de blanc tout merdeux à toi, ça te dirait que j’y foute mon pied ? Frustré du gland va… Ouah respire, tu es amoureux ou quoi ?
Fricks avala d’un trait sa crème de whisky préférant déchirer sa gorge que de se laisser aller à insulter ouvertement ce minable. Il avait encore du jus à tirer de cette éponge puante…
*
Jennie Müller eut enfin autre chose que des gros seins !
Elle découvrit la haine, ce sentiment éprouvé par trop d’amour ou de son manque. Elle transparaissait dans ses yeux qui enfin ne pouvaient être éludés au profit… disons d’autres choses.
Bastien Stannaisse la croisa avec un goût de bile dans la bouche.
Plan cul raté… Il avait beau se dire ça, il n’arrivait même plus à sourire intérieurement.
En fait il n’avait plus de salive.
Quelque chose glissait autour de lui comme si il était entré dans un monde d’ombres.
Il avait eu ce même goût ferreux dans la bouche hier soir dans le parking souterrain. Il n’arrivait pas à comprendre ce qu’il avait ressenti alors. Il y avait eu cette musique, ce silence, le Vent et puis… Et puis tout avait commencé à déconner.
Le « By Night » mis sur la touche, la convocation avec le nouveau type chargé de l’affaire et qui à en croire l’ambiance du commissariat serait hermétique à ses flatteries lourdingues. Et maintenant même Jennie qui se transformait en une harpie lui jetant le mauvais œil.
De toute façon elle régnait apparemment sur une horde d’âmes damnées à en juger les regards lourds de menaces des flics qu’il avait croisés dans les couloirs. Pas de doute ils avaient bien suivi la teneur de ses articles… Pas la peine à l’avenir de jouer les bons copains de bar !
- Je suis Bastien…
- Asseyez-vous.
Le ton neutre de l’homme en face de Stannaisse l’avait surpris. C’était doux venant d’un homme à l’allure si autoritaire, presque sectaire. Mais le timbre avait quelque chose de plus mielleux, en fait aussi double qu’une langue de vipère. Quoiqu’au vue du magnétisme inquiétant de l’homme flirtant avec les 1m90 et les 100kgs, on jouait dans la catégorie des reptiles les plus massifs !
- Désolé d’avoir causé des ennuis à la Police mais la censure n’étouffera pas les lecteurs du « By Night »…
- Eux non, je ne crois pas en effet.
Merde, le constricteur semblait déjà lui serrer la glotte.
- Il est trop tard pour nous mettre un bâillon chef…
- Inspecteur Karkan.
- Karkan… Heu, bien inspecteur. La télé bat le pavé là au-dehors, un groupe de féministes enragées a déjà pris fait et cause pour l’inconnu ayant débarrassé le monde du Docteur Hannibal Lecter !
Le visage de Karkan demeura encore plus inflexible qu’auparavant à l’humour foireux du journaliste. Ah si, il esquissa un rictus.
- Mais qui aura donc convoqué ces dames…
Ce n’était pas une question et Bastien ne put réprimer la chaleur rosissant ses joues. Il tenta de faire diversion en souriant en retour mais ce ne fut qu’une grimace.
- Ecoutez votre histoire est très charmante et nul doute que vous faites frissonner les amateurs de polars.
- Je continuerais… La bravade de Bastien le surpris lui-même.
- Mais j’y compte !
Karkan alluma une énième cigarette, trop de mégots encombrants déjà le cendrier qui débordait. Les volutes de fumées tournoyèrent autour des sourcils broussailleux de l’inspecteur qui semblait mesurer son pouvoir sur l’homme lui faisant face. Et à la mine déconvenue de ce dernier, il n’aurait pas à en faire abus, du moins l’espérait-il… pour lui.
*
- Mesdames, mesdames.
Bastien avait affichait son plus beau sourire à la sortie du commissariat. Il avait bien fait d’attirer toutes ces grognasses exaltées où se mêlaient groupies de tueurs (quelles connes), vieilles cathos puritaines (mais prêtent à couper les couilles de ceux ayant pêchés avec des gosses ; devraient s’intéresser à leurs curetons qui en connaissaient un rayon) et autres gouines déjantés prêtent à buter le premier mec reluquant leur cul (pourtant elles qui les mettaient au monde) !
Elles avaient piaillé comme dans un poulailler après un coq pour qu’il leur accorde un œuf.
Oui, la Police l’avait remercié d’avoir fait avancer l’enquête.
Oui, dès Lundi, le « By Night » ferait un point sur tout cela. Non, il ne pouvait en dire plus pour l’instant.
Enfin il retrouvait la lumière des flashs et des caméras.
- L’Ombre, appelons-le comme ça.
L’intervieweuse avait attrapé en l’air cet os jeté par Bastien. Il n’était pas le seul à vibrer pour un peu de moelle… Il parvint, sans qu’elle ne résiste le moins du monde, à terminer cette conversation autour d’un verre.
Enfin il revivait.
Pendant un instant une ombre bien réelle celle-là passa sur son front. Oui il continuerait son petit effet sur le justicier masqué de la ville basse d’Europa, si ça amusait tout le monde. On oublierait un peu plus vite la gamine.
Et plus on l’oublierait moins il n’aurait à perdre. Il n’avait pas envie de regarder par-dessus son épaule en allant chercher sa voiture tard le soir. Prendre le risque de rencontrer l’adolescente équivaudrait à psalmodier l’incantation que dans l’ombre apparaisse ce Karkan.
En plus, ce type était réglo, il lui avait promis l’exclusivité sur toute l’affaire !
Il n’y avait pas à dire Bastien Stannaisse avait retrouvé toute sa superbe.
Il n’avait plus le goût de cette bile dans la bouche. Tout allait pour le mieux et cette belle blonde de « Channel Europa One » lui entrouvrirait peut-être une nouvelle porte… Et pas que ça !
Oui Bastien Stannaisse était lancé vers le sommet.
Qu’il grimpe haut, très haut. Mais surtout qu’il ne regarde pas l’autre versant. Que l’Ombre demeure dans les ténèbres, la gamine avec et sa lâcheté aussi… En refermant la porte du bureau de Karkan il avait compris tout cela.
La lueur dans les yeux de l’inspecteur quand il avait évoqué la jeune fille flottait toujours devant lui. Il aurait pu aller outre, fouiller du côté de ce type et aller trouver… trop d’emmerdes.
La lumière ne brille que par l’absence de l’ombre.
L’ombre ne fuit pas la lumière, elle la crée.
Les ombres deviennent ténèbres sans une flamme à couver,
Mais à s’en approcher trop près on s’y embrase…
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