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Edoras est un très vieux Roman, mon premier (Val des Hurles-Vents) !
Etant très jeune à l'époque celui-ci est totalement inspiré des JDR et du monde de l'Héroïc-Fantasy… c'est très emprunté aux classiques, pas mal chargé de lourdeurs grammaticales et un bon nombre de fautes vient agrémenter le tout !!
Pour amateur du genre d'écrit d'adolescent !
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La Malédiction du Prisme Perdu
Chapitre 1
Les sombres portes de Salh'esh'nirgan flanquées dans les murs de protection restaient toujours ouvertes la journée. Aucun garde ne contrôlait les passages car personne n'était suceptible d'arriver des terres à la cité.
Malgré les haillons revêtus par Edoras, l'entrée de la ville ne lui posa donc aucun probléme si ce n'est quelques regards suspicieux jetés par certains citadins plus méfiants que d'autres. Les rues étaient quasiment désertes et la plupart des gens prenaient leur repas de mi-journée. Edoras, torturé par la faim, ne savait pas comment se procurer de quoi manger. Pendant une heure il jongla avec trois pierres devant quelques passants qui ne lui accordèrent pas plus d'une poignée de piéces de fer sans valeur.
Les forces commençant à lui manquer, Edoras aprés réflexion s'introduisit dans une auberge nommé le filet d'or. A l'intérieur régnait une douce ambiance seulement perturbée par quelques conversations étouffées et par les inévitables bruits de cuisine. Il fit alors quelques pas vers une table mais au moment de s'y installer, l'aubergiste hurla d'une voix perçante et vulgaire.
- Sale mendiant ! Hors d'ici ! Tu empeste mon auberge et dérange mes clients !
L'esprit malicieux d'Edoras ne fit qu'un tour et il élabora un plan très efficace. Comme pris de panique, il recula vivement face au gros homme furieux et rouge de colère, et alla tomber à la renverse sur un couple de citadins, renversant par la même occasion l'une des assiettes sur l'un d'eux. Se retournant vivement, Edoras s'agenouilla au côté de celui-ci, ôta sa chemise et entreprit d'essuyer les dégats ainsi provoqués.
- Je suis vraiment désolé, laissez-moi vous débarrasser de cette, heu, cette viande bien grasse…
L'aubergiste se rua vers Edoras en braillant à s'en faire exploser la gorge, ivre de haine et blessé d'une telle ironie.
- Tu vas voir sale peste ! Je vais te faire bastonner par mes gens jusqu'à implorer tous les Dieux de ce monde !
Puis ce retournant vers le couple, il s'éclaircit la voix et s'efforça d'être le plus courtois possible, baissant la tête honteusement.
- Je vais vous faire porter un nouveau met, à vous et à votre galante compagne, vous êtes mes invités.
L'homme grommela un juron puis repoussa du pied Edoras, demandant qu'on lui apporte au plus vite sa collation. L'aubergiste, surpris, couru aux cuisines le plus vite qu'il put sans se retourner.
Edoras s'éloigna alors furtivement sans se faire remarquer puis s'éclipsa sans bruit prenant une petite ruelle adjacente à l'auberge.
S'assurant qu'il n'était pas suivi, il déroula sa chemise recouverte de graisse. Une bourse en cuir, protégée auparavent d'un lacet de cuir dorénavant dénoué, s'en échappa alors déversant une part de son contenu sur les pavés poussiéreux. Le tintement de métal fit sourir Edoras qui s'empressa de ramasser méticuleusement la poignée de pièces jonchées sur le sol. D'un regard, il sut que la bourse renfermait une vingtaine de pièces d'argent. Il pensa qu'il avait eu de la chance de trouver une telle somme et rit encore une fois de son plan machiavélique lui permettant de détacher sans risques son larcin. Il se remit alors en route cherchant cette fois-ci une taverne, jetant dans les eaux usées sa chemise souillée.
Le quartier portuaire était le repére de toute une faune de mendiants, de coupe-jarrets, de marins et d'assassins arpentant les ruelles sombres et sales qui le caractérisait. Pourtant c'était aussi, pour Edoras, un lieu insolite et mystérieux avec ses dangers et ses aventures.
C'était dans une de ces rues qu'il trouva enfin une taverne où une vieille enseigne de bois pourri l'annonçait au nom du puits sans-fond. La bâtisse semblait à chaque instant lutter pour ne pas s'effondrer.
Il pénétra par la porte branlante de la taverne qui grinça lorsque ses gonds s'entrechoquèrent de façon assez menaçants. Une odeur âcre lui rappela les senteurs de parfums exotiques mélés aux fumées des pipes et d'un âtre alimenté par du bois humide et vermoulu.
La taverne était comble et personne ne le remarqua ou ne lui apporta le moindre intérêt.
Un groupe de marins recouvraient de leurs chants tous les autres bruits ambiants à l'exception d'un vieux troubadour contant quelques légendes à l'aide de son luth. Plus loin, un groupe d'étranges individus, vêtus de noir et masqués, occupait le fond de la salle prés du foyer.
Edoras ne trouva plus qu'une seule table de libre et s'empressa de s'y installer tout en commandant un repas copieux ainsi qu'un pichet d'hydromel. N'étant pas trés loin du groupe d'homme, il nota pendant un instant la présence dévoilée d'un de leur visage, découvert suite à une maladresse. La peau de l'homme était parcouru d'une longue balafre couvrant entiérement sa joue droite. Il ne tarda pas à remettre son masque et ses compagnons grommelèrent aprés lui. Edoras, amusé de cet incident, continua tranquillement de finir son repas quand il souvint du traitre qui l'avait fais passer une nuit dans un des cachots de sa guilde. Il se fit alors la promesse de se venger non pas de ce fourbe mais en détruisant cette organisation. Par le biais de ses connaissances, il pourrait y parvenir et anéantir leurs ammorales activités. Il s'amusa à imaginer comment tout cela pourrait se dérouler en terminant par petites gorgées sa chope d'hydromel. Ses pensées furent de nouveau troublées par la crapule qui, en plus de le livrer au maitre de la guilde, avait du s'acharner sur l'étrange être l'ayant fait évadé et qui n'avait pu hélas s'échapper à son tour.
- Il faut que j'aille le délivrer à mon tour et tout de suite, et si ce maudit balafré se montre, je le, je…
Il s'interrompit net dans ses élucubrations se figeant sur sa chaise. Ses yeux noirs s'étaient fixés sur l'individu démasqué peu auparavant. C'était le voleur qui avait arrêté son libérateur assis là, à quelques coudées seulement de lui. Son sang bouillonna mais il se douta que ce ne pouvait être qu'une coincidence. Il se leva avec une agileté surprenante et couru le plus vite qu'il put jusqu'à la sortie de la taverne. Mais alors qu'il allait y parvenir, il ne perçu pas le bola à trois boules et en l'espace d'une seconde, la corde de l'arme de jet s'enroula autour de ses jambes, se ressera et les trois boules vinrent le frapper aux genoux. Dans son élan Edoras renversa une table et s'écroula sur la porte qui éclata en morceaux. Il percuta alors violemment le sol et resta sonné pendant quelques battements de coeur. Pourtant se retournant vivement, il essaya d'enlever le bola qui lui interdisait tout mouvement mais bientôt il s'aperçu qu'il était cerné par six hommes vêtus de noir. Deux d'entre-eux le maintenir fermement par les bras tandis que les autres ouvrirent la marche et sans un mot pressérent le pas.
- Lâchez-moi espéces de traitres, battez-vous loyalement !
Edoras pensa au ridicule et à l'inutilité de ses mots mais ne sachant pas quoi dire, il se contenta de ce défi suicidaire.
L'homme ouvrant le petit détachement fit quelques pas vers son prisonnier et lui cracha en pleine figure.
- Ecoute idiot, ce n'est vraiment pas l'envie qui m'en manque mais notr maitre t'a préparé une toute autre destinée qui nous débarassera de toi définitivement !
L'homme se mit à glousser puis se remit de nouveau à la tête du groupe. Edoras légérement inquiet se tut pendant le reste du chemin et tous ces efforts pour se débattre se révélèrent vains tant la poigne de ses ravisseurs était puissante. Quelques citadins étonnés jetaient des regards curieux passant toutefois leur chemin sans rien dire.
Après avoir parcouru quelques ruelles sombres et délabrées, les poumons d'Edoras s'emplirent de l'odeur fétide du port recouvert par les algues où les bateaux s'évanouissaient parmi les embruns. A une portée de fléches, un petit voilier dansait doucement sur les flots en concordance avec les courants de l'Océan. Le petit groupe de voleurs se dirigea alors vers celui-ci montant sur son pont à l'aide d'une passerelle. A ce moment un petit homme à la carrure imposante, dont le visage barbu était définitivement repoussant, vint à leur rencontre.
Le chef des kidnappeurs ouvrit alors avec joie la bouche pour parler, regardant avec fierté son prisonnier.
- Voilà comme promis votre récompense. Je vous donne le droit d'en faire ce que bon vous semble, tant que vous l'éloignerez le plus loin possible de cette cité et de cette ile.
Le petit homme rit d'une voix profonde et autoritaire puis, dans un mauvais Erlini accentué, répondit au voleur.
- Faites moi confiance, nous repartons juste aprés nous être ravitaillé et vous n'entendrez plus jamais parler de lui.
Il poussa un autre rire, puis la bande de brigands descendit du bateau disparaissant dans le brouillard quasi-permanent dans cette partie du port. Seuls les deux hommes maintenant Edoras attendirent d'être relayés par trois marins et à leur tour s'éclipsérent parmi la brûme chargée d'embruns.
Le capitaine du navire se retourna alors vers Edoras, cria quelques mots dans une langue étrangére à celle de Nesh'naïr puis se dirigea vers l'avant du bateau.
Le voilier n'était pas trés grand, ne possédant qu'une longueur de vingt pas et d'une largeur d'une dizaine de ceux-ci. Un mât, doté d'une grande voile blanche, occupait le centre du bâtiment. Tout en haut de clui-ci, un petit drapeau claquait au vent sur lequel on avait peint un embléme. Un lézard pourfendu d'un épieu avait été grossièrement dessiné formant un bien étrange blason. Un petit baraquement se trouvait à la proue du navire, seul refuge pour le repos des marins. la poupe du bateau était, quand à elle, dotée d'un petit escalier s'enfonçant de quelques marches pour aboutir à une porte. Celle-ci semblait épaisse, toute de bois, sertie de quelques plaques de métal et d'une impressionnante serrure.
C'est vers cette porte qu'on emmenait Edoras ayant depuis longtemps renoncé à se débattre. Arrivé en bas de l'escalier, l'un des hommes sortit de sa poche une clef d'environ huit pouces et l'introduisit dans le pêne. Le bruit sourd du locquet retentit et le marin tira doucement sur la poignée, découvrant une cale en partie plongée dans une profonde obscuritée. Sans perdre un instant l'un des marins commença à lier les mains du pauvre Edoras. A ce moment, deux de ces compagnons apparurent suivi par le capitaine qui souriait, délivrant une rangée de dents jaunes et à moitié cassée. L'un de ses sbires tenait une bouteille remplie d'un alcool trés fort à en juger par l'odeur s'en échappant malgré le bouchon encore enfoncé! Edoras comprit vite la signification de cette boisson lorsqu'il aperçu ce que serrait le marin dans l'autre main. Il tenait un petit entonnoir en bois comme ceux que l'on trouve dans les caves afin de remplir les fûts et tonneaux.
Sans un mot, deux des hommes maintenirent la bouche d'Edoras ouverte pendant que l'autre déversait le contenu de la bouteille dans sa gorge. Au contact de l'alcool, Edoras crût que son corps allait exploser tant il était fort avec un ignoble goût de piment moisi.
Une fois l'opération terminée, il fût poussé dans une cage en fer suspendue au plafond par une lourde chaine reliée à un levier fixé sur l'une des parois de la cale. Les derniers sons qu'il entendit furent ceux du claquement de la porte et de sa fermeture qui lui déchirérent les tympans, puis il sombra dans l'ivresse, suivi du néant.
Les paupières d'Edoras se soulevèrent brusquement, révélant deux yeux noirs aux pupilles dilatées par l'alcool, la faim et la fatigue. Il avait un monstrueux mal de tête mais qui fut vite supplanté par l'horrible douleur de ses bras et poignets. Essayant toutefois d'oublier ses maux, il examina plus précisément la cale.
Tout d'abord sa vue s'accommoda trés vite à la douce lumière tamisée qui s'échappait de la porte entrouverte, illuminant entiérement la piéce. Puis, il remarqua prés de l'entrée un homme trapu, recouvert par un plastron de cuir rigide et d'une fine cotte de mailles en mauvais état. Une lance reposait sur l'une des parois au côté du garde et qui, lui, portait à son ceinturon d'arme une épée large ainsi qu'un fourreau contenant une dague.
L'homme somnolait tranquillement et Edoras détacha son regard de celui-ci pour le porter au fond de la soute. Le reste de la cale était encombré de tonneaux, de sac de grains, de cordes, de filets et de toute une multitude d'objets divers. Mais ce qui l'intrigua et le surpris le plus, ce fût la présence d'une autre cage qu'il n'avait pas encore remarqué auparavent.
Un corps y était recroquevillé dans un des coins semblant ne donner aucun signe de vie. Il s'approcha alors du mieux qu'il put vers les barreaux et chuchota quelques mots à l'individu.
- Pssst ! Pssst ! Edoras essaya de camoufler le son de sa voix le plus habilement possible, puis sourit en entendant la réponse de son compagnon.
- Rebonjour Edoras, souffla l'individu qui s'était maintenant rapproché à son tour.
Le nommé reconnu celui qui l'avait trois jours auparavent sauvé des geôles de la guilde. Il était revêtu d'une tunique déchirée par endroit et une paire de sandales lui protégeait les pieds. A l'aide de la lumière qui avait dissipé une bonne partie de l'obscurité, Edoras remarqua la petite taille de son voisin ainsi que sa musculature impressionnante. Son visage était rigide et seul ses deux yeux verts venaient radoucir ce dur faciès. Sa mâchoire avancée et ses arcades développées lui donnaient un aspect inquiétant et capable d'inspirer la méfiance aux plus durs guerriers. L'homme examinait lui-aussi son nouvel environnement puis stoppa son regard sur lui. Il se tut pendant quelques secondes puis rompa le silence.
- Je me nomme Slevias, fils d'Ayron Slevias, guerrier-voleur, et j'ai deux questions à te poser !
Etonné son acolyte n'osa rien dire le laissant reprendre la discussion.
- D'abord raconte moi comment tu a pu te faire prendre et puis explique moi ce que tu frabriquais dans cette pourriture de guilde.
Edoras réfléchit puis reprit la parole, un peu surpris.
- Vois-tu Slevias, cette guilde a toujours été ma seule famille. Tout peti, j'ai du être enlevé ou vendu et c'est cette organisation qui m'a appris tout ce que je sais. Quand à comment je me suis fait rattraper c'est…
Il fut alors interrompu par des pas lourds claquant sur les marches de l'escalier.
Edoras reconnu l'homme comme étant le capitaine du bateau. Toujours aussi repoussant et laid, il se raidit de colére à la vue du garde assoupi vers la porte.
- Gor fan ti Hackjyn daun ! Ces mots sortirent avec la violence d'une tempête de sa bouche malodorante. Le vigile se réveilla en sursaut puis sembla s'excuser de son manque de vigilence.
Les deux captifs n'avaient jamais entendu cette langue et ils furent captivé par les quelques mots prononcés précédemment.
Le capitaine était suivi par deux marins, l'un ayant l'apparence d'un garde et l'autre portant deux petites écuelles dans lesquelles flottaient quelques morceaux de viande recouverts d'une épaisse soupe.
La lance du garde se dressa vers les deux cages et leur chef reparla, mais cette fois-ci en Erlini.
- Voilà de quoi manger pour la journée, pauvres manants !
Edoras, à ces mots, trembla de colère tant il détestait qu'on le traite de cette manière.
- Libérez-nous et ramenez-nous sur la côte au lieu de nous insulter. Si vous êtes d'accord, je vous promet de ne vous faire aucun mal !
Les quatres hommes ne purent s'empêcher d'éclater en un rire stupide et brutal, puis leur chef poursuivit.
- Je ne crois pas que tu sois en mesure de négocier quoi que ce soit et mon équipage ne reçoit jamais d'ordre de votre race, d'ailleurs, nous les Drugans régneront bientôt en maitre sur tout le continent…
- Ainsi vous êtes des Drugans ! Ecoutez si vous ne cédaient pas, je cous le ferez payer trés chèr, quel que soit votre maudite race !
Le capitaine retrouva ses mimiques familières trahissant sa colère, puis souffla quelques mots à ce qui semblait être le cuisinier. Tout le monde disparut alors de la cale sauf le garde qui pris les deux petites rations de nourriture. Il s'approcha de Slevias lui glissant une des deux écuelles puis s'allongea de nouveau vers les escaliers tout en dégustant la seconde portion.
Edoras avant même de poser la question au garde connaissait déjà la réponse. Il lui adressa quand même la parole.
- Eh, pourquoi n'ai je pas droit à un repas ?
L'homme le dévisagea, se mit à rire et engouffra le reste de viande.
Les jours qui suivirent furent des épreuves terribles pour Slevias et Edoras. Les rations s'ammenuisaient en même temps que leur force et la notion du temps leur devenait maintenant étrangère. Ils n'avaient que rarement discuté ensemble et leurs yaux n'avaient pas revu le Soleil depuis longtemps. Plusieurs fois Edoras avait tenté de défaire les barreaux de sa cage mais cela lui avait mérité de se tordre le poignet. Pourtant Slevias, jouissant d'une force colossale avait réussi à décéler une des barres de fer. Cette épreuve lui avait valu environ deux jours de durs efforts mais cette nuit le barreau céderait, il en était sûr…
Dehors, le Soleil commençait à se coucher pour laisser place à un ciel noir et chargé de pluie. Les vagues s'élevaient de plus en plus haute et le petit voilier déchirait l'Océan au fur et à mesure de son périple.
Un homme tenant deux écuelles vides pressa alors le pas pour sortir d'un petit escalier, se retourna, cria vivement quelques ordres aux marins puis courrut jusqu'au côté opposé du navire.
La nuit s'était maintenant répandu voilà plus d'une heure lorsqu'un violent orage éclata tout autour du bâtiment. Pourtant le tonnerre ne réveilla pas le garde de la petite réserve de nourriture profondément assoupi.
Slevias enroula le barreau de sa cage avec sa tunique puis tira avec les dernières forces lui restant. Un coup de tonnerre couvrit le son du métal qui geint lorsqu'il se décéla de son logement, puis le silence retomba autour du bateau.
Edoras scrutait le néant essayant de percevoir les mouvements de son compagnon, en vain. Un éclair fantastique perça alors, de ses rayons flamboyants, les interstices se dessinant autour de la porte. La scéne ne dura qu'une seconde mais il eut le temps de voir le guerrier penché sur le garde, une main sur sa bouche et l'autre plongeant la lance dans son coeur. Un faible râle annonçant la venue de la mort atteint les oreilles d'Edoras lui apportant par la même occasion la preuve de la réussite de l'évasion.
Une faible lueur émanant d'une torche éclaira la cale et délivra la piéce de toute la tention malsaine qui y régnait auparavent. Slevias regarda une fois de plus le garde et détacha le trousseau de clefs accroché à son ceinturon détournant les yeux vers son compagnon de cellule.
- Voilà, nous sommes débarassé de lui, maintenant il est temps de penser à la suite de notre plan.
Edoras ne savait s'il fallait qu'il rit ou qu'il se fâche.
- Tu as raison de dire que nous sommes libres, mais pour combien de temps ? N'oublie pas qu'il reste une douzaine de marins sur ce bateau et que nous sommes loin de toute terre, du moins je crois !
- Ecoute si tu veux pourrir ici d'accord, mais décide toi vite ! Tu viens avec moi ou tu préfére crever comme un rat parmi les excréments qui emplissent ta cage ?
Il ne fallut pas longtemps pour que le captif prenne sa décision et que le verrou de sa prison s'ouvre. Les deux hommes se faufilèrent alors vers la sortie et dévérouillèrent la porte de la cale.
La nuit était impénétrable, seul le bruit de la coque et des vagues rapellant aux deux acolytes qu'ils se trouvaient bien sur un navire. Edoras referma la cale puis commença à psalmodier des mots étrangers semblant défier les dialectes les plus anciens. Les doigts de l'interlocuteur se croisèrent et sa silhouette entière se recouvrit d'une fine lueur pâle de couleur violacée.
