D'une plage à une autre (La Hyène de Namibie)

D’une plage à une autre

Ici

Ses yeux étaient éblouis par le soleil mais ce qu’elle devina d’abord comme un mirage était bien plus lumineux encore.
Son corps brulait également. Son cœur palpitait comme s’il se déchirait. Le Vent soulevant des nuages de sables brouillait son regard et avec la silhouette incertaine, là-bas au loin. Alors peu à peu, elle le distingua. Elle s’arrêta un instant.
Ensuite elle ne s’arrêta plus de courir.

Des larmes coulaient de ses yeux mais elle ne sembla pas s’en apercevoir. Elle était si proche maintenant. Si c’était un rêve alors qu’elle ne s’éveille plus jamais. Quoi qu’il arrive maintenant, rien ne l’empêcherait d’arriver à lui.
Il était encore de dos, peut-être pour se protéger des fortes rafales venues depuis la mer.
Il se retourna lentement dans un mouvement dont le ralenti ne semblait jamais vouloir cesser. L’avait-il entendu crier… Elle ne savait même plus si elle avait dit quelque chose. Elle eut beaucoup de mal à ralentir sa course, prête à le traverser de peur que ce ne soit là qu’une ombre fantomatique prête à s’échapper.

Leur regard se croisa.
Ce fut une explosion… Le monde entier chavira en un battement de cœur.

Ailleurs

Ses yeux étaient éblouis par le soleil mais ce qu’elle devina d’abord comme un mirage était bien plus lumineux encore.
Son corps brulait également. Son cœur palpitait comme s’il se déchirait. Le Vent soulevant des nuages de sables brouillait son regard et avec la silhouette incertaine, là-bas au loin. Alors peu à peu, elle le distingua. Elle s’arrêta un instant.
Ensuite elle ne s’arrêta plus de courir.

Des larmes coulaient de ses yeux mais elle ne sembla pas s’en apercevoir. Elle était si proche maintenant. Si c’était un rêve alors qu’elle ne s’éveille plus jamais. Quoi qu’il arrive maintenant, rien ne l’empêcherait d’arriver à lui.
Il était encore de dos, peut-être pour se protéger des fortes rafales venues depuis la mer.
Il se retourna lentement dans un mouvement dont le ralenti ne semblait jamais vouloir cesser. L’avait-il entendu crier… Elle ne savait même plus si elle avait dit quelque chose. Elle eut beaucoup de mal à ralentir sa course, prête à le traverser de peur que ce ne soit là qu’une ombre fantomatique prête à s’échapper.

Leur regard se croisa.
Ce fut une explosion… Le monde entier chavira en un battement de cœur.


Ici


- Putain t’es qui toi !
- Was ist los ?
L’homme écarquillait les yeux comme s’il regardait une folle échappée d’un asile. Pas très grand mais costaud, un collier de barbe mal découpé et des sourcils pas mieux dessinés, il reprit son discours haché en Allemand. Il gesticulait en même temps ses bras de manière un peu ridicule comme s’il essayait de décoller de terre.
Il finit par se gratter la tête quand la belle femme aux cheveux à la couleur d’un soleil couchant l’ayant agressée chancela vers la mer en déglutissant, le souffle coupé. L’arrivée de l’homme à la peau cette fois couleur de nuit, le plongea dans une incompréhension totale.
Celui-ci, dans un mauvais Anglais bredouilla des excuses et après un échange bref, les deux hommes se quittèrent avec une poignée de main.

