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Sur l’autre versant du monde…
Il faisait déjà nuit depuis longtemps.
Ici le soleil se couchait toujours rapidement et tôt. Les gens de ce pays avaient une expression pour ça : « Le Soleil tombe dans l’eau ».
Elle plongea son regard particulier, à la fois grand et étiré, cruel et d’une douceur arrachant les larmes, dans le cœur de la Lune illuminant les vagues d’une pâleur sépulturale. Elle savait que les astres étaient vus par tous. Tous les deux ils regardaient cette sœur de la terre… Mais jamais en même temps, fuyant l’un quand l’autre pouvait la contempler.
Toutefois l’éclipse allait venir… Ils se rejoindraient.
Elle savait qu’une tempête menaçait là-bas.
Sans doute d’autres dangers rôdaient dans leur solitude. Elle respira longuement.
Il lui avait dit de s’en remettre au seul Destin et l’accepter… sans s’y résigner jamais. Vaincrait-il la tempête et l’éclipse allait-elle vraiment venir ?
La caresse du Vent frôla ses joues d’un souffle chaud et ses cheveux épais et intense furent parcourus d’une onde comme une main les traversant. Elle sourit tendrement. Il aimait tant le Vent.
Ils avaient tant traversé ensemble.
Les pêcheurs d’ici avaient également une expression simple pour cela : « Une fois unis, les amants montent ensemble dans une barque et pour toujours y naviguent à deux… ».
Il était difficile qu’un ait fait escale sans l’autre. Cela lui brisait le cœur et elle se sentit accablée. Elle avait le cœur bancal.
Il lui avait dit cela un jour ou plutôt le lui avait écrit. Elle se le récita de mémoire.
J'aime une fille qui est bancale,
Elle a la jambe plus courte qu'une autre,
Elle a une oreille pas très verticale
Des genoux qui se vautrent
J'aime une fille qui est bancale,
Elle a les yeux d'une petite taupe égarée
Mais de la beauté d'une biche émerveillée,
Les cheveux parfois blancs et mêlés comme une vandale
J'aime une fille bancale,
Qui a un peu mal à tous ses beaux atours
Mais elle a une chose que chacun voudrait trouver dans la vie et son dédale,
Un cœur parfait, sain, droit et empli d'amour !
Un flot de sentiments la submergea, tous plus paradoxales que les autres.
C’était si difficile parfois de vivre. Le bonheur était une douceur amère, merveilleux quant il peut s’offrir à un être, dramatique car il est éphémère et vous quittes un jour.
Elle entendit des rires au loin. Une famille réunie pour le diner sans doute. Sur la plage deux pêcheurs tiraient leur bateau à l’abri des cocotiers.
C’était encore si doux en cet endroit même si la beauté dissimulait d’un vernis éclatant la rudesse quotidienne. Elle aussi arpenterait désormais cette plage chaque nuit attendant qu’une barque ne vienne s’y échouer…
Des lampions s’agitèrent sous quelques rafales telles des lucioles agitées.
Leurs petites lueurs miroitèrent dans ses grands yeux… Le Vent lui arracha ce qui ressemblait à des perles nacrées, emportant peut-être ces pleurs d’amour à quelques déesses écoutant sa peine.
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