Slevias ne put s'empêcher de s'ébahir d'étonnement devant cet étrange phénoméne.
Le jeune sorcier rouvrit la soute pendant quelques secondes puis tourna la tête vers son compagnon.
- Il n'y a personne sur le pont, ils doivent tous s'être réfugiés dans le petit baraquement de l'autre côté du navire.
Slevias souffla alors quelques mots à l'oreille de son ami.
- Continuons pour voir s'il y a des barques ou d'autres moyens de s'échapper.
Puis ravallant sa salive, il allait demander des explications au sortilége invoqué par le voleur mais celui-ci s'enfonçait déjà dans le néant.
Il le ratrappa alors dans l'épaisse nuit mais soudain le ciel sembla se déchainer et une myriades d'éclairs surnaturels et pour quelques unes éthérés vinrent envelopper le frêle esquif, balloté par des vagues soudainement titanesques.
Alors, les deux hommes furent frappés de plein fouet par ce tourbillon fantasmagorique, puis, dans une explosion chargée d'électricité aux effluves d'ozones, ils disparurent corps et âmes !
Chapitre 2
Ce fut Slevias qui retrouva le premier ses esprits. Il se leva brusquement puis sombra dans la stupeur lorsqu'il s'aperçut qu'autour de lui, seul des plaines s'étendaient à perte de vue parsemées de quelques bosquets d'arbres morts.
Il ne chercha pas à comprendre et s'occupa alors d'Edoras qui portait quelques traces de brûlures toutefois superficielles.
Après quelques petites claques amicales, il entrouvit ses grands yeux noirs puis les referma presque aussitôt, aveuglé par la lumière du Soleil. Il se releva pourtant puis tout en s'époussetant, il fit part de son incompréhension à son compagnon.
- Alors là, je ne sais plus quoi penser. Qui a bien pu nous emmener ici et dans quel but, où est le bateau, l'équipage, l'Océan même, et…
- Arrête !, hurla Slevias le sermonnant alors.
- Ecoute, je me suis posé les mêmes questions et aucune solution logique semble être possible donc je crois que nous devrions nous mettre en route tout de suite sinon la faim et la soif aurons raison de nous.
Edoras acquiésça d'un signe de têt puis scruta l'horizon pour découvrir la meilleure direction à prendre et aprés quelques échanges de regards, les deux hommes commencèrent à suivre un chemin imaginaire.
Les deux marcheurs ressemblaient maintenant à deux mendiants couverts de poussière et revêtus de lambeaux d'étoffes.
Les deux hommes ne s'étaient pas arrêtés de toute la journée sans savoir où aller et ils n'avaient trouvé aucun refuge pouvant les acceuillir, ni aucune trace de nourriture, ni d'ailleurs d'eau potable non plus.
Le Soleil commençant à décliner, ils stoppèrent leur allure afin de trouver un endroit pouvant leur servir d'abri.
Ils cherchèrent jusqu'au bout du crépuscule, en vain. Ils décidèrent alors de dormir à même le sol tant ils étaient fatigués de leur périple.
La nuit n'avait pas encore achevé sa conquête totale sur le jour lorsque Slevias se fit réveiller par la main de son compagnon.
Ouvrant les yeux, il s'aperçut qu'il n'avait pas encore vraiment dormi et allait le reprocher à Edoras quand celui-ci lui indiqua le haut d'une petite colline non loin d'eux. Le sommet de celle-ci était éclairé par un faible hâlo rougeâtre émanant apparament de son autre versant.
Le voleur, torse-nu depuis son départ de Salh'esh'nirgan, chuchota alors quelques mots à son acolyte.
- Allons voir ce que c'est, j'ai comme l'impression que cette lumière provient d'un feu de camp.
Les deux hommes gravirent alors le plus discrétement possible la petite colline puis, stoppant à sa crête, ils restèrent subjugués par la scéne en train de se jouer plus bas.
Au pied de la colline s'ouvrait une petite clairière enchassée par d'autres reliefs semblables au leur. Cette sorte de petite enclave était recouverte par une dizaine de monolithes placés en cercle dominés par un plus grand au centre. Ils étaient de couleur ébéne et gravés d'étranges runes rouges sang.
Mais ce qui troublait ce paisible endroit, c'était la troupe d'hommes réunis au sein de cet sorte de pentagramme géant. Six individus, apparemment des paysans, se tenaient de part et d'autre d'un prêtre habillé d'une longue bure blanche. Il psalmodiait quelques mots mystiques et divins, repris en coeur par ses adeptes fanatiques.
Tout ce rite était porté à l'encontre d'une femme attachée au grand monolithe par des liens reliés à deux gros anneaux de métal. Elle était d'une rare beauté et ses longs cheveux noirs recouvraient son attirante silhouette dénudée.
Edoras, jusqu'ici captivé par cette femme, remarqua l'absence de Slevias qui avait commencé à s'approcher de la clairière. Il décida alors de l'imiter en descendanr par le côté opposé, tous ses sens en alerte alors qu'il glissait dans la nuit comme un serpent en quête d'une proie.
Il fut aidé par les torches diffusants une douce lumière et qui créaient ainsi de nombreuses zones d'ombres autour des étranges piliers noirs.
Slevias avait complétement disparu dans l'obscurité et son compagnon l'avait perdu de vue.
Celui-ci se laissa glisser sans bruit derrière l'un des monolithes assez éloigné des autres. Il observa les hommes et remarqua qu'ils étaient tous armés d'épées, de haches ou de couteaux, seul le prête semblant désarmé. Mais il nota joyeusement que l'un d'eux possédait un falchion, sa propre arme de combat.
S'aidant alors de la pénombre et du pilier granitique pour passer derrière le porteur de ce falchion, il se dissimula plus immobile que la pierre. Il était à un métre de l'homme mais pour l'atteindre, il devait se montrer à la lumière ce qui le trahirait sans aucun doute.
Il réfléchit pendant un battement de coeur puis commença à escalader la paroi de granit. L'ascension était ardue mais Edoras avait l'habitude de ce genre d'exercice et il arriva au sommet sans s'être fait remarqué.
Du haut, il pouvait apercevoir toute la clairière et nota aisément la présence de Slevias ayant réussi, lui-aussi, à grimper sur le monolithe où la femme était retenue. Il s'était maintenant allongé et se retenant à l'aide des jambes, il s'approchait prudemment des liens de la prisonnière !
Edoras pensa qu'il n'aurait pas une chance et décida alors de faire diversion du mieux qu'il le pourrait.
Il observa une dernière fois l'emplacement de tous les hommes et fit un bond de six métres de haut en direction du possesseur du falchion. En plein saut, il lança le mot magique qui lui permettait de sauter d'une hauteur égale à celle-ci sans se blesser. Son corps se recouvrit d'une aura grise et lumineuse qui s'estompa au contact du sol.
Profitant de la surprise, il s'empressa de s'emparer du falchion puis en asséna un coup à son ancien porteur. L'homme hurla de douleur et s'écroula au sol avec une gerbe de sang coulant de son épaule tailladée. Tous les autres se retournèrent alors brusquement surpris de voir leur acolyte étendu au sol baignant dans son propre sang.
Deux adeptes à la droite du prêtre dégainèrent leur arme en se ruant vers le tueur. Au même moment, leur gourou cria d'horreur regardant sa captive. Un des liens était détaché et le deuxième n'était plus qu'une affaire de secondes. Il ordonna alors aux hommes à sa gauche d'aller s'occuper de la femme puis il recula observant alors un étrange gestuel.
Le premier fidéle atteint Edoras en brandissant sa hache qui vint s'abattre dans le vide que l'esquive du voleur venait de lui offrir. Au même instant, son compagnon fut paré dans son élan par l'assassin qui bloqua son arme sur celle de son ennemi tout en étant forcé de reculer de quelques pas.
De l'autre côté, la prisonnière n'en était désormais plus une quand deux attaquants, lâchés sur elle, furent à sa hauteur. Sur d'eux, ils amorcérent leur assaut quand une ombre surgit du néant s'écrasa sur leur tête.
Tout le monde repris ses esprits prêt à poursuivre le combat quand un fantastique éclair bleu déchira ce qui restait de la pénombre et percuta de plein fouet le prêtre se tenant à l'écart.
Sa tête explosa littéralement sous le choc en morceaux carbonisés, transformés immédiatement en cendres rouges et noirs au contact du sol. Edoras de son côté eut juste le temps nécessaire pour effectuer sa parade à l'encontre de la hache que lui tendait son ennemi, quand l'épée de son deuxième adversaire lui fit lâcher le pommeau de son falchion.
Plus loin, les deux hommes encore sonnés par l'attaque de Slevias se relevèrent pendant que le dernier des adeptes se rua l'arme en main sur son ennemi désormais à main nue.
Edoras et Slevias crurent leur mort proche et l'attendirent prêt à l'affronter quand tous leurs agresseurs s'évanouirent à terre apparament inerte et incapable de faire le moindre mal. la femme était entourée d'une lumière dorée et fit signe alors à ses libérateurs de la suivre.
Les deux amis échangèrent leur regard sans rien dire puis s'empressèrent de la rejoindre, Slevias ramassant une épée large au passage.
Le petit groupe avait atteint une autre colline et maintenant se tenait à son sommet dans le noir le plus total. La grande femme stoppa la marche et se retourna alors vers les deux hommes.
- Je vous remercie énormément pour ma libération des griffes de ce maudit prêtre et de ses vils adeptes. Vous avez maintenant mon éternel amitié et encore une fois merci pour les risques que vous avez pris.
Ce fut Edoras qui répondit le premier en se rapprochant d'elle.
- Je m'appele Edoras et voici mon ami Slevias. Ce que nous avons fait, nous pourrions le continuer si vous nous permettiez de vous accompagner.
- C'est trés gentil mais j'ai encore beaucoup de chose à faire et je dois les faire seule. Mais pour vous prouvez ma sympathie, je vais vous remettre deux présents.
Elle fouilla dans ses affaires, qu'elle avait repris, et sortit d'un sac en cuir un prisme en cristal et une simple écuelle de bois !
Le prisme scintillait même avec la faible lueur des étoiles et semblait d'une valeur royale. Par contre le nécessaire de repas était d'un aspect des plus banal et apparement ordinaire.
La mystérieure et envoûtante sorcière contempla ces deux objets. Elle fronça les sourcils lorsqu'elle jeta un oeil à l'orfévrerie puis tendit les deux objets aux deux compagnons.
- Voilà le prisme pour toi, Edoras, et ce plat pour toi, Slevias. Le prisme est un présent qui vous portera, heu, chance, ne vous en séparez jamais ! Cette gamelle se remplira d'une bouillie nourrissante lorsque le mot Acrogyan sera prononcé en la touchant. C'est tout ce que je peux faire pour vous et encore merci.
Elle jeta un dernier regard inquiet sur le prisme, puis s'éloigna brusquement dans l'obscurité, mais avant qu'elle ne disparaisse complétement, Edoras lui cria quelques mots.
- Mais quel est votre nom et dites nous où se trouve le prochain village ?
Une voix étouffée et déjà lointaine leur apporta les réponses.
- Je m'appele Sylfine, maitresse du tonnerre, et vous pourrez trouver une ville dans la direction opposée à la mienne…
Le voleur tenta de lui faire changer d'avis mais ses questions lui firent échos sans autre réponse que le murmure du vent.
- J'ai fait une marque dans la direction qu'elle nous a conseillé. Allons dormir avant que le jour ne commence à se lever.
Slevias, sur ses mots, ferma les yeux et commeça à dormir comme s'il ne s'était rien passé. Edoras comprenait mal si c'était de l'indifférence ou le mépris de ce monde. Pour sa part, il trouva difficilement le sommeil absorbé par les derniers événements. Une maitresse était quelqu'un de rare, même son maitre de magie ne fut qu'un disciple d'un de ces êtres. Tonnerre, éclairs, tout se mélangea et il s'endormit en repensant aux longs cheveux noirs de cette mystérieuse silhouette élancée…
La nuit fut de courte durée pour les deux hommes qui commençaient à se réveiller. Le ciel était presque entièrement dégagé et le paysage de plaines et collines offrait de nouveau le même sentiment de monotonie.
Slevias s'empressa alors de répéter le mot que lui avait enseigné la sorcière et une bouillie appétissante apparut dans l'écuelle !
Les deux compagnons étaients fous de joie et remplirent leur estomac le plus possible, reprenant aussitôt leurs forces.
Tout en mangeant, Edoras prit la parole..
- J'ai encore de la peine à m'imaginer ce qui nous est arrivé hier soir. Quand je pense à la beauté et à la terrible puissance de cette maitresse.
Slevias acquiésça sans rien dire et sembla sourire à la vue de son écuelle et son épée large.
Les deux amis, maintenant ragaillardis, se remirent en route aprés s'être assuré du chemin à prendre.
Ils repassérent dans la petite clairière où seul le corps du prêtre et le sang de la victime d'Edoras prouvaient qu'ils n'avaient pas rêvé.
Ils s'échangèrent un regard complice puis reprirent leur périple en silence, baissant la tête face aux violentes bourrasques de vents.
Chapitre 3
Le Soleil commençait tout doucement à s'évanouir au-delà de l'horizon pour laisser place aux étoiles apparaissant un peu partout. Le vent s'était levé en étendant son hululement à travers les grandes plaines désertiques.
Au loin, deux silhouettes apparurent, seules et insolites dans ce paysage figé.
L'une d'elle était trapue et assez petite tandis que la seconde était plutôt grande et svelte. Une longue natte dansait sur le dos de la plus grande qui marchait impassible au côté de son amie portant une épée large.
Mais ces deux formes, des hommes, stoppérent sur ordre du plus petit.
- Edoras, regarde bien devant toi, on dirait que la terre continue tout droit mais bordée par des eaux ressemblant à l'Océan.
Effectivement, cette mer laissait le passage à une petite bande de terre d'une largeur inférieure à une trentaine de portée de fléches.
- Tu as raison, nous allons prendre cette direction et faire notre camp aux abords d l'Océan car la nuit va bientôt tomber.
Sur ces paroles, ils se remirent en route, puis, trouvèrent un petit bosquet d'arbres capable de les protéger suffisament du vent.
Mais alors que les deux hommes préparaient leur couche, une sorte de martélement à peine audible s'amplifia et un nuage de poussière s'approcha d'eux à trés grande vitesse.
Slevias observa quelques instants puis se retourna vers Edoras qui était entrain de dissimuler son prisme de cristal parmi les feuillages.
- Je crois que c'est un groupe de cavaliers.
Le voleur reprit le monologue de son compagnon, inquiet.
- Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de fuir mais nous devons rester sur nos gardes, nous ne savons même pas où nous sommes !
Les deux hommes portèrent leur main aux armes et attendirent face au vent, pas trés longtemps d'ailleurs.
Bientôt, le nuage de poussière se transforma en six chevaux montés d'hommes arnachés d'armures et d'armes impressionnantes.
Le groupe se dirigea alors vers les deux étrangers et firent halte pour laisser place à l'un d'entre-eux prendre leur tête.
Il était d'une assez forte stature et une grosse cotte de mailles le recouvrait de la tête aux pieds. Il ôta alors son casque et révéla le visage d'un homme habitué à de rudes combats aux vues de ses cicatrices.
- Que faites vous dans ce royaume, étrangers, et où allez-vous ?
Ce fut Slevias qui répondit en essayant de mesurer chaque mot.
- Nous sommes deux voyageurs égarés, et nous cherchons un village pouvant nous acceuillir, voilà tout.
- Et comment se fait-il que vous soyez habillés comme de vulgaire mendiant
Cette fois-ci, ce fut Edoras qui prit la parole.
- Nous nous sommes fait attaquer par des Drugans et depuis nous errons dans ces terres, pourriez-vous nous aider ?
L'homme parut étonné, puis soupçonneux lorsque le nom de cette race fut abordé mais son visage se dérida un peu.
- Bon, nous allons passer la nuit à vos côtés et demain nous vous escorterons à la ville la plus proche.
Il s'éloigna un peu à l'écart pour donner quelques ordres puis tous les cavaliers mirent pied à terre.
Pendant que le camp se formait, Edoras s'approcha discrétement de son ami pour lui faire part d'une proposition.
- Hum, que penserait-tu de chercher nous-mêmes cette ville, à cheval et sans l'aide de soit-disants protecteurs ?
Le guerrier venait d'installer sa couche et s'enquis de l'essayer tout en répondant d'un grognement.
- Fais ce que tu veux, et maintenant, laisse moi dormir !
Edoras s'étonna de cette réponse et inquiet de l'attitude de Slevias, il s'allongea à son tour, ne pensant plus à son projet.
La nuit avait tout recouvert et la petite troupe somnolait apparemment sans crainte des deux étrangers qu'ils avaient récupéré et bientôt, seul le grondement perpétuel de l'Océan vint troubler ce silence paisible.
La Lune éclairait les huits individus qui dormaient accompagnés par leurs chevaux broutant l'herbe grasse des plaines.
Soudainement, l'un des hommes se détacha furtivement du groupe pour rejoindre l'un des équidés. Un des guerriers se trouvait non loin des montures mais sa garde s'était transformé en un profond sommeil.
La forme sombre prit l'une des selles en faisant le moins de bruit possible, puis après quelques minutes, monta le cheval qui apeuré martela le sol avec ses sabots. Le cri de son cavalier résonna alors soudainement et il partit au grand galop à travers la nuit.
Immédiatement, tout le monde se réveilla et sans perdre un instant se jetèrent sur leurs montures. L'un des cavaliers ayant perdu la sienne monta derrière l'un de ses compagnons.
Edoras se leva lui-aussi pour essayer de comprendre ce qui arrivait, puis poussa un cri de rage en apercevant en haut d'une colline, la silhouette de Slevias illuminée par la lueur blafarde de la Lune.
Ce fut la dernière vision de son "ami" laissant bientôt la place à sa troupe de poursuivants.
Le voleur resta donc tout seul, furieux et en même temps amusé, un instant seulement, de la traitrise du guerrier. Il fouilla les bosquets et retrouva son prisme qu'il serra dans ses mains avant de reprendre son sommeil ne sachant pas s'il venait de faire un cauchemar.
Le feu n'était plus que braises et cendres au réveil d'Edoras qui semblait satisfait de sa nuit de repos. Reprenant ses esprits, il se demanda ce qui était survenu de son compagnon.
Ses interrogations furent interrompues par le martélement, maintenant devenu presque habituel, de plusieurs chevaux.
Il ne savait pas comment réagir, mais, étant donné sa situation, il ne pouvait que subir ce que lui réservait son destin.
Les mêmes hommes, partageant le début de la nuit avec lui, étaient de retour sans le cheval subtilisé, ni d'ailleurs, sans la moindre présence non plus du voleur.
Le chef du groupe approcha de lui et parut éberlué de le retrouver encore là.
- Donne moi ton arme et monte derrière, nous t'emmenons en ville. ton ami à réussi à s'enfuir mais il le paiera de sa vie
Edoras rassuré pris un air désabusé pour s'adresser au patrouilleur.
- Je suis désolé, mais j'ignorais que cet homme était un bandit, je ne le connais que depuis peu de temps.
Son interlocuteur ne répondit pas et montra du regard la croupe de son cheval puis tendit la main en désignant le falchion. Son possesseur obéit sans résistance et grimpa à l'arrière de la monture.
Le petit groupe chevaucha ainsi pendant une bonne partie de la journée sans rompre le silence qui régnait autour d'eux.
Le Soleil déclinait lorsque la muraille de protection d'une ville apparue au loin. Elle était enfoncée plus profondément dans les terres s'éloignant du littoral. Les cavaliers arrivèrent à la hauteur de ses portes qui s'ouvrirent pour laisser place à de nombreuses maisons et commerces réjouissant le pauvre Edoras qui s'emprit de parler au chef.
- Eh bien merci beaucoup de m'avoir emmené ici et…
Le guerrier l'interrompit brutalement lui expliquant ce qui allait arriver.
- Dans cette ville tous les étrangers doivent être reconnus, mais quand à vous, nous préférerions vous accueillir dans nos quartiers…
Le voleur préssentit que les termes du maitre d'arme n'étaient pas tous remplis de franchise mais pour l'instant, il ne pouvait rien tenter.
Bientôt, le groupe pénétra à l'intérieur d'une petite fortification devant servire de caserne aux soldats de la ville. Les énormes portes claquèrent violemment aprés leur passage et il se sentit de moins en moins rassuré. Les cavaliers firent alors halte et le chef l'invita à le suivre jusqu'à une petite pièce prévu à son attention.
