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Un animal ne tue que pour vivre.
Pourtant la panthère tue parfois par plaisir, ironiquement par plaisir du jeu.
L’homme tue principalement par amour (autre absurde ironie), par démence ou pour le pouvoir.
Quand un homme en tue un autre, c’est là un crime.
Pourtant quand depuis Rome et jusqu’à Berlin on en tuait des centaines de milliers, on devenait un Grand conquérant.
Le Guerrier lui ne tue jamais. Il préserve son Clan.
Il ne le fait ni par amour, ni par démence, ni par pouvoir, ni pour la conquête, ce n’est pas un animal ni un fauve. Il ne bannit que le mensonge menaçant la vérité des siens… mais pour cela il devient le pire des fauves et des tyrans !
Pourquoi les hôpitaux sont-ils éclairés d’une couleur invariablement écrue, creusant davantage les visages déjà décomposés des malades et de ceux blafards de leurs proches. La blancheur des sols et des murs était pire encore.
Quand aux longs couloirs interminables, ils semblaient tous avoir été conçus comme une tentative de décrire le fameux « tunnel où une lumière blanche brille au bout ». Même mort, il était évident que toute personne avec un peu de bon sens aurait fui ce piège grossier, rebroussant alors chemin !
Elle pensa au foyer.
Toutes les institutions semblaient avoir été élaborées par une même personne. (En fait, c’était pire, ils étaient plusieurs et tous costumés de gris, cravatés et bien trop diplômés pour penser qu’ils puissent se tromper).
L’odeur était là-même que dans le cabinet d’un vétérinaire. (Elle s’en souvenait car avec d’autres filles, elles avaient trouvé un chat blessé dans un parc, l’emportant alors à un vétérinaire…)
On y déversait apparemment des tonnes de produits désinfectants avec acharnement pour brûler toute faculté olfactive de peur qu’on y sente la maladie et le passage de la mort. On les sentait malgré tout ! Si bien qu’on ne savait plus qui de la ruine des corps ou des produits javélisants en étaient à l’origine…
Au moins elle était seule dans sa chambre.
Surtout elle pouvait dessiner et noircir son carnet. La voix yaourthée de « Girls in Hawaii » transportait son esprit ailleurs. Encore que « Plan my escape » ne fasse pas voyager plus loin que la morgue du sous-sol de l’hôpital ! Mais c’était reposant, éphémèrement dans ses écouteurs et plus définitivement plus bas…
Elle avait dormi une bonne partie de la journée mais le surdosage vitaminé de son intraveineuse l’avait tiré d’un sommeil naturel et réparateur. Le goutte à goutte l’avait peut-être régénéré mais comme un effet aller-retour, il lui avait drainé les rêves qu’elle aurait du avoir, privant son inconscient d’un soulagement psychique.
Elle souriait pourtant.
Vue de l’extérieur, un adulte aurait pensé qu’elle était comme beaucoup d’adolescentes. Alitée, des fils ventousés à ses bras frêles comme à une marionnette, un pansement sur la joue et des traces bleues sur ses poignets… Oui, un adulte aurait pensé qu’il n’y avait que les cerveaux torturés des jeunes filles pour sourire à ça. On l’aurait aisément confondue avec une anorexique heureuse d’être à l’agonie ou une écorchée vive satisfaite de s’être livrée à quelques auto-mutilations de détresses. Le suicide appartient aux immortels. Il n’y a qu’eux qui pensent pouvoir en renaître !
Les filles trouvent-elles la vocation d’être infirmière dans cette envie destructrice ?
Peut-être les femmes ont ce don pour prendre soin de ceux qu’elles aiment car elles savent plus que les hommes ce que souffrir veut dire…
Mais Mary-Kay souriait pour autre chose.
Elle n’était plus une adolescente. Elle n’était donc plus immortelle. Son rite de passage n’avait pas été menstruel ou charnel mais bien plus démentiel, presque mortel.
Elle souriait car elle était vivante.
Ce n’était là pas plus rassurant que d’être immortelle. Mais ce n’était plus triste comme avant, quand l’adolescence s’acharnait à déformer le corps de l’image que l’on en a. C’était simplement mélancolique comme l’est la féminité, comme l’est une fleur qui finira par se faner.
