Chapitre 21 (La Hyène de Namibie)

21


Il y a pire que la Mort.
Il y a plus dramatique que de disparaître.
Il n’y a rien de plus définitif que d’être banni…

Les hommes ne m’ont jamais fasciné comme les femmes.
Je n’ai été élevé que par des louves allaitant mon âme. Je n’ai jamais eu à aimer un homme comme l’éprouve un fils pour son père, un élève pour son mentor. Ce que j’aime au travers des femmes c’est la magie de leur amour, envoutante et puissante attraction que la danse de leurs corps sécrète subtilement et sans violence.
Je me suis longtemps demandé si les âmes étaient sexuées.
En l’admettant la mienne serait hybride… Sans doute pour cela que les Hyènes me fascinent également depuis toujours. Elles courent dans la lande mais aussi dans un royaume éthéré et craint par les vivants. Elles sont femelles au corps de mâle et virilement féminine.
J’ai toujours été ainsi.
Une âme emprise d’un corps qui marche dans l’ombre de pas que je suis seul à voir…

Le Vent m’arracha un instant à mes rêveries tout en m’y replongeant.
Je me délecte sans cesse de ses murmures mais là encore il me semble bien être le seul à y trouver foi et sens… Seuls les fous traversent les tempêtes pensant après leur passage être les mêmes qu’avant les avoir pénétrés. J’étais certainement fou. Même jeune, les termes « t’es cinglé », « t’es taré », « tu vis dans un autre monde », etc., me revenaient comme un ressac me poussant sans cesse à accentuer mes différences. Après tout c’était le rôle que les autres me confièrent, pourquoi les décevoir !
Je crains que mon nouveau fardeau soit bien pire encore.
Marcher dans l’ombre vous prive de lumière… La lucidité est une malédiction assombrissant chaque sourire, chaque bonheur, tout espoir. La colère en est l’alliée et elle gronde comme une braise incandescente à l’encontre de ceux enlaidissant cet halo de vérité. Et si j’étais l’ombre de la mort rôdant dans le délinéament de la vie…
C’était une triste pensée.
Le Destin m’a pourtant offert un sens à tout cela.
Marcher dans l’ombre vous prive de lumière… mais pas d’amour.
Depuis lors je marche au côté de sa lumière.

Pour elle j’avais fui la tempête.
J’aurais tant aimé la vivre.
Ici à la poupe du navire je voyais encore sa boursouflure à l’horizon et son souffle me parvenait encore assez fort pour en humer l’effrayante puissance. Pourtant je n’en eus pas la mélancolie. La proue fendait les eaux comme pour tracer le sillon de mon Destin.
J’allais rejoindre la lumière.
Oh j’emportais avec moi une part indélébile de l’ombre d’où je venais mais je n’avais aucun remords… Les conquérants n’en ont pas. Le chasseur tuant une bête, hélas non plus. La plupart de l’humanité n’a pas de remords de toute façon.
Le souvenir de ma grand-mère me revint en mémoire.
Je l’entendis alors me chuchoter que je n’avais pas avoir de regrets et que je n’aurais jamais aucun remords. Le guerrier n’a pas de remords, il protège le clan comme le loup sa meute.

Je pris une grande respiration d’air iodé.
« Sail away » me confia à son tour David Gray dans mes écouteurs. « Sail away with me »…
Pour n’avoir aucun regret j’avais peut-être fait une chose insensée.
Le téléphone cellulaire qui bascula par la rambarde du bateau ne sembla pas être bien menaçant et il disparut à jamais dans les remous tumultueux soulevés par la coque.

Sail away Mary-Kay…


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