La salle était effectivement exigue et seul un lit en mauvais état l'occupait ainsi qu'une lucarne obstruée par une rangée de barreaux.
Edoras allait se retourner quand il fut projeté par un violent coup de pied l'envoyant culbuter contre l'une des parois. Le temps qu'il se remette de sa chute, le locquet avait été fermé à double tour.
- Emprisonné…moi…traitre de Slevias…tu vas voir… .
Assis sur son lit, parlant à voix haute, il grommelait contre sa naiveté, les gardes et surtout sur le comportement de son ancien compagnon.
Les miliciens lui avait laissé ses affaires pour ne pas éveiller les soupçons, mais les seules choses qu'il possédait ne lui était pas d'une utilité pour le moment. Il s'allongea alors tout en observant son prisme de cristal quand il surpris la conversation de deux gardes passant sous la lucarne de sa cellule.
- Tu as vu le prisonnier ramené par la troupe de Fowel ?
La deuxiéme voix répondit en s'exclaffant, amusé.
- Oui, j'ai vu, mais j'ai aussi appris que l'autre espion s'était enfui avec l'un de leur cheval.
Les deux homme se mirent à rire de la situation quand une troisième voix vint les interrompre.
- Au lieu de vous amuser, venez nous aider à monter la potence !
Le visage déjà blanc d'Edoras se transfigura en une pâleur rappelant celle des cadavres. Voilà donc le sort qui lui était réservé, décidemment cela devenait une habitude. Il lui fallait désormais échafauder une évasion.
Il tenta en vain de faire sauter la serrure de la porte avec son fourreau vide mais il ne pouvait la fracasser sans faire de bruit. Il se mit alors à la recherche de petits bouts de bois et de métal qui pourraient se trouver sur la sol. Il poussa un faible cri de victoire lorsqu'il rassembla plusieurs morceaux pointues séparés du lit pourri.
Dehors, la nuit avait remplacé le Soleil lorsqu'Edoras décida de mettre en application ses talents de cambrioleur. A l'aide de ses petits instruments improvisés, il tenta de crocheter le pêne mais en échouant faute de voir.
Il psalmodia donc son cantique lui permettant de percer les ténébres déjà illuminé par la clarté qu'il dégageait. Il lui fallut moins d'une minute pour décadenacer la porte et jeter un regard en dehors de la pièce.
Il se trouvait dans un long couloir où plusieurs portes semblables à la sienne se déssinaient sur les murs. Au fond du corridor, silencieux et vide tout objet, une porte en fer, semblant la seule issue possible, barrait la sortie.
Le voleur mit fin à son acuité visuelle puis avec la légéreté d'un chat traversa le couloir. Collant son oreille, il ne perçut aucun bruit suspect mais prudemment, avant d'ouvrir la porte, il empoigna son fourreau.
Rapidement, il l'ouvrit et se retrouva à l'extérieur nez à nez avec un garde, par chance lui tournant le dos.
S'aidant de la surprise, il appuya son fourreau sur la nuque du soldat et pris la parole.
- Ecoute, je n'ai pas envie de te tuer, je veux juste que tu m'accompagne.
L'homme bégaya d'effroi en sentant l'acier froid lui glacer la peau et acquiésca d'un signe de tête.
Edoras observa alors les alentours et remarqua que la cour était déserte hormis deux gardes surveillant l'accés principale, trop loin cependant pour comprendre ce qu'il se passait. A sa droite, un tonneau et des caisses entassées étaient appuyés contre un mur.
Il força alors son otage à avancé dans cette direction essayant de profiter de la moindre ombre pouvant l'aider. Aucun probléme ne se posa et il reprit la parole.
- Maintenant, tu vas retourner à ta garde sans donner l'alerte si tu tiens à ta vie.
Le voleur prit son falchion, heureux et surpris que le garde l'ai conservé avec lui, puis grimpa rapidement sur les caisses. Le milicien traversa alors la cour en hurlant à s'en faire éclater la gorge, laissant l'évadé plonger dans les ténèbres pour y disparaitre.
Tous les contours des habitations d'étaient estompés dans la nuit profonde s'étant abattue sur la ville voilà quelques heures. Même la lueur des étoiles s'était dissipée dans le ciel nuageux livrant chaque rue, chaque passage ou sentier aux coupes-gorges ou autres rôdeurs de la nuit.
Mais cette atmosphère, si étrange et si glauque, procurait une rare plaisir à la forme sombre qui se mouvait comme un fantôme entre chaque ruelle et qui, d'elle, ne faisait résonner que quelques pas feutrés.
La silhouette sombre semblait se diriger rapidement mais sans but vraiment certain comme si elle était à la recherche d'une éventuel victime.
Mais bientôt, elle stoppa net en apercevant une lumière s'échappant d'un bâtiment qui s'étendait jusqu'aux autres demeures. Les reflets s'y échappant représentaient des formes plutôt imparfaites d'ombres de nombreuses personnes semblant tournoyer dans une multitudes de positions inconsidérées.
La silhouette fantômatique s'approcha alors de cet hâlo de lumière en direction de sa source. La lueur conduisit la forme vers une large fenêtre aux vitres recouvertes de lattes de bois créant une architecture acceuillante et chaleureuse du moins pour l'individu s'y étant approché.
Une enseigne placée au-dessus de la porte d'entrée indiquait sans le moindre doute le nom d'une auberge ou d'une taverne.
Le blason métallique avait été forgé et gravé de telle sorte que le nom de l'établissement, le havre rouge, semblait s'étendre hors de son support par les reliefs que son créateur lui avait façonné.
La lumière éclaira maintenant l'être qui avidemment jeta des coups d'oeils curieux par les carreaux de verre nacré.
Du visage, on ne pouvait apercevoir que la peau blanche d'un homme aux cernes creusées par la fatigue et la faim. Ses yeux étaient à peine perceptible tant ils ressemblaient à la nuit l'enveloppant.
Pourtant l'espace d'une seconde, un éclair de rage et de haine traversa les pupilles de ce regard. Comme pris d'une colère incontrôlée et terriblement puissante la forme se précipita vers la porte en l'ouvrant si fort que l'un des gonds s'affaissa laissant échapper une plainte horriblement stridente.
Dans la taverne, où auparavent régnait la bonne humeur collective, l'entrée de cet être provoqua une tempête de remue-ménage entrecoupée de cris et de grognements sourds émanants des nombreux visages déformés par la terreur ou l'étonnement.
L'homme qui venait d'entrer était de bonne taille, recouvert d'une simple tunique et d'un falchion à double tranchant préalablement dégainé d'un fourreau se balançant à un ceinturon d'arme.
Toute la clientèle fut secouée par une telle apparition si innatendue et retint son souffle quand l'individu pointa un doigt accusateur à l'autre bout de la taverne.
Au fond de la salle était assis un petit homme à la musculature trés développée et dorée comme la posséde les gens au Sud du continent. Cet individu, devant être un puissant guerrier, bondit de son siège puis avec un large sourire ouvrit sa grande bouche aux dents légèrement écartées les unes des autres, puis parla.
- Edoras, mon vieil ami, quel bonheur de te revoir sain et sauf ! Viens donc partager mon repas !
Il n'avait pas l'air du tout impressionné par l'arrivée bruyante de son soit-disant ami. Le voleur rugit et sembla vivre un cauchemar lorsqu'il vit tant de calme dans la réaction de Slevias, ce qui lui draina ses dernières envies de vengeance. Il s'approcha alors de son compagnon en rengainant son arme puis s'assis à la table du puissant guerrier sans prononcer un seul mot de joie ou de haine.
L'ambiance s'apaisa alors et la fête reprit peu à peu laissant les deux hommes plongés dans la pénombre du fond de l'auberge.
les deux hommes s'échangeaient leur regard par de bref coup d'oeil, sans affirmer une net intention quand à prononcer le moindre mot.
Pourtant le temps dut impatienter Slevias qui, malgré tout, s'enquit de communiquer avec son compagnon semblant avoir sombré dans d'obscures méditations.
- Pourquoi ne débaille-tu pas un seul mot ? Bon, c'est vrai que je t'ai laissé seul, mais…
Edoras, comme délivré de sa torpeur, transforma son mutisme en véritable flot de reproches.
- Te rends tu compte que j'ai failli être pendu et de plus par ta faute ! Tu n'est qu'un vil traitre et j'aurai déjà du te trancher la gorge !
Un petit filet de salive coulait le long de la bouche du voleur lui prêtant une présence des plus farouches. Mais son acolyte n'en fut pas impressionné car il reprit la conversation avec calme.
- Bon, oublions tout cela ! J'ai fait peut-être une erreur mais ne t'inquiéte pas, j'avais déjà prévu ton…
Le guerrier scruta soudainement les alentours puis reprit la discussion en chuchotant.
- humm ! Je disais que ton évasion faisait partie de mes projets. Tu n'est pas obligé de me croire, mais dans ce monde, il est bon de compter sur des fréres d'armes. De toute façon, à deux sur le même cheval, nous n'aurions eu aucune chance de succés !
Edoras grommela un "oui-oui" inaudible mêlé d'un juron face à l'ironie des propos de Slevias. Mais la voix du petit homme gronda alors à travers le havre-rouge, rugissant qu'on leur serve deux de leurs meilleurs liqueurs.
Les deux complices commentérent alors leurs dernières heures en enveniment plus ou moins les faits.
Slevias avait eu le temps de vendre le cheval à un fermier non loin de la ville. Avec ce maigre pécule, il avait loué une chambre pour la nuit, non loin de cette taverne, et acheté quelques nécessités sans préciser lesquelles.
Au fil des heures, Edoras perdit toutes ses pulsions dictées par sa haine et recommença même à rire à gorge déployée, l'alcool l'y aidant un peu.
L'aube ne devait plus être loin lorsque l'établissement ferma ses portes livrant les deux amis au vent glacial s'infiltrant dans chaque ruelle, encore sombre, de la bourgade.
Leurs pas frappaient lourdement les pavés et les deux hommes divaguèrent dans des éculubrations dénuées de sens, les relents de liqueur n'y étant pas étrangers.
Ils regagnérent donc péniblement la chambre de Slevias et aprés maints efforts pour gravir les marches de l'escalier y accédant, ils s'effondrèrent ivres de leurs récits éxagérés et de l'alcool chassant de sa forte senteur celle du renfermé de leur couche.
Avant de s'endormit les deux amis croisèrent leur regard et partirent dans une série de sons gutturaux, riants en hoquetant d'ébriété.
Le guerrier s'enveloppa alors dans ses couvertures puis comme si quelquechose lui était revenu en mémoire, il cessa net son délire alcoolique.
- Edoras, j'ai oublié de te dire que nous devons voir un certain Isyk qui semble recruter une escorte pour un voyage d'une haute importance. Il faudra nous y rendre avant la mi-journée demain. C'est tout ce que j'ai pu apprendre et, heu, désolé pour la mauvaise blague…
Le voleur répondit d'un signe de tête incapable de parler avec ses lévres boursouflées puis sombra dans un profond sommeil imperturbable, rejoint rapidement d'ailleurs par son compagnon, ses ronflements perçants déjà le silence de cette fin de nuit.
Chapitre 4
Ce n'est pas les rayons du Soleil qui réveillèrent Edoras mais plutôt un petit martélement régulier. Tout d'abord, il crut que c'était les pulsations de son cerveau qui, excédé d'alcool, lui tambourinait comme à l'accoutumée ses pauvres tempes lorsqu'il avait vraiment trop bu.
Non, tout cela n'était pas un rêve et même sa conscience semi-comateuse ne pouvait trahir ses sens, les petits coups sec sur les volets étant maintenant bien trop réels et inquiétants. Mais ce léger temps de réflexion était déjà perturbé par ce mystérieux "frappeur" puis par une voix enrouée.
- Edoras, qui ose frapper de, heu, derrière la fenêtre ?!
L'intéressé fit signe de son approbation par un simple signe de tête déjà préoccupé à dégainer son falchion.
Aussi vite qu'ils le purent, comme si d'un commun accord et avec une parfaite synchronisation leur conférant une entente quasi-télépathique, Slevias bondit de son lit vite rejoint par le voleur. Ce dernier plongea son arme en direction de la lucarne juste au moment où son compagnon ouvrit le panneau retenant fermé celle-ci, la lame transperçant alors l'aile d'un corbeau ! L'attaque avait été fulgurante et le pauvre oiseau en restait muet de stupeur et d'horreur. Pourtant il sembla se contrôler suffisament pour indiquer de son autre aile un petit groupe de citadins !
Edoras fut troublé par l'aile de ce volatile qui semblait avoir quasiment pris l'apparence d'une main, montrant sûrement la scéne urbaine se jouant dans la petite cour pavée, à une portée de lance plus bas. Les doigts qui serraient avec tant de force le pommeau une seconde auparavent, se détendirent oubliant totalement la nécessité de leur fonction tant l'esprit les commandant était subjugué par l'étrange oiseau.
Celui-ci venait de se dégager, de sa "main-ailée", du piège tendu par son prédateur et s'enfuit avec une vélocité bien supérieur à celle d'un aigle qui aurait, lui, possédé normalement de ses deux appendices ailées !
Le bruit sourd provoqué par l'arrivée du falchion sur le sol pierreux sortit le voleur de son choc émotionnel. Il se retourna alors doucement vers son ami venant, lui-aussi, de se délivrer de cette torpeur pleine d'effarements surnaturels. Ils croisèrent un instant leur regard puis se précipitant à la fenêtre, ne purent voir que de simple petits moineaux voletant dans le ciel sans nuages de la ville.
- Nulle trace de ce démon noir ! Mais quel était cette chose si étrange et semblant vaguement rappeler un humain maudit d'une terrible damnation ?
Edoras répondit briévement d'un haussement d'épaule à son ami car il préféra ne rien dire que de s'avancer dans des explications trop douteuses et sans fondements.
- Je n'en sais rien, mais la seul chose dont je sois sûr, c'est que nous devrions plutôt nous intéresser de plus prés à ce petit groupe de personnes bien agitées.
En contre-bas, un homme d'une corpulence bedonnante était monté sur une petite barrique de bois, haranguant de nouveau les badauds.
- Allez braves aventuriers, une forte récompense à celui qui m'accompagnera dans mon périple pour retrouver le de temple des marais au-delà de Nerdg'in. Deux bonnes centaines de piéces d'or et un nom qui restera gravé dans l'histoire des plus grandes découvertes de ce monde réussies par l'homme, le vôtre ! Allez, encore deux héros !
L'homme, un Dalenis, reprit une large bouffée d'air comme si ses poumons allaient imploser tant le débit de ses paroles avait été ressassé maintes et maintes fois.
Mais déjà deux hommes s'avançaient, des solides guerriers, aux épaules larges et à l'expérience évidente, bien décidés à suivre le Dalenisien.
Le recruteur tendit aussitôt un parchemin à l'un d'eux, celui-ci s'avançant alors péniblement, engonssé dans son armure de cuir rigide.
- Non de non, c'est Isyk, l'homme dont je t'ai parlé hier et qui devait nous engager ! Il fait faire quelquechose et…
Slevias s'était dirigé, tout en parlant, vers sa hache de combat se trouvant non loin du lit puis il leva les yeux en direction du voleur. Seul le mur glacé et abîmé, flanqué de l'unique sortie de cette pièce, apparut devant lui le laissant penaud. Une voix qu'il connaissait bien provenant de la fenêtre lui répondit alors à la fois inquiéte et amusée.
- Allez, Slevias, le temps presse, va retrouver ce crieur de rue pour lui dire que nos présences et loyautés lui sont dors et déjà accordées et refait lui annoncer cette récompense dont il parlait !
Sans réfléchir, le guerrier se rua vers la porte qu'il ouvrit brutalement tout en jetant un coup d'oeil à l'autre bout de la chambre.
Prêt de la lucarne, l'allure si féline de son ami était en position d'attaque et de concentration. Sa main agile bandait déjà la corde d'un superbe arc composite malgré le fait qu'il semblait avoir traversé de longues années. Les doigts de l'archer commencèrent à se désserer et la fléche se prépara à toucher ce que lui réservait le regard fixe d'Edoras.
La corde de l'arme de jet claqua séchement à l'instant même où Slevias foula les pavés de ses premiers pas. Le projectile de bois à la pointe d'acier éffilée suivi une trajectoire rapide et descendante pour venir s'échouer sur la cible prévue.
L'un des guerriers qui tenait le contrat tomba au sol instinctivement, guidé par son sixième sens tandis que la feuille de velin qu'il aurait du affranchir se retrouva cloué sur une porte d'une des demeures entourant la petite place.
Un bref laps de temps passa dans un silence absolu qui ne fut pas même perturbé par le vent ou les oiseaux désormais disparus comme pris de la mêm panique que le malheureux bougre gisant à terre.
Cette scéne si troublante fut arrachée de sa folle torpeur par le cri rauque de Slevias approchant à pas court des deux guerrier. Il pointa alors son regard sur l'enrôleur qui lui rendit un signe de tête.
- Vous me reconnaissez ? Je suis Slevias. Nous nous sommes parlés hier à la taverne de l'havre-rouge et vous m'avez fait une promesse !
Tout d'abord déconcerté par la foudroyante attaque qu'il venait de subir, le recruteur détendit ses traits fermés en un sourire jovial.
- Oui, mais oui, suis-je bête ! Excusez-moi, j'ai la mémoire d'un troll maladif ! Ma parole est vôtre, je vous engage, vous et votre ami !
L'homme se retourna alors vers les deux combattants ébahis et déroutés par les événements.
- Quand à vous veuillez pardonner mon erreur mais vous devrez chercher l'aventure dans un autre endroit que celui-ci.
L'un des intéressé se releva alors tandis que l'autre le rejoint tout en détachant l'arbaléte de petite taille maintenue à son dos.
Le sang de Slevias parcouru ses veines avec un bouillonnement de haine et de férocité aveugle et terrifiante. Il balança sa hache de bataille au-dessus de sa tête tout en courant vers l'arbalétrier qui avait presque fini d'encocher son carreau à plumes d'oie. La vélocité du petit homme le surprit, blemissant alors lorsqu'il vit le combattant redoutable et déterminé éloigné désormais que d'un battement de coeur.
La hache siffla lorsqu'elle découpa l'air avide de trancher la tête de sa proie qui, comme parade, n'eut le temps que de brandir son arbaléte en direction de l'arme qui voulait mettre fin à ses jours.
Le rictus de haine de Slevias se transforma en une moue de compléte déconfiture lorsqu'il vit que son attaque n'atteint pas nullement sa victime. Il ressentit alors une vibration douloureuse aux poignets, son arme venant de percuter de plein fouet la targe du second guerrier venant de sauver son ami d'une mort atroce. Sous le choc, Slevias perdit l'équilibre, tombant à la renverse en laissant maladroitement échapper sa hache de bataille.
Un peu dérouté, il n'eut pas le temps de se relevern son adversaire levant son épée déjà prêt à donner le coup fatal. Résigné, il n'esseya même pas de se protéger, plongé dans une dernière prière inutile. Mais l'homme laissa sortir de sa gorge un long râle rempli de souffrance lorsqu'il regarda son bras traversé de part en part d'une longue fléche.
Du sang jaillit sur ses vêtements sans toutefois lui faire perdre conscience bien que son membre soit désormais inutilisable. Lachant désespéremment son bouclier il amorça toutefois une attaque de son bras encore valide.
Tout s'enchaina alors trés vite, Slevias, ayant reprit ses esprits, cercla de ses bras puissants les jambes de blessé pour l'immobiliser. L'arbalétrier miraculé, quand à lui, s'était avancé de quelques métres ajustant son tir sur Edoras, concentré sur la troisième fléche qu'il encochait depuis le début de la bataille. Son ami ayant désarmé son opposant, aveuglé par la poussière soulevé dans sa chute, lui assena un terrible coup sur la tête avec la targe qu'il avait hâtivement récupéré. Mais détournant son regard, il s'aperçut avec horreur que le second ennemi appuyait déjà sur la détente de son arbaléte.
Le carreau déchirant l'air couvrit les mots que n'arriva pas à former la bouche de Slevias, rempli d'un défaitisme absolue. Le projectile percuta Edoras de front qui fut plaqué contre le rebord de la fenêtre. Sa silhouette noire culbuta alors mystérieusement par-dessus le vide puis sombra dans une chute incontrôlée. Pourtant, un instant, le corps de la victime s'illumina d'une rayonnance grisâtre qui disparue au contact du sol.
