Chapitre 20 (La Hyène de Namibie)

20


Le Temps ne s’écoule jamais,
Il dépossède l’un,
Donne de l’espoir à l’autre.
Ce qui a été fait demeure à jamais,
Nul ne peut le pardonner,
Aucun ne peut l’effacer…

*


Elles l’avaient regardé comme une vilaine curiosité, un parasite d’adulte dans leur univers qu’il n’avait même à leur âge vraiment jamais compris.
L’une avait ri voyant son arme ! Non mais dans quel monde vivait-on…
Une autre demeura interdite tandis que la plus boulotte lui avait jeté un air mauvais. Il lui avait demandé ce qu’elles pouvaient bien toutes foutres ici. Grognements et ricanements avaient été leurs seules réponses comme un Clan de Hyènes se moquant bien de l’étranger sur leur domaine. De toute façon elles avaient déjà tout saccagé par ici ! Il avait alors pensé que Phyllis aurait pu lui donner un coup de main pour comprendre tout ça… Phyllis.
C’était à ce moment que des coups de feu lointains avaient retenti au-dehors. Se précipitant à la fenêtre de l’ancienne chambre de Jim le Boiteux, il avait perçu un dernier flash lumineux qui mourut comme un éphémère dans une nuit d’été.
Jamais il n’avait couru aussi vite, même pas peut-être quand il participait voilà un siècle à quelques compétitions d’athlétisme. Mais là s’il avait eu un chrono, qui sait.
Cela avait été une drôle d’expérience.
Là, dans les herbes entremêlées et huileuses, il avait craint le pire. Le Vent lui chuchotait un drame à venir et ses murmures l’égaraient. Une lampe ! Il voyait le faisceau d’une lampe !
Il était presque tombé dans la boue poisseuse contre un corps ramassé grotesquement sur lui-même.
Un instant il cru sentir son cœur se déchirer.
Par pitié, au moins un dernier battement de cœur à retenir, un ultime souffle à partager qu’il garderait en lui et ne relâcherait plus… Merde, c’était le corps de Jim ! Tu peux crever avait-il pensé tout en lui ramassant un coup de pied machinal pour voir s’il avait bien son compte.

- Inspecteur, par ici !
La voix de Jack… A croire que c’était lui qui avait manigancé toute cette histoire depuis le début ! Il bouclait la boucle en somme. (Une histoire à dormir debout).
Le Patrouilleur était pourtant bien là, sa moustache frisant sous la pluie naissante comme si elle était fière d’appartenir à un tel fin limier. Il marmonnait des appels d’urgences dans sa radio semblant ne pas remarquer sa présence.
Lui remarqua celle de Phyllis, étendue dans l’herbe comme une vierge offerte à quelques licornes, seules créatures à pouvoir les approcher. Plutôt une pucelle donnée en offrande à la gueule d’un Dragon… Il s’était jeté comme un chevalier auréolé d’étoiles pour sauver le cœur blessé de sa belle Elfe endormie par un puissant sortilège.
Est-ce que le palefrenier Jack le bien-nommé aperçut-il ses yeux embués… Hum, le tact ou la pluie semblèrent indiquer que non, ou pas vraiment.

- Monsieur ? Vous cherchez quelqu’un ?
La voix criarde d’une infirmière dans le couloir tira Fricks de ses rêveries.
- Quoi ? La belle rouquine de la chambre 24 ? Oui…
- La dame est partie monsieur…
- Quoi ? Mais je ne me suis absenté qu’à peine une heure ! Vous laissez les gens sortir tout seul comme ça !
La soignante haussa les épaules laissant partir à toutes jambes ce drôle de type. Elle pesta tout de même que l’amour n’empêchait pas d’être poli.
Vainement ses mots résonnèrent dans le couloir vide de l’hôpital pour s’évanouir dans l’écho des pas précipités du jeune transi en quête de sa dulcinée…

*


Quant Bachar avait fait son entrée dans le Commissariat, tout le monde avait cru que la tempête l’avait projeté au travers des airs jusqu’ici !
Personne n’avait trouvé d’autres explications.
Pourtant c’était bien lui et ses petits yeux brillaient de vengeance.
Il avait monté quatre à quatre les marches de l’escalier le séparant de son ancien bureau. Le décor était planté pour les spectateurs penauds de la grande arène plus bas.
Le tyran omnipotent avait rendez-vous avec « Dirty Harry » !

- Karkan, vous êtes foutu ! Mais que fais cette gamine…
Bachar se dégonfla comme une baudruche.
M-K venait de le fusiller de son regard aussi percutant que les balles d’acier de l’arme portant son nom.
De son côté Karkan était plus vouté que d’habitude. Ses yeux étaient voilés, ses grosses lunettes à écailles lui creusant un peu plus le visage et il semblait accusé son âge.
Bachar reprit son souffle.
- Votre chasse aux sorcières est terminée !
Il avait rêvé de ce moment et échafaudé un stratagème digne des plus grands conquérants. Il allait faire de cet homme de la bouillie. Il avait peut-être été ridiculisé par la presse mais lui avait collaboré avec, passant un deal qui lui vaudrait sa plaque. Il avait même laissé des pistes chaudes à quelques sous-fifres pour élaborer sa théorie autour de Benjamin Fratti ; une pure vengeance….
- Toi seule peux arrêtez tout cela…
Karkan s’était adressée à l’adolescente laissant en plan Bachar qui ne semblait même pas être entré dans la même pièce que lui ! C’était si insensé que le gros Capitaine eut l’impression d’avoir reçu une gifle en pleine gueule, il n’y avait pas d’autre mot.
- Oh, vous jouez à quoi là !
Cela avait été également des mots, ses mots… mais ils n’eurent aucun impact.
La jeune fille avait de nouveau tourné son visage en direction de Karkan. Si elle fit un mouvement avec ses lèvres ou un battement de cils, Bachar l’ignora mais le prédateur redoutable qu’était son rival ne fut plus qu’un homme sans combat à livrer.
Il alluma la dernière cigarette de son paquet qu’il broya, le jetant sur le cendrier, une volée de cendres s’éparpillant sur le bureau encombré. Puis, attrapant un chapeau hors du temps et d’usages, il finit par se lever péniblement.
Frôlant Mary-Kay, il s’arrêta un court moment, lui posant une main sur l’épaule.
Même sans être à sa place, il était évident que le geste était très tendre, un peu comme si un géant aux mains disproportionnées était parvenu à saisir une fleur fragile. Il n’ajouta rien d’autre et après cette communion tacite, il franchit la porte, le regard lointain, indifférent à tout.

C’était fini.
L’homme arrivé comme un héros hollywoodien tirait maintenant le rideau. La sortie de scène était inattendue mais le panache était là.
Ce genre d’homme existait-il dans la réalité ? Celui qui vient d’on ne sais où puis qui repart au moment du final dans une volée de poussière l’emportant loin du monde qui la vu surgir… C’est pourtant bien ainsi qu’apparut Karkan pour disparaître comme l’« Homme au Pancho » quand « The End » apparaît !


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