- Oh Phyllis, c’est bien ce que je crains là ?
Phyllis se passa la main sur le front, plus pour reprendre ses esprits qu’écarter quelques mèches de cheveux soulevées par le Vent marin. Ses yeux si vifs à l’accoutumée avaient pris la couleur grise de l’horizon.
- Phyllis… Tu cherchais quoi à la fin !
- Je… Tu crois vraiment que c’était le dernier gars à descendre du bateau ? Tu lui as demandé son nom. Il a dit s’ils avaient fait une escale en catimini ? Il n’aurait pas vu…
- Vu qui ? Tu vois bien que ce sont tous des Allemands… Aucun n’avait de cicatrices, de bagues ou je ne sais quoi, merde.
Fricks se balançait d’un côté et de l’autre de Phyllis tentant d’accrocher son regard.
Deux jours après leur arrivée à l’aéroport de Windhoek et après avoir trouvé un hôtel à Hosea Kutako, la capitale de la Namibie, elle l’avait emmené non loin de là au port de Walvis Bay. Là, elle lui avait avoué qu’un navire partit une journée avant la tempête depuis « Europa » devait arriver en ce jour précis ici même !
Quand il avait décidé de l’accompagner, c’était par instinct protecteur.
Il avait eu raison. Il avait deviné que ce n’était pas des congés pour un safari photo.
Un moment il avait essayé de se persuader que c’était une blague, même pas !
Mais la récré était finie là, sortez les cahiers et copiez-moi cent fois : « Je ne chercherais plus un suspect imaginaire à l’autre bout du monde ! ».
- Tu dois croire que je suis folle maintenant…
- Je l’ai toujours cru !
Fricks afficha un sourire désarmant.
Mais il eut de nouveau cette lueur grave dans les yeux, sérieuse plus qu’alarmante.
- Tu t’attendais à quoi en me suivant jusqu’ici, c’est n’importe quoi…
- Je ne fais que mon devoir en vous protégeant.
- Tu me vouvoies maintenant ?
Fricks ferma les yeux un moment.
- Je dois veiller sur mon enfant…
- Je ne savais pas que tu avais un enfant mais quel rapport ici et maintenant ? C’est toi qui devient fou ou quoi ?
- Et sur la mère de cet enfant…
Phyllis ouvrit une nouvelle fois la bouche mais aucun son n’en sortit.
Elle avait fait quelques pas en arrière, encore plus chancelante que précédemment.
Elle secoua plusieurs fois la tête comme après un K.O. Non, non, non, répéta t-elle plusieurs fois, roulant les yeux de Fricks à son ventre.
L’hôpital ! Elle comprit pourquoi ce jour là Teddy faisait cette tête… Mais comment les médecins avaient-ils pu détecter la HCG aussi vite ! Il y avait eu des progrès de ce côté-là, elle le savait.
- Oh Fricks, tu dérailles, on ne peut pas savoir si je suis enceinte et puis je t’aime pas, enfin pas comme tu l’entends.
- Je ne te demande rien d’autre que de veiller sur toi et notre enfant. Alors laisses tomber tout ça, fais ton choix. Je t’ai demandé avant de prendre l’avion de réfléchir à ce qui était meilleur ou pire, ce qui va arriver est le meilleur. N’empire pas les choses, Phyllis, je t’en prie…

Fricks s’était approché de Phyllis.
Ils se regardèrent longtemps sans rien dire. Il n’y eut aucune promesse dans leurs yeux mais là, au plus lointain du monde désormais seul sur la plage, tout était différent. Oui, le meilleur était à saisir.
Entre le désert et la mer, il n’y avait que le chemin du retour ou de l’avenir…
Soudain il y eut comme un ricanement diffus derrière-eux !
Phyllis déglutit une nouvelle fois.
Une Hyène ! Il y avait une Hyène Brune à une centaine de mètre d’eux !
Elle fouinait dans le sable, s’amusant peut-être avec un crabe. Sentant les regards humains posaient sur elle, elle releva la tête.
Petite et aux poils longs, elle fit claquer sa terrible mâchoire alors qu’elle semblait si douce. Elle huma l’air iodé et ses yeux brillèrent un instant. Alors elle ricana de nouveau et partit en courant le long de la grève comme emportée par le Vent.
- Je crois qu’en fin de compte tu l’as trouvé ta Hyène…
Phyllis, comme hypnotisée la regarda courir jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

- Laisses-là prendre son chemin Phyllis… Laisses-là et prenons le nôtre. »


Ailleurs


« In my place, in my place
Were lines that i couldn't change
I was lost, oh yeah.
»

« Cold Play » résonna sur la plage déserte comme un amer de mes sentiments.
Le Vent, malgré la musique dans mes écouteurs, soufflait comme le grésillement d’une station de radios n’arrivant pas à se caler sur la bonne fréquence. J’avais survécu !
Je n’ai jamais su quelle était ma place dans ce monde.
Je l’ai su quand elle m’a aimé.
Je n’ai jamais su quelle était ma place dans ce monde.
Je l’ai su quand elle m’a offert son royaume.
Je n’ai jamais su quelle était ma place dans ce monde.
Je l’ai su quand je l’ai aimé en son royaume.

J’ai traversé un monde d’ombres pour arriver à celui de lumière.
Quoi que j’ais laissé là-bas, ce n’est qu’un cauchemar ayant permis que je m’éveille dans un rêve.
Après avoir franchi un Océan, des terres inconnues puis les airs, me voilà ici.
Je pris une cigarette, mon Zippo claquant pour l’allumer. Au travers de la flamme créant une sorte de mirage comme quand une route est inondée de chaleur, une silhouette se détacha. La petite ombre dansa dans mon œil même après avoir retiré la flamme.
J’étais seul, à l’autre bout du monde, loin du monde.
Mais on ne traversait jamais le monde. C’est le monde qui nous traverse quand on est seul.
Des larmes embuèrent mes yeux.
J’étais le plus heureux des hommes.

Pralayan… Oh mon cœur, ma Princesse de Thaïlande.
Cours ma petite, oh cours.
Je tremblais. Je n’étais pas celui qu’on croyait. Elle le savait.
Cours…
Je me mis les mains sur le crâne, me mordit les lèvres puis ferma les yeux.

Je n’ai jamais su quelle était ma place dans ce monde.
J’allais maintenant ouvrir les yeux.
Ma place serait auprès d’elle.
Je le lirais dans ses yeux.

J’ouvris les yeux…

« Please, please, please
Come back and sing to me
To me, me
Come on and sing it out, now, now
Come on and sing it out, now, now
Come back and sing
»


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