Tous les témoins regardant la scéne comprirent qu'il s'était passé quelquechose de peu ordinnaire et qu'un certaine mystification régnait sur étrange événement.
L'assassin lacha alors son arbaléte puis rejoignit le corps de sa pécédente cible, dégainant une dague noire gravée de symboles au pommeau blanc. Slevias, trop éloigné, regarda impuissant ce qui allait suivre. L'homme prit son arme à deux mains puis la leva au-dessus de sa tête prêt à l'enfoncer dans sa proie.
- Meurs, sale petit cauchemar pourri de magie souillant…
Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase car il reçut un violent coup de pied au tibia qui lui fit mordre la poussière.
Avec une souplesse surprenante, il se remit sur ses pieds aprés une légére roulade pour comprendre d'où provenait cette attaque. A environ cinq pieds de lui se tenait debout l'homme qu'il avait cru mort ou évanoui.
Les yeux noirs d'Edoras ne reflétérent que le néant et une haine farouche. Un léger filet de sang parcourait son bras droit, désormais inerte comme si la vie de ce membre l'avait quitté.
Le guerrier à la dague, qu'il n'avait d'ailleurs pas laissé tomber de sa main, fut traversé d'horreur lorsqu'il comprit que son adversaire venait de chuter de plus de cinq métres sans la moindre contusions apparentes.
Se contrôlant il aperçu alors que cet être muni d'un falchion, tout juste ramassé, lui bouchait le passage et que celui s'ouvrant derrière était obstrué par un solide guerrier armé d'une énorme hache et d'une targe trop familière à son goût.
Tout le monde se prépara à l'attaque, même les curieux s'agglutinant aux fenêtres des maisons ou autour de la petite cour pavée.
L'homme ne sachant plus comment s'en sortir sembla chercher dans sa mémoire chaque tactique disponible dans ce genre de situation. Du coin de l'oeil il aperçut l'ennemi à la hache se rapprocher doucement ce qui l'inspirant rapidement d'une répartie astucieuse pour s'en sortir.
- Citoyens, n'avez-vous pas vu de vos yeux cet homme, vêtu de noir, venant de tomber d'une hauteur incroyable sans le moindre mal ! Je peux vous affirmer que ce monstre s'est évadé de la prison par sorcellerie en invoquant d'horribles démons qui vous maudirons bientôt !
La foule s'était déjà rassemblée et poussa alors des cris de stupeur et terreur, mais pour les plus braves d'entre-eux cette superstition se mua en une haine farouche. Edoras et son acolyte comprirent que tout tournait trés mal et qu'il fallait agir sans perdre un instant. Slevias regarda alors Isyk qui, avec le reste de la compagnie, commençait à s'éclipser.
- Désolé, nous ne pouvons rien faire, rejoignez-nous à l'orée du bois aprés la sortie de la ville, nous vous attendrons… .
Sa voix se perdit alors dans les cris que poussaient les lâches appelant au bûcher, à la mort ou à d'autres différentes tortures et menaces de plus en plus cruelles.
Par chance, le petit guerrier aperçut un cavalier regardant la scéne de haut, tournant à moitié le dos à son compagnon, qui sembla le remarquer également. Il dut comprendre car il commença à courir jusqu'au cheval tandis que Slevias attira l'attention de son maitre en le pointant de son arme, rugissant de colère.
- Toi, petite peste, tu seras le premier à mourir !
L'autre dévoilà des dents jaunes en guise de réponse puis, amusé, commença à avancer tout en dégainant une cimeterre hors de son fourreau.
Mais à l'insu de tous, une forme noire surgie de nul part se retrouva d'un bond sur la croupe du cheval. Le cavalier n'eut pas même le temps de se retourner, déjà projeté par un violent coupde coude qui le désarçonna. Un craquement d'os et de ligaments broyés arrachèrent un cri de souffrance à l'homme s'écrasant alors sur les pavés.
Slevias pénétra alors trés vite dans l'auberge, seul un homme ayant essayé de s'interposer fut vite assommé d'un rude coup de bouclier. Quand à Edoras, il lança le cheval endirection de son ami qui réapparut rapidement avec deux sac à dos. Il grimpa alors sur un petit muret délimitant l'établissement de la rue et se prépara à sauter sur le cheval.
Le martélement des sabots étaient violents et la foule recula prise de panique. Le nouveau cavalier aperçut alors l'ennemi, qui l'avait plongé dans ces problémes, se préparer à lancer sa dague, cette fois sur le guerrier légérement aveuglé par la poussière soulevée.
En deux battements de coeur, Edoras s'interposa entre son ami et l'assassin qui projeta quand même son poignard.
Le cheval poussa alors un hennissement de souffrance qui fût aussitôt encore plus accentué, recevant sur la croupe un second cavalier. Pris de panique, il s'élança alors au triple de galop forçant le voleur à se tenir à sa crinière et Slevias à son tour, aux épaules de son sauveur.
Emballé comme il l'était, il se dirigea droit sur la sortie de la ville et rattrapa Isyk et sa troupe au moment où ceux-ci franchissaient les portes, tout cela sous le nez des gardes impuissants !
Pour une fois depuis ce long combat, la chance tourna et les deux fugitifs s'échappèrent de cette maudite ville en direction d'une petite forêt où un sente boueux s'enfonçait dans les ténébres du sous-bois.
Aprés une rapide chevauchée à travers la magnifique futaie de mélézes, de bouleaux, d'hêtres et de chênes, le petit groupe stoppa dans les dernières lueurs du Soleil couchant.
Tout le monde mis pied à terre à l'abri des arbres, et bientôt, un feu de camp à la chaleur bienfaisante fut rapidement allumé. Le groupe qui n'avait toujours pas rompu le silence se mit en cercle serré devant Isyk.
Il présenta alors le reste des membres et chacun renseignèrent les autres de leur nom. Ce fut d'abord le tour d'un homme d'âge mûr recouvert d'une longue tunique rouge.
- Je me nomme Salfirh, héritier de la magie Nurine et à l'entier service de Walish, Divinité des Eléments.
Edoras se remémora alors son maitre de sorcellerie qui avait déjà parlé de cette caste comme étant trés puissante mais complexe, l'ayant déjà démontré en soignant son bras et le cheval blessé !
- Bonjour à tous, je suis Varalid du royaume de Ghâs-Kiria, vagabond libre at au service de mes propres désirs !
L'homme ria alors et dévoilà un sourire sympathique. Il était petit et chauve mais malgré son âge mature, il possédait des muscles saillants disproportionnés lui donnant l'apparence d'une boule de force vivante.
Les présentations étant faites, Isyk se leva et s'éclaircit la gorge puis sortit une carte de son ceinturon.
Edoras fut étonné de voir celle-ci qui, une fois déroulée, représenta les territoires du Monde Connu. Il n'en avait seulement vu qu'une dans toute sa jeune vie ! Le Dalenisien prit alors la parole.
- Je vous ai enrolé pour que vous m'aidiez à retrouver un temple oublié voilà bien des siècles. Vous devrez me servir d'escorte et protéger ma vie et cette carte au péril de votre existence. Chacun de vous recevra donc deux cents pièces d'or et tous les biens qu'il trouvera au cours du voyage. En outre, vous serez tous à ma disposition et devrez m'écouter sous peine d'être écarté du groupe. Des questions ?
- Oui ! Pourquoi tant d'argent et où est situé ce maudit temple ?
L'homme bedonnant regarda Edoras puis pointa son doigt sur le rouleau de velin. La position sur la carte indiquait un royaume bien lointain.
- Nous irons à Nerdock, je ne vous cache pas que le voyage sera long et dangereux car nous devrons traverser plusieurs territoires en guerre. Mais si vous voulez refuser, vous pouvez encore le faire !
Tous les membres du groupe acquiéscèrent et plus aucun bruit ne perça le silence presque inquiétant de la forêt désormais plongée dans le néant.
Le sommeil d'Edoras fut agité et ses rêves furent parsemés d'étranges créatures, de mondes inconnus et de femmes, surtout d'une en particulier, le visage caché par de longs cheveux couleur nuit.
Ce fut une douce pluie qui réveilla le voleur le premier. Il contempla le groupe dormant autour de lui et se demanda si le temple dont parlait Isyk existait vraiment. De plus il n'aimait pas être si nombreux car une fois ce type de mission terminée, bien souvent, tout le monde s'entretuait pour quelques pièces de plus.
Tout doucement les autres hommes se levérent et bientôt, tous furent lancés au triple galop à travers la grande plaine qui s'était offerte à eux une fois la forêt traversée.
Le premier grand voyage d'Edoras commençait et pour lui s'ouvrait enfin la vrai liberté convoitée depuis si longtemps.
Ainsi la troupe s'élança à travers monts et vaux sous une pluie fine et rafraichissante. Ils apprirent tous à mieux se connaitre et à profiter des conseils des mésaventures de chacun. Seul Isyl les rappelaient à l'ordre lorsqu'ils s'attardaient un peu, mais le voleur savoura enfin ce qu'il désirait depuis tout jeune.
Ainsi débuta un long périple qui les emmena à travers les plaines désertes de Feyridan constamment parcourues par de puissants vents froid. Puis, ils traversèrent les monts Esgourn où ils connurent une dure cavalcade se battant contre les morsures glaciales des ouragans.
Ensuite ce fut la lente progression du petit désert de sel de Shelimeck qui rongeait les fers des chevaux et les armes de la troupe.
Enfin, ce fut le tumulte des vagues, en bateau, de la Mer Intérieure, nommée également Les Larmes de Vanulus, pour arriver non loin de leur destination mais aussi de leurs premiers périls…
Chapitre 5
Enfin, leur voyage touchait à sa fin et aprés plusieurs décédes à travers des royaumes perdus et déserts, le petit groupe d'homme venait d'accoster dans un port de pêche, premier signe de civilisation depuis leur solitaire périple.
Edoras avait beaucoup appri de la magie Nurine et des talents de guerrier de ses deux autres compagnons, Slevias et Varalid. De plus, Isyk lui avait montré sur le parchemin que l'ile de Nesh'naïr se situait tout à fait à l'Ouest de Monde Connu distante de plusieurs mois de chevauchée !
Le Dalenisien lui avait également indiqué que le temple, but de leur mission, renfermait de fabuleuses connaissances sur la génése même de ce monde. Mais le voleur ne pensait pour sa part qu'au petit village portuaire, ses longues journées sans autre contact que ses compagnons l'ennuyant de plus en plus.
Ainsi, la petite troupe mit le pied sur la terre ferme, foulant ce royaume reculé portant le nom de Nerdock.
Isyk se retourna alors vers son escorte et, aprés son raclement de gorge devenu maintenant familier, s'enquit de donner ses instructions.
- Ecoutez-moi tous. Je vous donne toute liberté jusqu'à demain. Détendez vous et profitez de ce charmant village. Pendant ce temps, je prendrais en compte la situation du pays et j'essaierais de trouver des chevaux. Je veux vous voir demain, à l'aube, à la sortie de ce bourg. Une dernière chose cependant, l'un de vous devra rester avec moi pour assurer ma protection.
Edoras et Slevias tournèrent la tête en faisant mine de ne rien entendre. Quand à Varalid, il s'enquit de parler au voleur qu'il était dommage d'avoir du renoncer à emmener les chevaux, trop lourd pour leur frêle barque.
Salfirh, lui, ne se défila pas et déjà il s'éloignait en compagnie d'Isyk tout en jetant un regard furieux à ses amis.
Les trois hommes flanérent alors dans le petit village jusqu'à la nuit puis se hatérent à la vue d'une taverne, où ils furent pendant prés d'une heure l'événement marquant de la vie quotidienne monotone des villageois.
Edoras regoûta enfin aux joies de la bonne nourriture et de la boisson ainsi que du bruit caractéristique de ce genre de lieux où il aimait tant se confondre pour écouter les mésaventures des voyageurs.
Pourtant bientôt Varalid se leva, s'éclipsant de la taverne sans raison apparente au grand damn de ses amis qui sourirent alors, la même pensée blasphématoire, grivoise et inavouable leur traversant l'esprit.
La veillée s'étira jusqu'à la nuit noire et, éreintés, ils tombèrent dans leur lit douillet et s'endormirent dans une vraie couche à l'abri des vents, des insectes et du froid.
Le voleur se réveilla en sursaut tiré du lit par son ami Slevias.
- Debout ! Les premiers rayons du soleil viennent d'apparaitre. Nous devons nous rendre à la sortie du hammeau.
Le village était plongé dans un silence pesant et, après quelques sentiers, ils arrivèrent à l'Est du bourg, délimité par un chemin s'enfonçant dans un petit canyon, lorsqu'ils furent rejoints par le reste de la troupe.
Isyk sembla satisfait de leur présence et de leur ponctualité malgré un léger retard de Varalid qui semblait n'avoir pas dormi de la nuit.
- Content que nous soyons réuni mes amis. Je peux vous dire que j'ai trouvé des chevaux et qu'ils sont splendides. Mais je dois aussi vous faire part de faits ennuyeux pour le reste de notre voyage. Voilà, nous devons rejoindre un avant-poste frontalier du nom de Suyolor car le pays vient de rentrer en guerre contre les Drugans ! De plus depuis ce poste, nous devrons traverser le camp ennemi jusqu'à la forêt maudite et sans retour d'Ogralor pour enfin atteindre les marais du temple. Ils nous faudra donc être soudés et prudents. A tous, bonne chance.
Un voyage périlleux attendait donc Edoras mais pourtant, il ne put réfreiner un léger sourire à l'encontre des jours de grandes aventures qui allaient se dérouler.
De plus, il était avide de retrouver les Drugans qu'il avait menacer de vengeance et, il était bien décidé à trouver un moyen de le faire.
Mais déjà tout le groupe franchit le canyon à l'aide de magnifiques chevaux gris tachetés de blanc, apportés peu avant par un marchand et éleveur du village.
Pendant la traversée des canyons, Isyk apprit à Edoras que ceux-ci avaient été, selon les légendes, formés par de terribles forces engendrées par un magicien maléfique lors d'un titanesque combat contre une troupe de chevaliers impériaux de la dynastie des Asgotts.
De toute façon, magie ou pas, ces dédales de sentiers creusés à même la roche étaient trés impressionnants et il est vrai, étrangements façonnés. Le voleur apprécia leurs beautés mais en même temps ils lui rappelèrent douloureusement les petits tunnels de la guilde où il avait grandi.
Le groupe de cavaliers venait de franchir la plus grosse partie de ce labyrinthe tortueux lorsqu'Isyk s'adressa à son escorte tout en ralentissant son cheval à une allure plus douce.
- Nous allons bientôt déboucher de cet endroit, et, selon la carte, nous devrions atteindre rapidement Suyolor afin d'y passer la nuit.
Alors que tout le monde fut sur le point de relancer leur monture, Varalid hurla quelquechose tout en rejoignant Isyk à vive allure. Dépassant Edoras, qui fermait maintenant la marche, il désarçonna d'un violent coup de bouclier le pauvre Salfirh qui vint heurter sa tête contre le sol rocailleux en poussant un gémissement.
C'est alors qu'un puissant grondement résonna aux oreilles du voleur qui, levant instinctivement les yeux, vit s'abattre sur ses amis une gigantesque avalanche de rochers et de pierres.
Il n'eut que le temps de cabrer son cheval pour éviter l'une des premières pierres, le forçant à vivement reculer. Il put apercevoir Slevias qui fit la même chose que lui, mais de l'autre côté, et surtout, il entendit le cri terrifiant que Salfirh poussa avant d'être enseveli sous des tonnes de roche.
Ensuite ce fut un vacarme, accentué par la résonnance des canyons, qui déchira les tympans d'Edoras, et quelques secondes plus tard, tout fut recouvert d'un nuage de poussière déposant son nuage gris sur l'horrible scéne qui venait de se jouer.
Edoras toussa et cracha plusieurs fois, étouffé par la poussière qu'il avait inhalé. Ses yeux pleuraient et il était entièrement recouvert d'une peau grisâtre ainsi que son cheval semblant avoir perdu les tâches blanches de sa robe.
Le voleur s'épousta et allait remettre ses idées au claires quand soudain le cou de son cheval fut transpercé de part en part d'une fléche meurtrière
Il n'eut le temps que de sauter à terre, évitant de peu d'être écrasé par sa monture d'où s'écoulait une atroce gerbe de sang.
Instinctivement, il fit une roulade de côté pour se cacher derrière un rocher. Arrivé à couvert, il nota la présence d'une seconde fléche qui vint se briser prés de sa cachette.
Par chance son arc était intact et il encocha une longue fléche noire qu'il réservait pour les longues portées. Il entendit alors le sifflement d'un troisième trait qui se cassa, lui aussi, à un pas du rocher.
Identifiant rapidement sa trajectoire, il tenta sa chance, bondissant de l'autre côté de sa cache et sans prendre le temps de viser, il lâcha la corde de l'arme de jet.
- Cherche et tue, fais le pour Salfirh !
Sa vengeance fut exaucé à la seconde où il terminait son souhait lorsqu'il vit une forme humaine s'écraser au sol dans un terrible craquement d'os.
Il s'approcha alors férocement de sa victime et cracha sur la chose désarticulée de ce qui avait été encore quelques secondes avant un redoutable archer. Regardant son cheval, il tira, hors de son fourreau, son falchion, puis mit fin aux souffrances de celui qui l'avait sauvé de l'avalanche en reculant, sans d'ailleurs ne retenir quelques sanglots.
Il rencocha une fléche puis inspecta du regard le haut des falaises mais rien ne semblait encore vivre là-haut.
- Slevias, Isyk, sont-ils morts eux-aussi ? C'est toi, Varalid, traitre, je te percerai le coeur de mon arme !
Edoras stoppa sa colère et lâchant son arc à terre, se rua sur l'amas de rochers plein d'espoir, lorsqu'il entendit un hennissement sauvage derrière lui !
Se retournant, il aperçu trois cavaliers recouverts de cottes de mailles qui se ruaient sur lui, l'un brandissant une hache, un autre une épée et enfin le dernier, devançant les autres, armé d'une longue lance.
Le voleur planta alors son falchion dans une fissure du sol puis se jeta sur l'arc qu'il avait auparavent abandonné. Rencochant convenablement sa fléche, il visa au jugé dans le premier cavalier arrivant maintenant à sa hauteur.
Le trait transperça l'air et arrêta sa course dans la patte avant du cheval qui percuta instantanément le sol. Son maitre fut projeté sur un des rochers jonchant le sentier lui fracassant son casque en deux, le laissant inerte.
Le second attaquant stoppa sa monture évitant de peu de subir le même sort.
Hurlant, l'homme à la hache tendit son bras en direction d'Edoras qui lui montrait son dos, courant vers l'avalanche de pierres. Le cavalier souria en voyant la panique de sa victime désarmée, ce fut sa dernière émotion !
Alors que la hache allait s'abattre, le voleur stoppa net sa course, fit volte-face sur le flanc du guerrier tout en levant sa lame à la hauteur du ventre de celui-ci. L'homme hurla et vint s'effondrer sur le sol, agonisant de douleur et bientôt il se tut, emporté par la mort.
Faisant face à son dernier ennemi, Edoras cria en brandissant son arme. Curieusement l'homme prit peur, effrayé par l'habileté de son adversaire et peut-être aussi de sa peau recouverte de sang, car il élança son cheval du mieux qu'il le put tout en prenant la fuite.
C'était terminé, du moins pour le moment, et le voleur poussa un soupir, satisfait d'être encore vivant. Il s'approcha alors vers les restes de son premier combat et aperçu l'homme qu'il avait désarçonné reprendre ses esprits. Son cheval s'était brisé le cou lors de sa chute et désormais bloquait les jambes de son ancien cavalier.
- Parle chien ! Pourquoi nous avoir attaqué ? Edoras menaça l'homme de son falchion encore rouge de sang.
- Nous devions créer une diversion et tuer le plus possible d'entre-vous. C'est un homme chauve et trés musclé qui nous a engagé, mais par pitié ne me tue pas, j'ai les jambes écrasées, ce ne serait pas loyal !
Le voleur ne répondit pas à cet ironie et se demanda pourquoi Varalid voulait la mort du groupe. Il jura de venger l'assassinat et la traitrise qu'ils avaient subi, lui et ses compagnons.
- Hum oui, je crois que tu as raison, ce ne serait pas loyal de te tuer maintenant, je te laisse donc la vie.