La personne qui l’épiait par la vitre épaisse de la porte de sa chambre ne se souvenait plus de son adolescence car elle était déjà trop femme.
Elle ne comprit pas pourquoi la jeune fille souriait. Elle allait devoir le découvrir et percer l’esprit tourmenté d’une enfant traumatisée. Elle allait devoir user des seuls stratagèmes capables de percer la muraille de l’adolescence, le mensonge.
Ce qu’ignorait Phyllis Spring c’est que Mary-Kay préférait désormais la vérité aux mensonges…
« Thank you for what I’ve got
Fuck you for what I’ve not…
… I plan my escape. »
*
C’était une cohue indescriptible au commissariat central depuis le matin.
Les carnivores du scoop étaient plus que jamais alléchés par l’odeur du crime. Manque de chance pour les flics, il n’y avait rien de plus croustillant (et vendeur) à ce mettre sous la dent… Et les crocs des journalistes, une fois l’os flairé, ne vous lâchaient plus.
Les gars en uniforme avaient un mal fou à les contenir et le planton de service qui n’avait pas été relevé depuis la dernière nuit n’en pouvait plus. Il ne tenait plus debout. Le téléphone sonnait sans arrêt, des gens hurlaient, des policiers couraient partout et sa relève avait du se perdre quelque part.
Alors prendre en plus de ça les plaintes farfelues des paumés de la terre, c’était au-dessus de ses dernières forces.
« Oui madame », s’était-il entendit dire. « Bien sûr, nous allons étudier cette disparition. Comptez sur nous, nous vous préviendrons sans faute ».
Comptes là-dessus avait-il alors pensé. Des frères qui ne donnent pas signe de vie à la famille ou qui ne reviennent plus sur leur lieu de travail, quelle affaire ! La petite dame s’en était retournée naïvement soulagé que les forces de l’ordre et que des beaux officiers de l’Etat s’occupent de sa peine…
Ah enfin, sa relève ! Le planton en trembla de plaisir comme s’il s’était soulagé après une tension explosive. Il s’éclipsa aussitôt, laissant tomber les consignes à transmettre.
Son remplaçant, muté depuis peu, jeta un œil à la main courante. Le dernier message avait été griffonné à la hâte.
Homme de 49 ans – Assistant – Disparu depuis une journée – Non présent à son domicile qu’il partage avec sa sœur…
Le Capitaine Bachar fit une entrée fracassante à l’accueil du commissariat.
Il posta sa grosse carcasse face aux journalistes, heureux de goûter à un nouveau « quart d’heure de célébrité ». Oui, il allait répondre aux questions. Non, le suspect entrain d’être interrogé n’était pas inculpé. Oui, la jeune fille avait été retrouvée saine et sauve grâce à l’excellente et rapide recherche entreprise par ses hommes sous « Son » commandement. En effet s’il n’avait pas pris tout de suite la mesure de la situation, le suspect la détenant n’aurait pas été obligé de fuir.
Le nouveau planton leva les yeux en l’air, écœuré de tout ce flan.
Merde, Bachar semblait l’avoir vu !
Il referma aussitôt la main courante sans lire la dernière note presque illisible…
… ne s’est pas présenté à son travail, le centre psychiatrique de la « Cité Fleurie » -
*
Bastien Stannaisse éclata d’un gros rire forcé.
Les flics autour de lui rirent à leur tour grassement après la chute vaseuse de son énième blague graveleuse. C’était à propos d’une blonde qui ne comprenait pas à quoi server les piles de son tampon, le confondant en fait avec un vibromasseur…
C’était con et gratuit.
Mais c’était le genre de blague qui mettait ces condés dans sa poche. Les groupes de mecs se nivellent toujours pas le bas, surtout sous la culotte. Payer là-dessus une nouvelle tournée de mauvaise bière et les langues bouffies d’alcools se mettaient à parler. Même ceux n’y trouvant rien de drôle se sentaient écrasés par une norme tacite les obligeant à faire comme les autres.