S'éloignant de l'homme, il reprit son arc et ratrappa le cheval, resté prés du guerrier à la hache, et qui ne manifesta aucune réticense à prendre un nouveau cavalier. Il se remémora alors un passage qu'il avait vu non loin d'ici semblant longer la même direction que celui-ci.
Passant prés du corps de sa victime tout juste épargnée, il stoppa sa monture et lui engagea un sourire.
- Ah, j'ai oublié de te dire que des loups rôdent souvent par ici et que l'odeur du sang les attirent de très loin, alors fais attention…
Edoras lança brusquement son cheval au triple galop en laissant derrière lui un flot d'injures et de rage bientôt recouvert par la poussière et le bruit des sabots de sa folle cavalcade.
Il retouva alors très vite le chemin qu'il cherchait puis l'empruntant, il déboucha sur le sentier devant le conduire vers ses amis.
Au bout de quelques centaines de métres, il aperçu bien l'éboulement de roches. Mais aprés quelques regards, à sa grande tristesse, il ne remarqua que des pierres et nul présence humaine. Il se mit alors à genoux puis adressa une prière au Dieu Walish pour qu'Il veille sur Salfirh, Son serviteur.
Baissant ainsi les yeux pour se recueillir, il remarqua les traces d'empreintes encore fraiches de plusieurs chevaux. Il poussa un cri de victoire puis s'enquit de reprendre sa chevauchée en direction de ses compagnons. Il devait les retrouver au plus vite pour les prévenir de la traitrise de Varalid à moins qu'ils n'en aient été déjà les victimes.
Le Soleil commençait à descendre lentement derrière l'horizon et revouvrait peu à peu le ciel bleu par un dégradé de couleur sang, quand un cavalier déboucha de grandes murailles de pierres. S'avançant dans la plaine qui s'étendait à perte de vue, il stoppa sa monture, semblant scruter quelquechose bien au-delà de ce plateau, loin au Nord-Est.
Edoras, car c'était lui, poussa un soupir de soulagement en apercevant ce qu'il cherchait depuis des heures, mais ne put réprimer un sentiment de culpabilité.
Il s'était égaré parmi les chemins exigûs perforants les canyons et n'avait malheureusement pas retrouvé ses amis. Pourtant, malgré sa peine, il ne perdit pas espoir car à plusieurs miles d'ici se trouvait, enfin, sa prochaine destination, Suyolor.
Les contours d'une petite cité se dessinaient sur le Soleil couchant et semblaient être sous l'assaut de quelques enfers, tant elle baignait dans un rouge flamboyant et immaculé. Vu d'ici, Edoras n'arrivait pas à s'en faire une idée précise, mais il savait que si ses amis étaient vivants, ils devaient s'y trouver, du moins, il l'espérait.
Il se lança au triple galop malgré les signes de fatigue de son cheval qui commençait à souffir de la rigidité du sol rocailleux qu'il parcourait depuis le début de la journée.
Le voleur filait parmi les herbes hautes depuis peu quand il comprit qu'il ne pourrait pas lutter contre la nuit qui s'étendait. Il lui restait la moitié du chemin à parcourir et le néant était propice aux attaques de quelques mercenaires assoiffés de sang devant arriver de partout, les temps étants à la guerre.
Un hennissement de douleur le tira hors de ses pensées. Son cheval gémit puis stoppant sa course, se mit à boiter d'une de ses pattes arrières.
Son cavalier sauta promptement au sol et découvrit qu'un des fers s'était déboité et qu'il entaillait le sabot du cheval l'empêchant d'avancer. Il se remit tout de même en marche et jura contre les dieux, du moins, s'ils existaient.
Par chance aprés quelques minutes, il remarqua dans les dernières lueurs de lumière un chariot, attelé de deux énormes boeufs, se dirigeant vers une petite ferme située au beau milieu de ces plaines inhospitalières.
Edoras caressa son cheval, souria et s'enquit de s'approcher prudemment de ce petit hâvre de chaleur au milieu de ce désert vert parcouru par un vent devenant glacial.
- Nous ne mourrons, ni par les loups, ni par les mercenaires, mon ami, et tu pourras profiter enfin du repos dont tu as besoin et que tu mérites.
Il arriva devant une vieille maure en piteux état, d'où s'élevait des voix fortes d'hommes, ennivrés par quelques alcools infectes, à en entendre le urs chants et leurs cris païens. Une petite grange constituait le deuxième bâtiment de cet ancien domaine entouré d'une fragile palissade de bois défoncé et pourri.
Suivi de son cheval, il se faufila entre celle-ci puis atteignit la grange protégée par un verrou qui céda facilement sous le crochetage d'un expert.
Quelques bovins étaient attachés à l'intérieur ainsi qu'un âne maigre et maladif. Aucun d'eux ne prêtérent attention aux nouveaux arrivants, broutants leur ration d'avoine et de foin. Le voleur pansa sa monture puis grimpa à un petit grnier tapissé de paille où il s'installa et s'endormit, exténué par l'éprouvante journée qu'il venait de subir.
La fille aux cheveux noirs allait se retourner vers Edoras quand elle fut happée par des mains démoniaques qui la défigurèrent cachant à tout jamais son visage. Une brûme obscure et malsaine recouvrit la scéne et un autre visage semblant familier apparut devant le seul spectateur de cette dramaturgie et des mots surgirent tout autour de lui en hurlant des mots qui lui déchirèrent les tympans.
- Sois prudent car tu as beaucoup d'ennemis, et surtout préserve ceci au péril de ta vie et accomplit la tâche pour laquelle tu as été engagé.
La femme tenait un prisme de cristal entre ses mains par lequel s'échappait une lumière souce qui contrastait avec les ombres maléfiques s'étendant tout autour.
Tout s'arrêta alors brusquement et Edoras se réveilla en sueur. Il poussa alors un cri de stupeur voyant son prisme de cristal s'éteindre entre ses mains… !
Chapitre 6
- Sans une nouvelle carte, nous ne pourrons jamais atteindre le temple, de plus, j'ai appris que les Drugans vont bientôt envahir cette région et qu'ils nous faut donc partir au plus vite malgré ta jambe blessée
Isyk grommela en se remémorant la traitrise de Varalid qui avait failli coûter une jambe à Slevias. Il lui avait pourtant arraché son sac contenant la carte si précieuse pour traverser ces territoires ennemis.
- Je vengerai Salfirh et surtout mon ami Edoras ! Ils sont morts sans même pouvoir combattre, quel chien immonde !
Le guerrier but d'un trait sa troisième hydromel et grimaça de douleur, lorsqu'il se leva, s'appuyant sur jambe, pour commander une autre chope.
Ils étaient assis vers l'âtre d'une cheminée agréable qui laissait échapper des fumées aux senteurs appétissantes provenants d'un chaudron posé sur les braises incandescentes. La taverne était plongée dans une semi-obscurité les dissimulants du reste de la pièce où quelques soldats et mercenaires se préparaient à l'assaut final qui ne tarderait pas à venir.
C'était le seul débit de boisson de Suyolor, les autres ayant été délaissé par leur propriétaire trop peureux face à l'avenir. Le Soleil était à son plein zénith lorsque la porte s'ouvrit laissant s'engouffrer une vingtaine de combattants recouverts de poussière et de sang.
Pourtant leur visage était souriant et bientôt la taverne croûla sous leurs chants vulgaires et bestials. Tout prêtait à dire qu'ils avaient remporté l'une des batailles et ainsi repoussés l'envahisseur pour quelques jours.
Soudain, l'un des mercenaires lâcha son verre qui se brisa en éclats, puis dégaina son épée en poussant un juron à l'encontre d'un homme étrangement recouvert d'une fine cotte de mailles noirs et d'un casque d'où dépassait seulement une natte rouge descendant jusqu'au milieu de son dos.
L'homme lui aussi sortit de son fourreau une arme à la lame effilée et prit une garde inhabituelle en plaçant sa main gauche derrière lui.
Slevias posa sa chope et mit la main sur son épée large au cas où tout tournerait mal. L'individu à la tresse rouge lui tournait le dos et il aperçut qu'il venait de sortir de son ceinturon d'arme, une dague à double tranchant munie d'un pommeau façonné dans un os orné de runes.
Il n'aimait pas cette façon de se battre mais d'une part ce n'était pas lui l'adversaire et d'autre part sa jambe ne lui permettait pas une seule intervention dans ce type de combat mortel.
Les quelques personnes qui se trouvaient entre les deux combattants s'écartèrent rapidement lorsque les hommes s'évancérent prêt à donner la mort. Le porteur de l'épée fut le plus rapide délivrant un puissant coup au niveau de la tête de sa victime qui n'eut que le temps de se baisser, surpris par cette attaque. Le coup continua sa course, brisant en deux une torche installée au mur. Il taillada la paroi de quelques centimétres provoquant une gerbe d'étincelles au contact des dorures métalliques.
Reprenant ses esprits, le combattant qui venait d'esquiver, porta lui-aussi un violent coup au flanc de son ennemi qui parvint de justesse à ramener son épée, paradant le coup mortel. C'est alors que la position d'attaque de l'homme à la natte se révéla fatale. Bloquant son arme sur celle de son adversaire, il les souleva toutes les deux puis d'un coup précis ramena son bras gauche, enfonçant rageusement la lame de sa dague dans le coeur de son rival qui s'écroula au sol dans un dernier râle d'agonie.
Rengainant ses armes, le vainqueur arracha la bourse du ceinturon du cadavre puis commanda une liqueur pour tout le monde. Tous les individus présents étant demeurés silencieux, sourirent à ces mots et bientôt une ambiance joyeuse recouvrit les dernières traces du cruel combat s'étant déroulé. Le tavernier se débarassa vite du corps sans vie qui maculait son plancher de sang, souriant lui-aussi, à la vue de l'argent offert par l'étrange tueur pour lui faire oublier cette histoire.
L'homme enleva alors son casque puis se retourna, cherchant une table à même de l'accueillir, lui et sa liqueur.
- Edoras ! Isyk, c'est Edoras, il est vivant ! Il est vivant !
A son nom, le voleur posa son regard face à son ami Slevias qui criait de joie. Il ne pouvait y croire. Il venait de retrouver ses amis qu'il croyait à jamais perdu !
Il s'approcha du guerrier qu'il serra vigoureusement dans ses bras puis souria à Isyk en lui secouant chaleureusement la main.
- Content de vous voir encore en vie, dire que vous étiez dans cette taverne et que sans cet idiot qui voulait ma mort, on ne se serait peut-être jamais retrouvé !
Il dévoila alors un sourire radieux, puis s'assit à la table de ses compagnons en avalant une longue rasade de liqueur. Les trois homme échangèrent alors leurs mésaventures aprés l'attaque les ayant séparés.
Isyk et Slevias lui narrèrent que le traitre avait arraché le sac du cheval d'Isyk contenant la carte et qu'il avait projeté celui-ci à terre en prenant la fuite. Le guerrier avait tenté de s'interposer mais Varalid fut plus rapide et lui taillada méchamment la jambe, le désarçonnant également. Ils prirent alors avec un certain retard qu'ils ne purent jamais combler, retard due aux premiers soins engendrés par cette blessure, la poursuite du fourbe. C'est comme ça qu'ils arrivérent à Suyolor où ils durent vendre l'un des chevaux pour se procurer des herbes guérisseuses et cicatrisantes.
Quand à lui, Edoras leur conta le rude combat qu'il avait livré avec succés laissant échapper l'un des hommes, celui qui le reconnut juste avant leur retrouvaille. Aprés sa nuit passée dans la grange, il était rentré dans la ville en se dissimulant dans le foin qu'apportait le fermier. Un garde s'approchant de la cargaison pour la vérifier fut vite assommé du plat de son arme et c'est ainsi qu'il récupéra cette magnifique cotte de mailles aux anneaux noires la renforçant.
- Varalid a eu raison de Salfirh et de son cheval. Il paiera pour notre ami, j'en ai fait la promesse.
Le voleur contrôla sa colère pour observer une prière de recueillement avec ses amis qui poussèrent des soupirs de tristesse.
Isyk brisa alors le silence en prenant une moue grave et en pesant ses mots.
- Ecoute Edoras, nous avons perdu notre itinéraire et sans lui nous ne retrouverons jamais le temple dans ces maudites régions. J'avais scrupuleusement détaillé le voyage sur celle-ci et maintenant il faudra compter avec un autre concurrent en course, Varalid. Ils nous faut absolument en retrouver une autre n'importe où et à n'importe quel prix mais vite, chaque heure perdue est fatale.
Le voleur réfléchit puis jura à l'encontre de ce qu'il venait d'entendre.
- Je suis d'accord avec toi mais les cartes sont rares et seuls les rois, les empereurs ou les magiciens en possédent de si vastes ! De plus, comment sais-tu que ce que contient le temple ne soit plus que poussière ?
Isyk lui fit alors part des légendes et des parchemins antiques qu'il avait amassé au bout d'une vie entière de recherches et de voyages.
- Des mots et des vieilles histoires déformées ! Je ne sais pas si Salfirh ne valait pas mieux que ces maléfiques parchemins rongés par les vers qui ont croisé ton chemin !
Soudain, ils furent interrompus dans leur conversation par un petit homme épuisé qui rentra avec grand fracas dans la pièce. Il semblait revenir de l'autre bout du monde et son épaisse barbe était recouverte de boue.
- Je suis le héraut de notre armée, je viens vous avertir que nos ennemis ont été repéré à une seule journée d'ici et qu'ils sont des dizaines et des dizaines de légions massacrant hommes, femmes et enfants dans toute la région. Apparemment ils disposent de renseignements détaillés car aucun village n'a été épargné ou oublié. De plus, ils se dirigent dans la direction de Suyolor et on dit qu'ils sont commandés par un sorcier maléfique du nom de Larzeck, maitre de la magie noire de Kalimorie. La dernière prise de sa sombre armée et, heu, la, la citadelle de Suy'onamir où dit-on il séjournerait !
Tout le monde valide devra se présenter demain à l'aube devant les remparts pour être enrolé dans nos dernières résistances !
L'homme repartit subitement laissant plâner une ambiance morose et fataliste sur le visage des gens, résignés à mourir sous le joug de ce puissant nécromant capable d'avoir anéanti le plus grand bastion du royaume.
- Edoras, Slevias, je crois que nous tenons notre carte ! Enfin, je crois.
Les deux hommes regardèrent, étonnés, Isyk qui semblait délirer.
- Ne me dévisagez pas comme ça, je sais où en trouver une. A Suy'onamir !
Le voleur éructa un juron étouffé, anéanti par les propos de son ami.
- Suy'onamir ! Tu n'y penses pas sérieusement, tu veux peut-être qu'on trouve ta carte à l'intérieur de la nouvelle citadelle ennemie et qui, en plus, cache dans ses entrailles un terrible sorcier Kalimorien ! Tu crois que tes connaissances et la jambe blessée de Slevias vont en venir à bout ! Tu as du trop boire ou devenir fou lors de ta chute dans les canyons !
le Dalenisien s'esclaffa bruyamment et reprit la parole.
- Mais qui t'as dit que Slevias et moi ferions partis du voyage ? Tu iras seul, oui seul, car tu est un trés bon voleur et un puissant combattant. Qui plus est, tu le feras pour nous, pour que notre voyage soit accompli comme le désirait Salfirh. Tu partiras dés demain pour donner une chance de vivre à ce peuple et pour te venger de l'affront que les Drugans t'on fait subir et, si tu réussi, ton nom deviendra une légende. Tu ne peux pas refuser tout cela, tu est à tous notre dernière chance, crois-moi !
Edoras demeura la bouche ouverte comme paralysé par les propos déments qu'avait débité Isyk. Un flot de pensées traversa l'esprit tourmenté du voleur qui sembla devenir fou lui-même en se voyant acquiescer d'un léger mouvement de tête.
Slevias se mit alors à rire et adressa une forte bourrade amicale à son ami tout en commandant de nouveau à boire.
La fin de la journée se passa donc à préparer le parcours jusqu'à la citadelle ennemie à l'aide des érudits de Suyolor qui dressèrent un plan grossier du tracé à suivre pour atteindre Suy'onamir rapidement. La rumeur de la folle mission d'Edoras s'étendit trés vite et la taverne fut remplie de curieux qui acclamaient déjà le pauvre voleur ne pouvant désormais plus faire marche arrière. Il était piégé et poussé à se jeter dans la gueule du loup !
Les guerriers de la ville lui offrirent leur meilleur destrier, un cheval gris, vif et puissant, ainsi qu'un bouclier en fer et en platine d'une valeur et d'une rareté exceptionnel.
Un curieux personnage lui offrit une bourse en cuir contenant du sable qu'il dit magique et trés efficace.
Enfin, il eut plus d'équipements, d'armes et de présents qu'il n'avait jamais volé durant toute son existence à la guilde !
La soirée s'avança jusqu'au milieu de la nuit et la taverne, malgrè la terrible menace qui planait sur la ville, fut remplie de rires, de chants, de musiques et de vins, comme ils n'en y avaient pas eu depuis bien longtemps à Suyolor !
Il était encore tôt quand Edoras fut secoué par Isyk. Engourdi par l'alcool de la veille, l'aide de Slevias devint nécessaire, celui-ci lui déversant un seau rempli d'eau glacée pour qu'il reprenne ses esprits.
Les trois compagnons avalèrent une abondante collation et pendant que le guerrier s'occupait de l'équipement et du palefroi de son ami, Isyk rappela le plan qu'ils avaient tous convenu.
- N'oublie pas le chemin ! Aprés les murailles, tu devras longer la montagne pendant une demi-journée pour atteindre une petite forêt de sapins. Tu devras alors trouver la riviére du Siriu'yam reconnaissable par ses eaux aux reflets rouges. Il ne te restera plus qu'à la suivre à travers les bois pour rejoindre la citadelle. Une fois là-bas, tu attendra la nuit, laissera ton cheval et te préparera. Et surtout, n'oublie pas que le passage communiquant des douves aux égouts se trouve sous la cinquième meurtrière à gauche du pont-levis. Aprés c'est à toi de te débrouiller mais reste prudent. Voilà c'est tout, reviens vite, que tous les Dieux soient de ton côté !
Le Dalenisien adressa une sourire anxieux à Edoras qui s'était logé sur l'équidé gris, arnaché de sacoches gonflées par les présents des villageois.
- Prends bien garde à toi ! De toute façon, tu me dois une vie depuis que je t'ai sauvé des Drugans et de la guilde, alors ne te défile pas !
Les trois compères échangérent des sourires amusés lorsque le voleur se remémora quelquechose.
- Ah, Isyk, essaie de savoir qui est Sylfine. A bientôt. Yahh !!
Le guerrier eut un pincement au coeur en regardant son ami partir au galop en franchissant les remparts et s'évanouir déjà dans le Soleil éblouissant, contrastant curieusement avec le visage pâle d'Isyk, contrarié par les derniers mots du cavalier…
Le Soleil était haut dans le ciel, dominant les plus hautes montagnes qu'il inondait d'une forte lumière, traversée par quelques nuages égarés.
Du haut de ces rochers gigantesques coulait une cascade d'eau terminant, dans de bruyants remous, sa folle course dans un petit étang enclavé dans une futaie de coniféres.
Edoras reconnu aisément le Siriu'yam à ses teintes rougeâtres. Il avait longé les remparts de pierres toute la matinée et ce fut la première halte de son destrier, assoiffé par cette longue cavalcade.
Il borda ensuite le plan d'eau, traversant la forêt de sapins bleus tapissée d'une épaisse couche de mousse étouffant le bruit des sabots du cheval gris.
Quelques miles plus loin, guidé par le cours d'eau qu'il avait retrouvé à l'embouchure du lac, il remarqua les traces d'un sentier.
Au détour d'un arbre rongé par de féroces termites, il tomba nez-à-nez face à une falaise semblant déboucher de nul part où seul un large et surprenant tunnel en perçait les entrailles !
La citadelle devait se trouver au bout de celui-ci comme le pensa Edoras, qui jugea préférable de ne pas pénétrer à l'intérieur évitant ainsi de se faire stupidement repérer.
Il scruta la paroi qui s'offrait à ses côtés et appréçia en connaisseur la difficulté de son escalade. Il s'enquit de dénicher un bon abri pour son cheval qu'il ne tarda pas à trouver parmi les antres nombreuses de la falaise. Aprés avoir englouti une ration de viande séchée, il prit l'équipement dont il avait besoin, délaissant le bouclier pour s'armer d'une arbaléte lourde à manivelles à laquelle il échangea un sourire.
Il commença alors, sans tarder, son ascension pour ne pas être surpris bêtement par les ombres du crépuscule. La paroi était parsemée de fissures rendant la tâche plus aisée malgré l'encombrement de son attirail.
La falaise sembla alors s'embraser lorsque le Soleil disparut progressivement derrière les montagnes laissant filtrer un fantastique hâlo rougeâtre.
Edoras se hissa en haut de la paroi, a bout de souffle, mais heureux d'avoir échappé à la nuit qui maintenant recouvrait lentement déjà la lumière. Assis, il se massa les jambes et les épaules tout en découvrant ce nouveau site.
Un large plateau s'étendait sur deux ou tois portées de fléches pour son envergure, formant une sorte de croissant de lune, protégeant ainsi ce qui, en son sein, s'y dissimuler peut-être.
Des arbres constituaient une sorte de barricade naturelle vers le côté opposé du plateau masquant la curiosité du voleur s'empressant de les franchir.
Il avançait prudemment conscient du précipice qui pouvait le surprendre, lorsqu'il écarta deux gros buissons d'épineux lui coupant la vue. Il eut alors le souffle coupé pendant un instant face à ce qu'il croyait un mirage. Il venait de déboucher devant une gigantesque muraille dépassant le plateau d'une dizaine de métres où quelques silhouettes, estompéees par la nuit, montaient la garde le long de larges remparts. Les parois étaient lisses, continuellement recouverte d'eau crachée de la gueule de monstrueuses gargouilles noires au visage grimaçant. Toute la structure était entouré de douves uniquement franchissables par un formidable pont-levis fait de métal, retenu par de lourdes chaines aux maillons disproportionnés.
C'était la citadelle de Suy'onamir, le voleur ne pouvait croire à cette fantastique architecture apparemment indestructible et imprenable.
Pourtant ce Larzeck et sa sombre armée venaient eux de la conquérir. Une puissance démoniaque devait les accompagner mais il fallait pourtant qu'il continue sa mission utopique et suicidaire.
Seul les pâles rayons de Lune éclairaient maintenant la falaise où se tenait Edoras, grimaçant alors qu'il allait descendre la paroi. Le seul endroit où il avait une chance de succés, était occupé par une dizaine de guerriers surveillant la sortie du tunnel qu'il avait judicieusement évité quelque temps auparavent.
Réfléchissant à diverses alternatives, il échappa maladroitement l'arbaléte de son épaule qui lui écorcha légérement la hanche. Il réprima un gémissement de douleur qu'il transforma bientôt en bénédiction.
Souriant, il prit à deux mains l'arme de jet et se dirigea discrétement en face d'une des meurtrières.
Il s'arrêta au pied d'un grand châtaigner surplombant le vide de ses longues branches noueuses. Il avait repéré la cinquième rayère de la barbacane à gauche du pont-levis où devait se situer le passage communiquant aux égouts de la cité-forteresse.
Il plaça alors une corde en ronds concentriques puis retira de son sac en cuir une sorte de dague faite de métal mais recouverte apparemment de plusieurs petites lames d'acier. Il fixa le bout de la corde à trois boucles de fer renforcées qui étaient serties sur l'étrange pommeau.
Il déclencha alors un mécanisme qui, dans un claquement sec, révéla la véritable fonction de cet objet. Les fines lames s'étaient déployées, autour d'une petite barre métallique, se transformant ainsi en grappin !
Souriant, il se souvint qu'il avait récupéré cet invention insolite en la substituant à l'un des hôtes de la taverne de Suyolor pendant son ivresse.
Il tendit la corde de son arbaléte lourde à l'aide des manivelles, ce qui lui demanda un long moment d'effort et de fatigue. Mais il n'avait plus le temps de se plaindre et il encocha sans tarder le grappin séparant le pommeau de celui-ci avec son falchion pour y parvenir.
Prenant appui sur une grosse branche se séparant en deux, il visa soigneusement la meurtrière au-dessus du passage qu'il devait rejoindre.
Se concentrant, il psalmodia l'un des sortiléges qu'il avait acqui par le mentaliste de la guilde. La pupille de ses yeux se dilata et vira au jaune vif lui laissant mieux percevoir sa ligne de visée maintenant qu'il la suivait du regard presque comme en plein jour.
Retenant sa respiration pour ne pas trembler, il appuya sur la détente de son arme, délivrant un sifflement aigü alors que le projectile fendit les airs en survolant le précipice.
Lâchant son arbaléte, le voleur se jeta sur la corde qui se déroulait à une vitesse folle, puis poussa un petit cri de joie lorsqu'il vit passer le grappin à travers la meurtrière, il avait réussi !
Tirant vigoureusement la corde vers lui, il s'assura que l'ingénieux mécanisme s'était correctement déployé, et au vue de celle-ci maintenant tendue, comprit qu'il s'était soildement fixé.
Passant les quelques métres restants de l'épais filin autour du tronc et des branches de l'arbre, il vérifia une dernière fois sa stabilité et tendit l'oreille, inquiet que le bruit de son grappin n'ait attiré l'une des sentinelles devenues désormais invisibles parmi les ténébres.
S'autorisant un moment de répit, Edoras s'adossa contre le châtaigner puis sentit sa volonté s'effriter sous un pessimisme qu'il ne pouvait plus contenir.
Tout ceci n'était qu'une mauvaise blague, il n'avait pas la moindre chance. Cet Isyk de malheur l'avait convaincu dans le seul dessein de poursuivre sa maudite quête. Et devenir un héros n'était qu'une hérésie et surtout une débilité s'il fallait en outre gagner ce rang à titre posthume !
- Ah, conscience, pourquoi ne peux-tu disparaitre de mon esprit !
Murmurant son dépit, il réprima soudain sa lâcheté repensant à Salfirh, la guilde, les Drugans, le prisme, Sylfine et milles autres visages trop accusateurs pour qu'il abandonne.
- Idiot, ta vanité et ton orgueil te ménerons à la mort.
Voleur il était certes, guerrier et sorcier en devenir, soit, mais surtout il faisait partie de la caste trés fermé de ce difficile ordre qu'était celui de l'Ombre Blanche. Et ses disciples ne refusaient jamais la difficulté de violer le plus secret et dangereux des pièges pour honorer le leg puissant qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres et maitres.
- Soyez maudits ! C'est sur ce dernier juron qu'Edoras disparut dans le néant, ombre noire dans les ténébres.
Chapitre 7
Aucun des gardes ne remarqua la forme noire qui traversait les airs le long d'un mince filin. Les gros nuages qui s'étaient amoncelés, cachant la luminiosité de la Lune, devaient y être aussi pour quelquechose car plus rien n'était visible à plus de deux pas.
Edoras toucha alors de ses pieds la muraille de la citadelle, exténué par la peur que la corde ne céde lors de son périlleux parcours. Mais il s'en était bien sortie, heureux d'avoir pu s'infiltrer jusqu'aux douves de cette manière qui rendrait bouche-bée bien des voleurs et acrobates.
Des gouttes de pluie le ramenèrent à la réalité et il glissa alors tout doucement dans les eaux noires et froides du fossé. Pour une seconde fois, ses yeux redevinrent jaunes puis il disparut totelement en s'enfonçant brusquement. Isyk n'avait pas tort, un orifice de la taille d'un homme perçait le pied de l'édifice rejetant des ordures de toute sorte.
La silhouette de l'intrus pénétra par ce trou, ressentant immédiatement une forte angoisse ne sachant pas combien de temps il pourrait retenir sa respiration. De plus, il s'épuisait énormément nageant à contre-courant malgré la faiblesse relative de celui-ci.
Ses forces l'abandonnant, Edoras crut que ses poumons allaient exploser car il venait déjà d'effectuer une trentaine de brassées, lorsqu'il creva la surface des eaux remplissant joyeusement sa poitrine d'un air pourtant nauséabond. Le flot putride lui arrivait à la taille et le souterrain étroit dans lequel il se trouvait, continuait droit devant.
Au bout de celui-ci, une petite grille le séparait d'une sorte de gouffre où pendait un seau retenu par une corde. Une lumière tamisée éclairait des barreaux fixés sur la paroi remontant vers une éventuelle sortie.
Deux montants du soupirail cédèrent facilement sous la force du voleur qui n'eut à exercer une faible pression sur les jointures rouillées.
Il tendit alors le bras vers l'échelle métallique puis silencieusement ramena son corps le long du gouffre se révélant n'être qu'un puits.
Levant la tête, il fut ébloui par la forte lumière blanche inondant l'entrée de l'excavation.
Il délaissa alors les rats qui commençaient à s'agglutiner vers le soupirail et grimpa prudemment stoppant son ascension contre le rebord muni d'une seule traverse de bois. Alors qu'il allait l'enjamber, il fut surprit par une voix au-dessus de lui.
- Goran, va nous chercher à boire, cette chaleur m'étouffe et m'asséche le gosier !
Edoras se blottit vivement contre la paroi se dissimulant à l'abri de l'ombre procurée par le rebord voûté.
Le grincement d'une poulie résonna à travers le puits alors que le seau descendait doucement dans l'obscurité. Le clapotis de l'eau retentit lorsqu'il en creva la surface, emprisonnant celle-ci en quelques secondes.
Le voleur, mécontent de cette situation, réfléchit à ce qu'il pourrait faire lorsqu'il remarqua la petite bourse de cuir pendant à son ceinturon. Sans perdre un instant, il la décrocha puis desserra le lacet à l'aide de ses dents, son autre bras étant inutilisable pour le moment.
Aloes que le seau passait à hauteur, il déversa une partie du contenu de la bourse, renfermant une étrange poussière étincelante, s'assombrissant au contact de l'eau. La refermant, il espéra que son donnateur ne lui avait pas menti sur ses propriétés magiques.
Pendant que l'homme décrochait le seau, versant l'eau dans des chopes en bois, Edoras dégaina sa longue dague qu'il mit entre ses dents puis attrapa le dernier barreau s'apprêtant à bondir, guettant le moment propice pour le faire, tel un fauve devant sa proie.
Les deux individus entrechoquèrent leur chope, déversant alors d'un trait leur contenue.
- Argh ! Mais qu'as-tu mis dans cette eau, Goran ! Il y a plein de grins de sable, espéce d'idiot !
Alors qu'il allait répondre un troisième homme intervint en riant.
- Ha, ha ! Vous n'aviez qu'à boire une bonne rasade de vin, femmelettes, et…
Le souffle coupé il demeura un instant stupéfait à la vue de ses deux camarades venant de s'écrouler soudainement au sol.
Edoras rentra alors en action, surgissant par-dessus le bord du puits en surprenant un grand Kalimorien recouvert d'un plastron de cuir qui fixait deux corps inertes sans comprendre ce qui avait bien pu leur arriver.
- Attention ! Derrière-toi, Arius ! Un autre homme se tenait, à une dizaine de métres du puits, au bas d'un escalier en spirale. Il tendit alors l'arbaléte qu'il tenait dans ses mains puis appuya sur la détente.
L'intrus fut plus rapide et tira violemment à lui le dénommé Arius, qui s'était retourné vers son acolyte, trop hébété pour saisir la menace.
Le carreau termina sa course dans l'abdomen de la protection vivante que venait d'utiliser sa cible. Malgré cela, la pointe du projectile stoppa tout de même sa course dans l'épaule du voleur d'où s'échappa instantanément un petit filet de sang. L'arbalétrier lâcha alors son arme et se précipita vers un petit gong suspendu par de fines cordelettes.
Il n'y arriva jamais, s'écroulant au sol sans un cri, le cou transpercé par la lame effilée d'une dague au pommeau d'os lui perforant la trachée.
Edoras venait d'éviter l'alerte qui aurait sûrement fait échouer sa mission, pourtant il jura en regardant sa blessure qu'il aurait pu empêcher s'il n'avait pas du laisser son armure en haut du plateau.
Enfin, il était vivant et au beau milieu d'une grande salle recouverte de marbre blanc. Une épaisse porte en bois, condamnée par un étai de fer, semblait être la seule issue de cette pièce hormis un grand escalier en colimaçon grimpant jusqu'à une sorte de balcon.
Il ne faudrait pas longtemps pour que quelqu'un s'aperçoive de la mort des gardes et il s'empressa de monter les marches. Il atteignit alors la mezzanine, ornée de sculptures, dissimulant derrière une tenture rouge, un petit passage.
Le corridor qu'Edoras venait d'emprunter était plongé dans l'obscurité, seulement illuminé par la lueur des éclairs reflétés par une petite fenêtre. Il déboucha sur une épaisse porte bardée de fer qui, à la grande surprise du voleur, ne comportait pas de serrure mais seulement un grand pentagramme recouvert de runes.
Il comprit vite qu'il ne parviendrait jamais à passer par celle-ci. Il avait appris avec Sylfirh quelques glyphes appartenant aux langages magiques qu'ils soient Ghâsiriens, Nidrenniques, ou de tout autre royaume ainsi que les runes maléfiques Kalimoriennes. Malheureusement, elles étaient Kalimoriennes et Edoras, malgré ses faibles pouvoirs Mentalistes, sut qu'il ne la franchirait pas et peut-être personne d'autre non plus !
C'est alors qu'un éclair plus brillant que ses semblables illumina une des statues, parsemant la muraille, juste en-dessous de la fenêtre.
- Faites que ce soit vrai, donnez-moi encore un peu de chance !
Il remercia bientôt les Dieux en ouvrant le loquet de la lucarne, avalant une large bouffée d'air frais et humide.
Enjambant le vasistas, il s'accroupit sur le dos d'un dragon de pierre balayé par les vents puissants apportés par l'orage. Jetant un oeil à droite, il remarqua une deuxième statue à une dizaine de pieds.
Il devait sauter pour l'atteindre et il se demanda si c'était possible malgré la pluie, lorsqu'il entendit des voix et des cliquetis d'armures en train de monter par l'escalier accédant au couloir.
Sans réfléchir, il se leva et bondit à travers les airs sur la statue représentant une sorte de Divinité levant les bras au ciel.
Ce fut l'un d'eux, le gauche, qu'il ratrappa, évitant de peu de lâcher prise sous l'eau qui ruisselait le long de son poignet de pierre.
Rabattant ses jambes autour du Dieu, il retrouva son équilibre et ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il remarqua une fenêtre identique à celle qui l'avait conduit ici.
- Stupide Larzeck, tes pouvoirs sont grands mais ton intelligence ne dépasse pas celle d'un rat enragé.
Dégainant son falchion, il brisa en éclats les vitres de la lucarne puis se jeta à travers alors qu'une fléche vint se briser où il se tenait un battement de coeur auparavent.
Il roula sur le sol, recouvert de peaux de bêtes, d'une grande salle baignée d'une douce lumière provenant d'une cheminée sertie de joyaux. Il fut émerveillé par la beauté de cet antre et par toutes sortes d'objets mystiques s'y trouvant. Des armes étranges, des fioles bouillonnantes de liquides emprisonnants toutes les couleurs, jusqu'aux vieilles reliques, tout indiquait que ses efforts étaient récompensés. Il était dans l'office du sombre sorcier, et remercia de nouveau les Dieux, apercevant plusieurs grandes cartes déroulées sur une table, retranscrivant la région ainsi qu'une grande partie du Territoire Connu.
Des coups donnés contre la porte d'entrée l'arrachèrent de sa langueur et il se pressa vers la table craignant que Larzeck n'arrive d'un moment à l'autre annihilant les runes de protection du pentagramme maudit.
Plusieurs cartes représentaient les directions tactiques que prendrait la maléfique armée Drugane. Il tenait entre ses mains la seule chose qui pourrait sauver Suyolor et ses habitants.
Il ne prit qu'une de ces feuilles de velin, qu'il introduisit dans un tube de verre et de cuir, puis jeta par la fenêtre la plupart des objets de ce rapaire, en prenant soin d'en subtiliser plusieurs afin de brouiller les indices du but véritable de son incursion.
Quelques armes exotiques l'attirèrent et sans se soucier de l'arrêt brutal des coups sur la porte, il s'avança vers une sorte de bola couvert de runes antiques et prolongé par trois chaines se terminant par des boules nappées d'un voile de glace qui avaient déjà commencé à geler une bonne partie du mur qu'elle touchaient !
La porte s'ouvrit alors violemment à l'autre bout de la pièce, glaçant le sang d'Edoras ne pouvant plus éviter plus longtemps une rencontre avec le maitre des lieux.
Plusieurs gardes revêtus de puissantes armures entrèrent bruyamment, bloquant toute les issues.
Le silence régna alors soudainement en maitre lorsqu'un homme de plus de deux métres, recouvert d'une grande cape lui masquant également le visage, pénétra silencieusement écartant les guerriers d'un geste.
L'intrus fut stupéfait par la présence du sorcier, qui n'avait rien des chétifs utilisateurs de magie qu'il avait déjà pu rencontrer.
Il n'avait plus aucune voie d'accés et son coeur se noua face au sort qu'il allait subir. Une voix forte et grave, brisa alors le silence provenant de la bouche dissimulée sous la houppelande du sorcier.
- Qui est-tu pour venir voler mes biens, misérable mortel !
L'intéressé reprit son souffle et, tout en passant discrétement sa main dans le dos, répondit rageusement.
- Je suis Edoras, livre rôdeur de Nesh'naïr, face à une espéce d'immonde bâtard du nom de Larzeck qui n'ose même pas se dévoiler tant il est affreux à contempler !
Si le sorcier était empli de vanité et d'orgueil, l'affront que le voleur venait de lui lancer tournerait à son avantage.
- Je vais te brûler par les flammes des Abysses, sale ver de terre, et tu connaitras bien plus que la mort que tu imploreras…
Les mains du ténébreux démon s'étaient mises à rougir, mais l'offense du voleur l'avait fait trop parler, lui laissant le temps de surprendre son adversaire.
Il projeta alors avec dextérité la dague en os en direction du visage encore caché du maitre de Suy'onamir qui poussa un hurlement terrifiant.
Le poignard avait touché sa cible, laissant échapper une gerbe de sang, mais l'atteignit trop tard pour interrompre le sortilège maléfique.
Une sorte d'éclair rougeâtre, recouvert de flammes vertes, sortit des mains de celui qui l'avait invoqué, libérant une terrible puissance qui manqua Edoras mais vint exploser contre la paroi derrière lui.
Le choc fut violent et tout le pan de mur vola en éclats dans un souffle destructeur happant le pauvre voleur qui disparut dans le vide.
La nuit était déchirée par la foudre et la lueur d'une de ces flammes du ciel permis à Edoras de réagir en moins d'un battement de coeur, alors qu'il venait déjà de chuter d'une quinzaine de métres.
Avec une adresse désespérée, il lança le bola aux longues branches, qu'il avait conservé dans sa main droite, autour d'une statue inondant d'eau la muraille de la citadelle.
Les cordes de l'arme délivrèrent leur piége et les boules s'entrechoquèrent violemment autour de la créature pierreuse qui fut immédiatement recouverte d'une fine couche de glace. Mais le choc fut trop rude et le poids du voleur exerca une force considérable sur sa prise. La corde lui taillada la main sur toute la longueur, lui faisant lâcher le bola, ne lui laissant que le temps de crier avant qu'il ne créve la surface noire des douves, provoquant un formidable éclaboussement d'eau.
Des cris d'alertes résonnèrent sur les remparts, hurlés par les gardes de Larzeck, penchés au-dessus du vide, scrutant les fossés.
Des torches s'embrasaient un peu partout alors qu'exultait de rage le noir sorcier, ne semblant d'ailleurs nullemment affecté par la douleur.
L'orage avait perdu de son intensité et deux monstrueux nuages s'écartèrent dévoilant la Lune de Luminelle, inondant de rayons bleutés toute l'enceinte de la place forte.
- Il est là, sur une corde, tuez-le, il s'enfuit !
Les remparts se remplirent en quelques secondes d'archers pointant leur fléche sur une forme noire qui rampait dans les airs le long d'un filin rejoignant le haut de la falaise.
Edoras, lui-aussi, avait entendu les cris d'alarmes et apeuré, maudissa la Lune qui l'avait pris au piège. Une volée de fléches siffla dans sa direction et il n'eut le temps que de se laisser suspendre par une main dans le vide pour les esquiver.
Les bords des douves furent bientôt occupés par plusieurs hommes, armés eux-aussi d'arcs, prêt à délivrer la mort.
Larzeck beugla l'ordre qui devait mettre fin aux jours du voleur, puis recula surpris lorsque son ennemi dégaina son falchion en criant encore plus fort alors que tous les archers libérérent les cordes d'entre leurs doigts.