C’est comme ça qu’il avait su qui avait trouvé le corps. Par expérience il savait qu’on ne mettait jamais la lumière sur un soufifre, surtout avec Bachar dans le coin. Il fallait qu’il le trouve et il avait mis dans le mille.
Le pub enfumé, malgré l’interdiction de fumer (mais pour cela il aurait fallu se plaindre aux flics et les flics c’étaient l’unique clientèle), était le point de rendez-vous des patrouilleurs de la ville. D’ailleurs il était tenu par un ancien de la « maison ».
Profitant de la bonne humeur général et ayant glané à peu prés tout sur l’enquête en cours, Bastien Stannaisse s’approcha d’une table en retrait et s’y invita, rejoignant l’homme qui y était assis. Les autres vautours allaient boucler leurs papiers pour demain matin.
Lui était plus malin. Sa longue quête des faits divers, chiens écrasés ou mémés agressées, l’avaient fait connaître de toutes les petites mains de la police qui le tuyautait sur à peu prés tout. Affable, la coupe de cheveux courts, un nez d’aigle et des yeux ronds comme des soucoupes, il était assez intelligent pour manipuler qui il voulait. Plus il en faisait des tonnes, se courbaient, échangeaient des tapes dans le dos fraternelles, riaient grossièrement et racontaient n’importe quoi, plus il arrivait à ses fins !
- Salut Jacky ! Je t’ai emmené un verre…
Bastien afficha un large sourire et glissa un clin d’œil totalement ridicule mais qui était sensé faire le mec sympa qui sait des trucs. Il sentait fort le savon et l’eau de Cologne mais cela rassurait les gens, il se demandait bien pourquoi parfois.
Il avait à peine deux heures pour faire tout cracher à Jacky sur sa macabre découverte, courir au journal et écrire son article pour l’édition du soir. Putain, il allait tous les défoncer ces collègues. Un troupeau de moutons qui ne faisaient qu’attendre les dépêches et les conférences de presse bidon des chefs de la police.
Avant d’arriver ici, il avait fait le tour des chaînes locales d’infos.
Un meurtre avait été commis hier soir dans le terrain vague de la « Cité fleurie ». Une fillette avait disparu au même moment. Puis on avait retrouvé la fille. Un suspect avait été arrêté. On ne savait pas dans quelle mesure les affaires étaient liées, bla, bla ,bla.
Des conneries pour amuser les télés avaient pensé Bastien.
Avec ça, l’audience ne décollerait pas. De son côté il en avait déjà appris pas mal sur le déroulement des événements. Mais il lui en fallait plus. Son article dans le « By Night » allait détonner, il en était sûr. Il allait remuer peut-être les égouts et la merde avec, mais il allait l’avoir son scoop.
Et alors enfin, on finirait bien par lui donner un poste à la télé, un JT, il en rêvait. Et un jour une émission à lui, après tout c’était lui le meilleur…
*
- Je ne veux pas de problème moi…
Jim n’avait plus aussi fière allure dans la petite salle d’interrogatoire. Les murs de briques grisâtres semblaient se rapprocher et comme un trompe l’œil, les ombres de la lumière sale du néon suspendu s’y mouvaient curieusement au gré de la ventilation le balançant. L’absence de fenêtre oppressait encore plus et la tension électrique de la climatisation devenait obsédante. C’était une véritable chambre de torture mentale pour qui avait à y avouer quelque chose.
Voilà dix minutes que l’inspecteur était demeuré debout prés de la porte de sortie sans dire un mot.
Il ne faisait que fixer l’homme menotté d’un bras à la table clouée au sol.
Soudain il se mit à marmonner une petite chanson en ouvrant à peine les lèvres.
« Jim est là,
Jim traîne sa patte,
S’il pouvait courir il t’attraperait
Et t’emporterait… »
En fait il parlait plus qu’il chantait, récitant plusieurs fois les mêmes phrases et appuyant de plus en plus fort les derniers mots accusateurs.
- Mais merde, je n’ai rien à voir avec tout ce bordel moi…
- Je ne veux pas de problème, je n’ai rien à voir avec tout ce bordel, patati patata… Oh, Jim, tu parles au Nègre là !