Le fugitif avait effectivement sorti son arme, hurlant pour se donner du courage, alors qu'il venait de remarquer l'un des gardes monté sur un cheval au-dessous de lui.
Sa lame trancha alors la corde qui l'accueillait, côté forteresse, le balançant à travers les airs en passant juste sous une nuée de fléches meurtrières.
Une fois arrivé au-dessus du cavalier, il lâcha prise et atterit sur la croupe de l'animal qui flanchit ses pattes arrières en hennissant de douleur et de peur. Le pommeau du falchion finit sa course, quand à lui, dans un horrible craquement d'os, sur la nuque de l'ancien cavalier s'écroulant à terre. Cabrant sa nouvelle monture, le voleur l'élança au triple galop heurtant l'un des archers qui hurla, écrasé par les énormes sabots du cheval de trait, légérement emballé.
Deux Drugans, distants de plusieurs métres barrèrent l'entrée du tunnel où se dirigeait maintenant l'espion.
Le plus proche pointa une longue lance dans sa direction, se préparant à recevoir la charge du destrier. Son compagnon, armé d'une cimeterre, passa de l'autre côté, renfermant son ennemi dans un piège mortel.
Heureusement, Edoras avait pris soin d'emmener une seconde dague qu'il tira de sa botte, et avec laquelle il mit fin à la menace du lancier d'un coup précis et vicieux entre les cuisses. Passant à la portée de sa victime, il prit dans sa main gauche la lance qui allait tomber puis, d'un mouvement vif, harponna son deuxième adversaire surpris par l'attaque improvisée.
Son meurtrier s'engouffra alors dans le tunnel laissant agoniser son opposant, empalé sur l'arme d'hast, la voix vite étouffée par un flot de sang vomissant de ses lévres exangues.
Les archers, dispersés autour de Larzeck, s'écartèrent, effrayés par la colére de leur maitre maudissant d'obscénités le fugitif. Puis oubliant le sang qui coulait le long de sa cape, il hurla une horrible incantation appelant un démon des plus noirs Abysses.
Une terrible gargouille surplombant l'endroit où se tenait le sorcier déploya alors soudainement ses grandes ailes grises.
Les hommes crièrent de terreur et bientôt tous s'enfuirent, se dissimulant du regard de la créature blasphématoire qui prenait vie.
Le corps monstrueux fut pris de convulsions comme si quelquechose prenait forme à l'intérieur et bientôt les griffes des pattes avant du monstre s'arrachèrent de la pierre. Un grognement immonde sortit de sa gueule aux crocs acérés, puis ses yeux furent illuminés par une vive lueur rouge et malsaine. Le démon chuta alors dans le vide puis ayant pris une grande vélocité, disparue à son tour à l'intérieur du boyau de la falaise !
Un hurlement strident résonna à travers le long tunnel plongeant d'effroi Edoras qui jeta un coup d'oeil rapide derrière lui.
Il crut vivre l'un de ses plus horribles cauchemars, lorsqu'il vit d'où provenait ce cri morbide. Une fantastique créature ailée le poursuivait, rendue encore plus terrifiante par la lueur lunaire et brillante qui parcourait sa mâchoire béante et ses serres grandes ouvertes.
Dégainant son falchion, il flanqua désespéremment de coups de pieds son cheval qui ne pouvait pourtant pas aller bien plus vite. Alors qu'il allait déboucher du tunnel, il sentit le déplacement d'air provoquée par la créature ainsi qu'une infecte haleine fétide émanant de la gueule infernale. Il sauta alors de sa monture dès qu'il franchit la falaise, évitant une mort certaine. Sa réception fut douloureuse et après plusieurs roulades, il découvrit une scéne repoussante et abjecte.
La gargouille venait de mettre en morceaux son cheval puis, les crocs à moitié recouverts de lambeaux de chair, détourna la tête vers Edoras.
Se déplaçant avec une foudroyante rapidité, la créature chargea sur sa proie qui avait maladroitement perdu son falchion lors de sa chute.
Le voleur arracha, dans un dernier réflexe, la bourse de cuir contenant le sable magique, et alors qu'il s'apprêtait à le disperser, les griffes d'une des pattes du monstes s'enfonçèrent dans son épaule.
Les ergots tranchants du démon lui arrachèrent un terrible cri de souffrance aprés quoi il s'évanouit, répandant le sable dans les airs.
De l'eau fraiche venait de couler sur Edoras qui ouvrit péniblement les yeux ressentant aussitôt une atroce douleur à son épaule gauche.
Sa vue était floue et tout ce qu'il remarqua pour l'instant, c'était la pénombre de la nuit ainsi que quelques cimes d'arbres gigantesques.
- Où suis-je, est-cela le royaume des morts ?
Il entendit alors les pas d'un homme se dirigeant vers lui.
- Non, tu n'est pas au Walhalla, mais tu ne le dois qu'à ma bonté !
Relevant le buste à l'aide de son coude, Edoras aperçut à travers les ombres de la forêt celui qui venait de répondre à sa question. Il était recouvert d'un heaume lui couvrant le visage et d'une longue cape noire accompagnée d'une fine cotte de mailles noires, elle-aussi.
La voix de son mystérieux sauveur, qui était plutôt aigüe pour la présence qu'il dégageait, se fit de nouveau entendre.
- Je ne sais pas ce que renfermait ta bourse, mais le monstre est tombé à terre comme foudroyé et avant qu'il ne puisse reprendre ses esprits, je lui ai percé le coeur de mon épée. Je t'ai vu accéder à la forteresse, c'est un véritable miracle que tu es réussi. Je t'ai sauvé des griffes de ce monstre car je sais qu'il a été envoyé par Larzeck, ce sale petit démon.
J'ai horreur de ses abominables créations et j'ai apprécié tes grandes qualités ainsi que ton surprenant courage ou ta folle inconscience !
Reprenant complétement ses esprits, Edoras remarqua que l'individu portait sa cotte de mailles et qu'il tenait son falchion. Il fouilla alors dans son sac, resté à côté de lui, et pesta de rage.
- Rends-moi le prisme de cristal ! Je peux te donner bien plus en signe de reconnaissance et…
- Non ! Je garde ce formidable joyau ainsi que plusieurs de tes affaires. Aprés tout, tu me dois la vie et je compte bien en profiter !
Le voleur chercha désespéremment une arme qu'il ne trouva pas. L'individu se tenait sur son cheval à plus d'une dizaine de métres, trop loin pour le rejoindre avec une épaule en charpie.
- Ah, une dernière chose, tu devrais partir d'ici car je crains que les sbires du sorcier n'aillent bientôt à ta rencontre. Tu récupéreras tes biens seulement si tu me sauves la vie, peut-être un jour…
Le sang du voleur bouillonna mais il savait nullement quoi faire. Alors qu'il allait négocier, des aboiements de chiens retentirent non loin d'eux.
- Prends ton cheval et fuis loin d'ici, bonne chance et à une autre fois.
L'individu porta rudemment ses talons sur les flancs de sa monture qui s'éclipsa à travers les bois. La dernière image de ce mystérieux personnage, disparaissant dans les ténébres, fut ses longs cheveux noirs volant dans les airs, soulevés par la vitesse de sa cavalcade.
Il avait lâché le falchion d'Edoras par terre, non loin d'un cheval gris, qu'il reconnut comme étant le sien. La plupart de ses affaires avaient disparu sauf son arc et son bouclier probablement trop encombrant.
Par chance, le voleur n'avait pas trouvé sa carte, habilement dissimulé dans l'une de ses bottes, au moins sa mission n'avait pas complétement échouée.
Les jappemenst des chiens indiquèrent alors que leurs maitres seraient ici d'une seconde à l'autre.
Malgré sa vive douleur, Edoras se leva puis aprés avoir ramassé son arme, grimpa péniblement sur son palefroi.
Les guerriers, qui avaient la tâche de retrouver l'ennemi, déboulèrent du tunnel, leurs féroces animaux bavant de rage en flairant leur proie.
Les hommes ressentirent alors un moment d'angoisse apercevant le corps inerte d'une abominable créature ailée, perforée d'une longue épée.
Se rapprochant, ils remarquèrent à leur grand étonnement que l'arme était restée bloquée à travers la pierre dans laquelle était retourné le monstre. Un hennissement les firent lever la tête vers un cavalier qui venait de gravir une colline illuminée par la Lune, leur promettant une poursuite désormais perdue et malheureusement une terrible punition de leur maitre, Larzeck le Terrible.
La nuit commençait à s'évanouir, laissant les premières lueurs de l'aube s'étendre sur les remparts de Suyolor.
Plusieurs archers étaient visibles, scrutant l'horizon à l'affut du moindre mouvement ennemi ou suspect. Justemment, une ombre se détachant des montagnes attira le regard de l'un d'eux qui s'empressa d'avertir ses compagnons.
La forme se précisa, petit à petit, et un cheval monté par un homme, apparemment étendu sur l'encolure, s'avança vers les portes de l'avant-poste frontalier.
Les hommes laissèrent entrer le curieux personnage qui fit quelques métres avant de s'écrouler au sol, soulevant un nuage de poussière.
Deux archers suivirent leur chef qui avait dégainé son épée en s'approchant trés prudemment. C'est alors que l'homme méconnaissable ouvrit difficilement la bouche en balbutiant quelques mots en montrant ce qu'il tenait.
- La car…, la carte pour vo…, Larzeck, Isyk et Slev…, argh…
- Eh, eh ! Réveille-toi Edoras, allez debout, tu as assez dormi !
Le voleur ouvrit un oeil et fut soulagé de voir deux visages qu'il ne se lasserait jamais de plus de voir, Isyk et Slevias.
Il était couché dans un lit confortable et regardant son épaule qu'il ne sentait plus, la vit emmaillotée dans des bandelettes blanches d'où émanaient une odeur de belladone et de canelle.
- Ta blessure était grave mais je me suis rappelé d'une méthode pour cicatriser rapidement à l'aide des dernières herbes qu'il me restait. Ne t'inquiéte pas pour ton bras, tu ne pourras le bouger que dans trois ou quatre jours, car l'onction paralyse quelque peu due à la faible dose de belladone qui peut-être un poison fort dangereux.
Le convalescent narra alors comment il avait volé la carte, provoquant une colère terrible du sorcier lui démontrant ses étonnants pouvoirs. Il raconta amérement sa rencontre avec son étrange sauveur, mais aussi celui-là même qui l'avait détroussé quasiment entièrement.
Isyk lui avoua qu'il n'avait malheureusement glâné aucune information sur Sylfine mais qu'il avait entendu parler que la forêt maudite qu'ils devaient traverser renfermait une magie similaire.
- C'est dommage que tu es perdu tes biens mais cela ne doit pas arrêter notre course déjà retardé par Varalid et par ton escapade douloureuse.
J'ai réussi à retracer un chemin sur la carte que tu as ramené qui devrait combler notre retard, enfin si ma mémoire est exacte.
Les trois hommes préparérent pendant toute la matinée leur prochain voyage, devant les mener cette fois à ce fameux temple pour lequel ils avaient déjà risqué plusieurs fois leur vie.
Edoras apprit que la carte, qu'il avait subtilisé à Larzeck, cartographiait toutes les itinéraires qu'allaient prendre les légions ennemies et que, grâce à cela, la guerre était déjà presque gagnée.
Son nom était murmuré par bien des habitants qui avaient eu connaissance du péril qu'il avait encouru pour les sauver.
Déjà un troubadour vantait ses mérites, transformés en poéme, qu'il accompagnait d'une douce musique délivrées par un luth de toute beauté.
Mais le voleur songea à ce qu'apportait le fait d'être connu et de friser une réputation presque légendaire. Il savait que cela défiait une foule de jeunes guerriers, rôdeurs ou assassins n'ayant qu'une envie, être celui qui aura mis fin à la légende !
Enfin, il était temps qu'il parte et malgré son bras gauche inutilisable, il ressentit déjà le besoin de courir à l'aventure. Mais cette fois-ci, il n'était plus seul, rassuré par son ami Slevias qui avait recouvré toute son énergie et l'usage de sa jambe.
Les deux compères s'échangèrent un sourire complice et partirent au trot, suivant Isyk qui jeta un dernier coup d'oeil à sa carte.
Les gens les acclamèrent jusqu'à ce qu'ils franchissent les dernières habitations et que Suyolor ne disparaisse à jamais.
Edoras ne se soucia alors plus du temple, ne savourant que l'instant présent, chevauchant avec ses amis, son fidéle falchion ballotant sur sa cuisse. Il était vivant !
Chapitre 8
Pendant quatre jours, les trois cavaliers n'avaient cessé de traverser de grandes étendues désertiques recouvertes de longues et hautes herbes.
Les seul êtres qu'ils avaient rencontré n'étaient que de petits animaux qui, parfois, assouvirent leur faim. Mais cette solitude était la preuve que les combats, livrés par la sombre armée de Larzeck, avaient tous été voué à l'échec le plus total. Si aucune légion Druganes n'avaient franchi ces plaines, c'est qu'ils n'avaient pas même dépassé les premières positions Suyoloriennes.
Ce ne fut qu'au cinquième jour, lorsque Edoras retrouva l'usage de son bras gauche, que ces terres sauvages se transformérent peu à peu en collines boisées indiquant qu'ils suivaient le bon chemin.
Une nouvelle nuit s'annonça lorsque les trois compagnons, venant d'atteindre le sommet d'une butte, découvrirent l'orée d'une gigantesque forêt se perdant de tous côtés aussi loin que le regard pouvait porter.
- C'est Ogralor, mes amis. Ma mémoire ne m'a pas trahi, notre expédition touche à sa fin. Ce lieu est réputé maudit, alors soyons prudents.
Isyk dévala alors la longue pente le séparant des bois, vite rejoint par Slevias qui s'adressa, songeur, au rôdeur.
- Aprés le temple, nous devrons penser à la guilde de Salh'esh'nirgan et décider d'un plan de vengeance.
Edoras acquiesça d'un signe de tête mais se demanda si ces représailles étaient encore nécessaire maintenant qu'ils étaient libres.
- Je devrais d'abord m'occuper de Varalid et retrouver le prisme de cristal que Sylfine m'avait confié.
Les deux hommes se perdirent dans leurs divers desseins, chevauchant derrière Isyk qui pour sa part ne pensait qu'au temple tant convoité.
La forêt semblait être faite pour le royaume des Dieux tant elle était disproportionnée.
Les arbres, hauts d'une quarantaine de métres et larges comme les piliers des plus grands châteaux existants, donnaient une apparence des plus féeriques à cette contrée. Même les plantes et les champignons, poussant au pied des troncs, arrivaient pour certains à mi-hauteur d'hommes !
Mais bientôt ce merveilleux empire se révéla peut-être également celui des Démons quand la nuit recouvrit les rares rayons de Soleil y pénétrant.
Tout s'agrandit dans des formes démentes et le bruit inquiétant de cris de toute nature résonnèrent à travers le néant. Plus Edoras s'enfonçait dans ces bois, plus l'angoisse d'être étouffé et écrasé comme un insecte par cette végétation d'un autre monde l'oppressa. D'ailleurs son apréhension fut vite partagée par ses amis et par les chevaux, les oreilles aplaties lo long de leur tête, tremblant de nervosité.
Ils avançèrent dans cette atmosphére malsaine, traversant cette flore effrayante jusqu'à ne plus rien distinguer à plus d'un pas.
- Nous allons faire un petit feu et installer notre campement ici.
Isyk descendit alors de son cheval, imité par Slevias et le voleur qui échangèrent quelques paroles, plus pour se rassurer que pour entamer de vrais discussions.
C'est à cet instant précis qu'ils furent plongés dans une terreur absolue, les déboussolant quelques secondes.
La forêt sembla douée d'une vie propre, faisant bouger une multitude de buissons divers, encerclant le petit groupe stupéfait.
Les fourrés cauchemardesques dissimulaient en fait toute une bande de longues silhouettes fines armées d'arcs et d'armes de contact plutot rudimentaire. En tous cas, leur nombre s'amplifia tout autour des intrus, leur bloquant toute retraite.
Edoras sortit son falchion d'une main et sa dague de l'autre, s'adossant à ses deux compagnons qui avaient fait de même.
- Halinin igus falamelle shaliug !
Une voix étrange et incompréhensible gronda d'un des individus qui sembla adresser ses propos à l'encontre des arbres au-dessus des trois hommes essayant en vain d'effrayer ces créatures inhumaines.
Le voleur suivant son regard n'eut pas le temps d'éviter un grand filet, qui tomba aussi sur ses amis, les livrant à la merci de leurs chasseurs.
Le feuillage des arbres s'ammoncelait de gouttes d'eau apportées par une fine pluie accompagnant le lever du Soleil. L'une des feuilles laissa échapper son contenue, beaucoup plus bas, sur le visage d'un homme recroquevillé et suspendu dans une cage en bois.
Edoras s'éveilla tâtant sa tête depuis qu'il avait reçu un violent coup dessus alors qu'il se débattait dans les mailles traitresses du filet.
S'assurant qu'il allait bien, il jeta un oeil autour de lui.
Deux autres cellules grossières l'accompagnait, renfermant ses deux amis qui semblaient encore inconscients. La végétation était enclavée par des sortes de constructions précaires faites de bois et de boue séchée se confondant avec la flore luxuriante.
Une petite troupe d'hommes à la peau verdâtre discutait dans le même étrange langage que le voleur avait entendu auparavent. Leur peau, leurs cheveux ainsi que leurs yeux tiraient au vert, seul un pagne de cuir marron apportant une autre couleur à cette teinte immaculée.
Le captif grommela à la vue de leurs armes qui n'étaient qu'en bois et à leurs arcs bien mal conçus. Il avait été piégé par un peuple à peine civilisé muni de vulgaires bâtons, mais il est vrai doué d'une discrétion et d'un camouflage naturel bouleversant.
- C'est pas vrai que ça recommence, j'ai déjà l'impression d'avoir vécu la même chose voilà quelques temps !
Le rôdeur fut surpris par la voix de Slevias soulevant un souvenir pénible qu'ils avaient partagé sur le bâteau Drugans.
Isyk les salua, alors qu'il reprennait ses esprits, heureux de retrouver sa carte n'ayant pas du signifier grand chose pour la peuplade les ayants capturés. Seules leurs armes avaient disparu, même la dague qu'Edoras dissimulait d'habitude tellement bien.
Mais soudain une grande agitation des habitants de la forêt attira l'attention des trois prisonniers.
Le voleur remarqua que le hammeau ne renfermait qu'une vingtaine de demeures desquelles ne sortaient pas plus d'un ou deux hommes, le renseignant vite sur l'effectif de ses gardiens.
Justement, une dizaine d'entre-eux s'approchèrent des cages semblant attendre quelquechose, fixant un sentier bordé d'arbres.
Plusieurs minutes s'écoulèrent laissant place à un grand silence qui fut bientôt perturbé par une sorte de martélement s'approchant du village.
Au détour de deux gros chênes, déboucha alors cinq chevaux, piétinant tout sur leur passage, montés par des hommes de grande stature rappelant étrangement les mercenaires qu'avait vu Edoras à Suyolor.
Stoppant leur monture, l'un des cavaliers se distingua du groupe, de par sa petite taille et en s'approchant d'un des villageois qui venait de faire la même chose.
L'écuyer hôta son casque à cornes levant la tête vers les cages en souriant à la vue des détenus.
- Varalid ! Qu'est-ce…, espèce de traitre, vil excrément, j'ai juré que tu mourrais de mes mains !
Le voleur ne pouvait y croire, son ennemi juré se trouvait juste au-dessous de lui ! A l'instant où il finissait de débiter ses injures, il comprit que sa capture n'était pas le fruit du hasard.
Slevias était rouge de colère s'énervant sur les barreaux de sa geôle, les veines gonflées par la haine.
Varalid discuta avec le chef du peuple qui semblait parler l'Erlini, puis tendit à celui-ci une sacoche ainsi que plusieurs armes de métal en pointant du doigt la cage d'Isyk.
- Ah, vous deux, je m'excuse mais j'ai besoin de votre ami pour me servir de guide. Désolé de ne pas vous prendre aussi mais ces gens vous réservent quelques surprises, ha, ha !
Il partit dans un grand rire suivi des autres cavaliers qui firent descendre le pauvre Dalenisien.
Ligotant les mains de leur prisonnier, ils disparurent dans la forêt, le trainant derrière eux, bientôt rejoint par leur chef qui s'éclipsa lui aussi, non sans railler une dernière fois d'indifférence devant les menaces de ses deux ennemis lui promettant une vengeance cruelle, cependant bien compromise.