Fricks s’arracha enfin du mur froid derrière-lui et frappa des deux mains la table en face du gardien du foyer. La peau ravagée de pioles de Jim se déforma davantage.
- Alors patte folle, tu as emporté la petite cette nuit et il s’est passé quoi ? Tu l’as emporté voir un ami à toi dans la cabane du terrain ? Vous vous êtes engueulé et tu as viré au rouge ?
Jim bredouilla un non mais ce n’était pas audible, seule sa tête tournant de droite à gauche.
- Si tu ne me dis rien, ce n’est pas moi qui vais te bouffer mec. Ben oui, dans ma tribu on bouffe les blancs… (Fricks fit mine de le sentir). Hum, non, tout compte fait tu pues trop la trouille. Je vais te refiler aux bouchers de la prison. Là-bas ils ont les crocs, tu sais. Tu savais que certains avaient leurs filles placées au foyer ? Imagine si je te fous en cellule et que je laisse courir le bruit que tu t’intéresses aux culottes de leurs gamines…
Les yeux terreux de Jim s’écarquillèrent et la sueur inonda son front.
*
- Bonjour Marie-Christine.
Phyllis n’avait pas frappé avant d’entrer, ce que les ados avaient en horreur. Leur agressivité en était toujours ainsi déclenchée comme s’ils venaient de se faire surprendre avec des revues déshabillées ou entrain d’étudier une partie de leur corps jusqu’à là inconnue. En l’appelant par son non complet, Phyllis pouvait accentuer la réactivité de la jeune fille et se rendre compte de la profondeur de son traumatisme. Si elle hurlait, surprise de cette arrivée, un viol ou des sévices sexuels n’étaient pas à exclure. Qu’elle l’ignore et cela révélerait un état de choc du à son kidnapping. Qu’elle l’insulte ou lui reproche son intrusion et ce serait là signe qu’elle aurait refoulé la nuit passée…
- Mary-Kay… C’est comme ça que vous m’appeliez la dernière fois.
Elle lui souriait !
Le bleu intense de ses yeux était si translucide que telle une aquarelle encore humide, leur aura colorait avec le blanc autour des pupilles. Elle ne se souvint pas d’une telle puissance de profondeur et d’irréalité. Etaient-ce les tranquillisants qui les dilataient ainsi ?
Mais son expression si sereine et sa voix si posée, déstabilisèrent son regard à elle. Même sans se voir, Phyllis s’imagina que ses iris gris ne brillaient plus de l’éclat d’une lame d’acier mais de la couleur terne de nuages inoffensifs.
Mary-Kay était une victime, une petite fille blessée dans un grand lit d’hôpital, une âme malmenée par la terreur et pourtant c’était elle qui dominait ! Changer de tactique, rapidement. Se défaire les cheveux pour donner une autre image, plus maternelle. Détacher sa veste en cuir pour faire apparaître le galbe imposant de sa poitrine sous son pull pour lui montrer qu’elle avait l’assurance d’une femme. Et surtout trouver les mots…
- Vous êtes-là pour moi ?
- Bien sûr Mary-Kay. Dés que j’ai appris, je suis venue. Tu sais que je m’occupe de vous de temps en temps au foyer. Et vu les événements… Mais n’en parles pas si tu ne le veux ou peux pas.
La jeune fille balaya d’un regard la pièce anonyme et impersonnelle.
Quand les policiers avaient couru sur la plage, elle avait trouvé presque cela drôle. Puis la fatigue avait troublé ses repères dans le temps et elle ne se souvint qu’à peine de son arrivée à l’hôpital. Elle s’était endormie alors jusqu’à peu de temps. Et voilà que la psy du foyer passait la voir.
Elle n’est pas qu’une psy…
Elle la trouvait belle, entre une grande sœur et une mère, elle ne savait pas très bien.
Elle l’entendit se présenter sous le nom de Phyllis, qu’elle était là pour l’écouter, l’aider et pour la rassurer avant que d’autres personnes ne viennent lui poser des questions. Elle n’avait pas été la première à lui dire qu’on allait lui poser des questions, beaucoup de questions. (Il le lui avait dit, il n’avait pas menti, il avait rajouté qu’il fallait préférer la vérité…).
- Je ne veux pas retourner au foyer !
Phyllis avait cru un instant perdre l’attention de Mary-Kay mais ses derniers mots claquèrent sèchement dans l’air aseptisé de la chambre. Comme une incantation, le vent dehors mugit férocement faisant claquer les stores baissés par l’entrebâillement de la fenêtre.
- Je, heu…
- Tu as bien dit que tu voulais m’aider.
Ce n’avait pas été une question.
Phyllis se mordit inconsciemment la lèvre, un léger goût de fer se répandant sur sa langue. Elle n’aurait pas du hésiter, c’était un mauvais signe à envoyer à une fille égarée et qui n’avait sans doute plus confiance en personne. Le tutoiement venait de créer une proximité qui malgré elle réveilla un instinct étrange dans son cœur.
Elle avait tout fait de travers et c’était une ado de quinze ans qui la mettait en défaut. Super, tout le contraire que ses études comportementales préconisaient. Chier !
- Je vais rester auprès de toi si tu veux…
Elle suivit le regard de Mary-Kay lui montrant un petit canapé installé là pour accueillir la famille ou l’entourage.
Elle s’entendit alors dire qu’elle allait rester là toute la nuit. Bravo, maintenant elle s’impliquait trop émotionnellement. Après avoir démontré ses piètres talents de psychologue, voilà qu’elle piétinait les règles d’interrogatoire de sa qualité d’agent de police.
- Merci de m’aider… Je suis un peu fatiguée.
Phyllis allait lui dire de dormir mais la jeune fille venait de baisser ses paupières comme un coucher de soleil sur une mer d’azur aux reflets de miroirs. La petite se lova en position de fœtus, serrant contre elle son carnet de dessins…
*
- Bon alors, j’expédie les culottes moi-même à la prison ou tu me dis à qui tu as emporté Marie-Christine ?
- Elle a disparu la petite ?
Jim eut un drôle de hoquet puis roula des yeux.
- Non mais tu te fous de ma gueule ou quoi ? Demain ta tronche sera sur tous les journaux mon gars. Je vois ça d’ici…
« Jim le Boiteux fait disparaître une enfant du foyer de jeune fille ». « Le Gardien du foyer de jeune filles étaient un dangereux pervers ». « Les filles témoignent : Jim venaient chaque nuit en choisir une pour l’emmener avec lui… ».
Fricks hurlait cette fois si près du visage de Jim qu’il pouvait sentir sa mauvaise haleine, sorte de mélange d’ail et de bière.
- Ce n’est pas moi, je leur ai rien fait moi… Il…
- Il ?
Un instant Fricks resta interdit. Ce fut encore plus délicieux qu’un aveu !
- Il quoi ? Vas-y dis-le bordel. Cette fois Fricks avait posé ses mains sur les épaules du gardien de foyer l’enserrant comme dans un étau. Il n’avait plus d’échappatoire.
- Stop ! Ne parlez-plus !
Jim hurla de douleur, les mains de l’inspecteur semblant lui faire deux points de compression comme s’il souffrait d’une hémorragie.
Bachar le ventripotent et omnipotent, surnom favori du commissariat, était aussi rouge de colère que Fricks était empourpré de surprise. Mais le visage tendu et aussi rigide que le bois d’ébène colorant sa peau était plus dépité à la vue de l’autre individu.
Malingre, suant sous son costume sans aucun doute, bataillant pour sauver les quelques touffes de cheveux parsemées sur son crâne dégarni, l’homme n’en avait pas moins un sourire carnassier. Son petit cartable de cuir marron éculé était tout aussi grotesque que lui.
Malheureusement il contenait de quoi ruiner tout l’interrogatoire de Fricks.
Putain de baveux… Pensa l’inspecteur.
- Je dois m’entretenir avec mon client, merci de nous laisser seul.
Fricks allait dire quelque chose capable de lui faire perdre son insigne mais Bachar le devança, sans doute pas pour l’inciter à ne pas être viré de la police.
- Dans mon bureau !
C’est ça réserve toi le plaisir de me mettre sur la touche, gros plein-de-soupe. Les gros dans ton genre tombent plus lentement que les autres, mais alors ils font plus de bruit…
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