Voilà déjà une journée qu'Isyk avait été enlevé par le traitre.
Edoras était complétement désemparé, mais plus que jamais résolu à retrouver sa liberté et assouvir sa haine.
Pourtant, Varalid avait parlé d'une surprise qui l'attendait lui et Slevias et qui pourtant ne s'était pas encore manifestée.
Soudain, une vingtaine d'hommes s'occupèrent de faire descendre les cages pendant qu'ils encerclaient celles-ci, faisant regretter au voleur d'avoir parlé trop vite.
Les deux cellules touchèrent le sol et bientôt les deux hommes furent poussés de celles-ci et détachés !
Le même individu, qui avait parlementé hier avec Varalid, s'approcha affublé d'un sourire malicieux mais cependant amical.
- Ne vous inquiétez pas, la surprise promise par votre semblable n'aura pas lieu car elle transgresserait nos lois. Nous n'avons nullement le droit de tuer d'autres êtres sauf pour défendre nos vies.
Edoras leva le doigt, le pointant rageusement sur l'interpréte.
- Alors vous allez nous laisser partir maintenant et nous rendre nos armes ainsi que nos chevaux, c'est bien compris ?
- Non ! Nous devons vous ramener à la lisière des bois et seulement là-bas nous vous redonnerons la liberté et vous ne reviendrez jamais par ici !
L'être fit la sourde oreille aux arguments avancés par l'humain, faisant amener les équidés équipés des armes de leurs prisonniers vers une petite troupe s'apprêtant à les escorter.
C'est alors que le martélement caractéristique de chevaux se fit de nouveau entendre, pourtant cette fois-ci beaucoup plus intensément.
- Alifares buipilami conty'doshan !
Apparemment personne ne s'en inquiétait, et le chef s'avanàa vers l'entrée du hammeau s'adressant aux deux hommes blancs.
- J'ai bien peur que ce Varalid et sa bande ne reviennent vous chercher, croyez-moi bien que j'en suis navré !
Au détour des deux chênes, maintenant familiers, déboucha une bien toute autre menace et dangereusement plus mortelle.
Une dizaine d'équidés, lancés à pleine allure, s'arrachérent de la forêt en chargeant sur le village. Ils étaient montés par des cavaliers recouverts d'armures de plates, de plastron de cuir clouté et de cotte de mailles, flanqués de heaumes ne laissant filtrer que des regards noirs et bestials, avides de sang.
Le chef du hammeau n'eut pas même le temps de se retourner qu'il fut déchiqueté par une hache meurtrière abattue par le premier cavalier.
Tous les habitants s'enfuirent dans tous les sens effrayés par les terribles hommes qui se dispersaient dans le village.
Les deux captifs, délaissés par leurs gardes, courrurent chacun vers leur cheval, pressés d'atteindre leurs armes pour combattre.
Les guerriers avaient déjà décimés plusieurs hommes qui s'étaient courageusement mesurés à eux, impuissant devant une telle férocité.
Des braseros, reliés à de longues chaines, enflammérent rapidement les huttes, brûlant dans d'atroces cris d'horreurs les femmes et les enfants qui s'y étaient réfugiés.
Edoras et Slevias, ayant réussi à saisir leurs armes, furent vite encerclés par cinq cavaliers leur barrant le passage. Ils ne semblaient pas vouloir attaquer laissant les deux compagnons, dos à dos, prêt à réagir.
Tout le peuple avait pris la fuite, du moins la maigre poignée encore en vie, tuant tout de même trois de leurs ennemis qui succombèrent à leur tour, poussés dans les brasiers des cabanes.
Les deux derniers rejoignirent alors leurs compagnons, grossissant la menace qui planaient sur le voleur et son acolyte.
Cette fois-ci, les deux hommes n'étaient pas enclin à redevenir prisonniers et brandirent leurs armes prêt à combattre même s'ils devaient mourir.
Les septs écuyers, qui avaient formé un cercle impressionnant et infranchissable, s'étaient eux-aussi préparés au combat dans un silence pesant, seulement altéré par le crépitement des flammes.
L'un des cavaliers, recouvert d'une cotte de mailles et devant bien mesurer plus de deux métres, s'approcha en ouvrant la partie amovible de son casque
- Lequel de vous se nomme Isyk ?
Les intéressés s'échangèrent un rapide coup d'oeil étonné et ne prononcèrent aucune paroles.
- Répondez ! Qui est Isyk ? Je veux la carte qui méne au temple ou je vais la chercher moi-même et vos vies ne vaudront alors plus grand chose !
Le guerrier écumait de rage délivrant une féroce mâchoire et un visage dur qui trahissait son origine Kirianne, fief de la race des Barbares.
- C'est moi ! Mais j'aimerais savoir à qui je dois donner cette carte ?
Edoras savait bien que s'il ne s'était pas mépris sur la race du combattant, celui-ci répondrait brutalement, fier de clamer son nom.
- Je suis Kalarghen, libre Barbare de Kirian et j'épargnerai ta maigre vie si tu récompenses ma patience !
Le voleur ne s'était pas trompé, à son grand désarroi, car il savait la réputation de ces hommes à la cruauté légendaire et incontrôlable.
- Ce que tu cherche n'existe plus, le chemin à suivre ne se trouve désormais qu'au fin fond de ma mémoire !
Le Barbare resta le souffle coupé réfléchissant, ce qui était assez rare pour ce peuple sanguinaire, face à la duperie du rôdeur.
Slevias s'inquiéta alors du jeu de son ami et s'approcha doucement vers l'un des chevaux du cercle l'emprisonnant.
Soudain, l'un des guerriers s'approcha en relevant lui-aussi son heaume, montrant un faciès mat et des yeux verts ce qui indiquait au moins qu'il n'était pas un Barbare.
- Ecoute Kalarghen, prends une décision, si nous ne la touvons pas maintenant, Malawin sera furieux. N'oublie pas qu'avec ton imbécilité, nous avons déjà perdu la trace du prisme !
- Oui espèce de grosse brute ! Tu vois bien que ces deux hommes sont des menteurs. Par ta faute nous perdons un temps précieux, torturons-les ! A moins que tu ne sois trop lâche pour le faire comme avec ce peuple de faibles que tu ne voulais qu'effrayer.
Edoras sut que l'accusé de tous ces maux allait éclater de fureur devant tant d'affront et il décida de provoquer ce qui pourrait les sauver, lui et son compagnon.
- Il a raison, je suis Edoras, voleur de Salh'esh'nirgan et voici Slevias, mais vous avez du entendre parler de nous si vous venez de Suyolor.
Le rôdeur montra alors sa natte rouge aux deux hommes qui exultaient de rage.
- Pauvre fou, j'en ai entendu parler ! C'est lui qui s'est introduit chez Larzeck. Il serait plus apte à être notre chef que toi, au moins lui, il aide Malawin, pauvre race puante et écervelée, tu…
Le Barbare en avait trop entendu, il leva son impressionnante épée à deux mains puis, jouant de ses muscles terribles, trancha la tête de l'homme aux yeux verts et ramena brusquement son arme de l'autre côté, perforant le coeur du deuxième rebelle !
Slevias réagit en même temps, profitant de la surprise des autres cavaliers et taillada le mollet du combattant duquel il s'était rapproché. La victime hurla de douleur et tira sur ses rênes, destabilisant sa monture qui vint s'écrouler sur l'une de ses semblables, projetant elle-aussi son maitre.
Edoras courut à travers cette brêche jusqu'à son palefroi gris, qu'il monta, profitant de la confusion et de la poussière soulevée par les deux animaux ayant chuté.
Rengainant son falchion, il cabra son cheval pour rejoindre son ami lorsqu'il aperçut Kalarghen lançant sa monture sur le guerrier qui venait de tuer un autre ennemi, lui déchirant le ventre.
Le dernier écuyer ayant échappé au massacre chargea également sur Slevias, ne prenant pas garde à ces dangers.
Il fut pourtant surpris par le voleur qui sortit de la poussière en poussant un cri rageur, lui hurlant de se retourner alors qu'il jeta son cheval sur le cavalier, le désarçonnant.
Au moment où le rôdeur s'écrasa sur le sol, amortissant sa chute à l'aide du corps de sa victime qui fut assommé sous le choc, le guerrier n'eut le temps que de se retourner, affrontant la terrible arme du Barbare.
Celle de Slevias vint parer alors violemment l'attaque sauvage se brisant en deux, le renversant sous l'impact. Le choc désarçonna malgré tout Kalarghen qui se retrouva lui-aussi à terre.
Reprenant leurs esprits, les quelques combattants restés vivant commencèrent à se relever lorsque Slevias voulant faire de même, cru sa mort proche. Le Barbare s'était rapidement remis debout et dressait sa meurtrière épée en souriant de bestialité, prêt à fendre le crâne de son adversaire.
Soudain, une dague déchira l'air et vint se loger à travers la main de Kalarghen lâchant son arme destructrice. Edoras avait juste eu le temps de la lancer alors qu'il était remonté de nouveau sur son cheval. Mais Slevias recula de quelques pas, une fois de plus surpris par le géant qui hurla un cri de guerre, paralysé par cette férocité aveugle.
Son bourreau venait de se jeter sur lui, projetant violemment sa main encore valide autour de la gorge du petit guerrier, le décollant de plus d'un métre au-dessus du sol !
La frénésie du chef Kirian, qui savourait les gémissements de sa prise, lui avait fait oublier Edoras qui, passant à sa hauteur, saisit son énorme bouclier de platine qu'il fracassa sur la tête de ce sauvage. Slevias, qui avait la trachée rouge et tuméfiée, vacilla mais avec l'aide de son ami, réussit à grimper sur le cheval assez robuste pour supporter un second cavalier.
Sans chercher à récupérer ni son bouclier, ni la monture du guerrier, remarquant que deux hommes s'étaient relevés de leurs chutes et s'approchaient, Edoras flanqua un coup de talon dans les côtes de l'équidé.
Profitant de la chance d'être encore vivant, le voleur s'élança à travers les bois laissant les derniers cris de rage de Kalarghen derrière lui.
- Te sens tu mieux Slevias ?
L'intéressé répondit positivement d'un petit râle provenant de sa gorge à moitié écrasée par la force monstrueuses du Barbare.
Edoras fut rassuré et continua sa folle course jusqu'à l'épuisement de sa monture, s'assurant plusieurs fois qu'ils n'étaient pas suivi.
Il s'arrêta alors vers un petit cours d'eau provenant d'une caverne. Il fit boire son cheval recouvert d'écumes blanches puis apporta un peu d'eau à Slevias qui retrouvait peu à peu sa voix.
- Merci de m'avoir sauvé la vie, je t'aiderai jusqu'à ce je puisse te la rendre.
- Oh, tu me l'a déjà rendu en me délivrant de la guilde et des Drugans.
Ils rirent, heureux de leurs mésaventures mais surtout du fait qu'ils aient pu s'échapper du guerrier Kirian et de sa troupe d'assassins.
- Je ne sais pas comment Kalarghen a pu nous trouver et comment son chef, Malawin, connait Isyk et même Larzeck. De plus, il a parlé d'un prisme, je me demande bien si…
Son compagnon l'interrompit alors, anxieux et bien loin des profondes réflexions du voleur.
- Laisse tout cela, Edoras ! Nous devons vite retrouver Isyk car sans lui, plus de récompenses !
Les deux hommes discutèrent à l'abri de la grotte sur le chemin à prendre maintenant qu'ils n'avaient plus de carte et totalement égaré dans une forêt semblable à un océan aux vagues vertes et buissonneuses.
Aprés de longues réflexions, les deux amis ressentirent la fatigue de leur captivité passée et de leurs terribles combats.
Fourbus, ils décidèrent de faire un petit feu de camp et s'installèrent à même le sol. Seul leur unique cheval bouchait l'entrée de leur repaire faisant office de gardien, ce qui les rassura alors qu'ils s'endormirent.
Ce furent les hennissements nerveux de l'animal gris qui réveillèrent les deux hommes. De toute façon l'aube commençait à lever son voile brumeux sur la forêt et le sol rocheux de l'antre ne permettait pas plus de repos.
Saisissant son arc, Edoras fut alors terrorisé par la forme se dessinant à l'entrée de son repaire et ayant dérangé le sommeil du palefroi.
Une énorme silhouette sombre perçant le brouillard se dévoilait doucement dans l'ultime douceur de la lumière lunaire presque disparue.
Slevias pourtant particulièrement impassible et sans crainte, balbutia quelques mots, tremblant d'effroi.
- Edoras…, c'est lui ! Il nous a retrouvé…, Kalarghen !
C'était bien le Barbare qui recouvrait de son ombre ses deux proies apeurées. Il tenait sa longue épée dans la main gauche ne semblant pas souffrir de son poids. Il fut alors rejoint par deux autres hommes, sûrement les derniers survivants, trop lâches pour l'affronter.
Slevias dégaina une dague, seul arme qui lui restait, et fit quelques pas vers le fond de la caverne alors que son ami, recouvrant son sang-froid, encocha une fléche sur son arc.
Le chef Kirian ayant toutes les capacités d'une bête sauvage sentit la menace se projetant sur l'un des bords de l'entrée.
Le plus proche de ses acolytes n'eut pas la même vivacité et aprés un faible cri, il s'écroula transpercé par une fléche surgie du néant.
- Edora la caverne continue, viens vite, c'est notre seule chance !
Ces mots rassurèrent le voleur qui s'empressa de prendre l'une des dernières branches enflammées ayant alimentées le foyer.
Jetant un dernier coup d'oeil à son cheval, il dispersa les braises du feu d'un rapide coup de pied puis s'éclipsa avec son compagnon par une petite brêche s'écartant dans une des parois rocheuses.
Ils furent soulagés de voir que le petit passage ne semblait pas être u cul-de-sac car un léger souffle d'air raffraichissait leur visage.
Kalarghen devait de nouveau exulter sa colère devant son impossibilité de traverser le tunnel, qui par endroit n'acceptait pas son imposante carrure.
Mais ils ne ralentirent pas leur allure, pressés par la lumière de la torche qui faiblissait rapidement. De plus, les sortilèges d'Edoras ne seraient d'aucune utilité dans cette obscurité, incapable de canalyser l'énergie du moindre rayon de lumière.
Aprés quelques minutes, ils s'arrêtérent pourtant, alertés par un sourd grondement qui semblait provenir d'un autre corridor descendant vers les profondeurs vraisemblablement les plus basses des grottes.
Malheureusement, ce fut à ce moment que la torche improvisée s'éteignit, plongeant la vue des deux amis dans une cécité totale.
Edoras s'approcha vers la direction où il crut retrouver Slevias lorsque son pied se déroba sur une pierre glissante et il ne put réfréner la chute que celle-ci provoqua.
Son cri résonna le long des nombreux tunnels s'estompant progressivement alors qu'il prit de la vitesse, incapable de s'arrêter. Il protégea sa tête et gémit d'angoisse, perforant les ténébres, emporté dans cet étroit corridor humide dont le dénivelé s'éccentuait toujours plus.
Seuls les appels effrénés de son ami perdu dans le néant, lui parvint tout au long de cette folle descente aux enfers.
La chute parut durer une éternité et Edoras sentit sa fin proche lorsqu'il aperçut une faible clarté provenant de plus bas.
Ayant pris une rapidité fulgurante, il fut projeté du tunnel dans une gigantesque grotte recouverte de champignons phosphorescents illuminant un long cours d'eau.
Ce fut la dernière image qu'il perçut avant d'être englouti dans les flots rapides de cette rivière souterraine.
Le choc fut terrible, l'assommant à moitié en atteignant le fond de l'eau qui, par chance, était glaciale ce qui redonna toute sa lucidité.
Il put tant bien que mal, toutefois en lachant son arc, rester à la surface des remous reprenant l'air qui lui manquait.
Mais ses forces déjà tant éprouvées ne lui permirent plus de lutter contre la force du courant le happant comme une brindille impuissante.
Chapitre 9
Une petite loutre sortit de l'eau apparemment fière d'avoir réussi à attraper la truite tachetée frétillant encore entre ses canines pointues.
La lâchant au sol, elle mit fin à ses souffrances, lorsqu'elle remarqua, un peu plus loin, une drôle de forme étendue à moitié dans la vase proche d'une cascade qui alimentait le tout petit étang.
Elle s'approcha prudemment et, ne flairent aucun danger, fut intriguée par une petite queue rougeâtre sortant de ce corps étrange. Elle donna quelques coups de pattes, jouant avec, lorsqu'elle grimpa sur l'être et fut surprise par deux grands yeux venant subitement de s'ouvrir.
- Ah ! L'homme poussa un cri de terreur, n'ayant pas retrouvé complétement ses esprits, face à cette tête poilue et pourvue de dents acérées.
La petite bête s'enfuit alors, oubliant le fruit de sa pêche, et plongea dans son élément encore plus paniquée qu'Edoras lui-même.
Reprenant son calme, il ria de sa peur et, regardant la chute d'eau se rappela douloureusement qu'elle l'avait projeté à terre, l'assommant.
Par chance, son falchion et une dague étaient toujours là, au moins il lui restait le plus important. Il se souvint de Slevias et, regardant aux alentours de l'étang, tenta de le retrouver, en vain.
Le Soleil était à son zénith et le rôdeur n'ayant rien avalé depuis hier, remercia les Dieux de lui avoir offert ce poisson devant être resté piégé dans un trou d'eau dorénavant asséché.
Il ramassa quelques brindilles et la truite fut vite cuite par un petit feu qu'il avait allumé à l'aide des dernières pierres à feu qui lui restait au fond d'une poche ayant elle-aussi séchée depuis.
La forêt était toujours présente et Edoras, aprés s'être rassasié, décida de suivre le cours d'eau, s'échappant du bassin, pour ne pas mourir de soif s'il lui fallait marcher longtemps.
Alors qu'il allait finir la dernière bouchée de son poisson, il remarqua le petit animal qui lui avait fait peur auparavent, le toiser furieusement.
Jugeant bien que les Dieux n'avaient rien eu avoir avec son festin, il lança à son bienfaiteur les restes de son repas et se mit en route.
Il traversa pendant une bonne partie de la journée une grande étendue de forêt en trottinant. Parfois il regardait derrière lui, inquiet de se retrouver face à Kalarghen qui devait être à sa recherche.
Les arbres semblaient reprendre depuis quelques miles des proportions plus normales que ceux des derniers jours.
La rivière coulait toujours dans la même direction ce qui rassura Edoras n'ayant aucune connaissance de cette futaie dans laquelle il aurait pu tourner en rond des heures durant.
Malgré le ciel bleu, dégagé de tout nuage, il sentit que l'air s'était humidifié et que les insectes semblaient toujours plus nombreux. Sa respiration devint plus difficile et il ressentit vite l'effet de sa longue course.
De plus, il devrait bientôt s'arrêter et trouver un refuge car les ombres commençaient à recouvrir la rare lumière trouant l'épais feuillage.
Alors qu'il venait de remarquer plusieurs rochers, offrant sûrement quelques bons abris, le voleur s'arrêta estomaqué non loin d'un pont en pierre qui surplombait le cours d'eau. Arrivant à sa hauteur, il découvrit étonné un chemin apparemment souvent emprunté car il était encore marqué par différentes traces de chevaux et même de roues de chariots.
Il venait de trouver un sentier devant mener à un endroit civilisé. Il retrouva sa gaieté, ce qui lui redonna encore suffisament d'énergie pour continuer à avancer le long de cette route.
Sa curiosité fut vite assouvie lorsqu'au détour d'une petite colline boisée, il se sut complétement sauvé, mais aussi totalement perdu car il était loin de s'imaginer trouver, ici, une ville de si bonne taille.
Un second mais énorme pont accédait à cette cité qui était entourée de bois pour sa majeure partie et d'une haute falaise pour le reste de son pourtour
Pourtant, il remarqua que l'un de ces flancs était protégé par une grande palissade faites de larges troncs d'arbres, titillant sa curiosité et le poussant à pénétrer dans cette étrange bourgade apparemment libre d'accés.
Edoras passa les premières demeures et constata qua sa présence ne fut nullement remarquée.
Il y avait dans cette ville insolite une foule de gens de toute race et semblant venir de lointaines régions. Apparemment, la cité connaissait une activité commerciale nouvelle car des chariots remplis de denrées plus hétéroclites les uns que les autres arrivaient de toute part.
Il ne reconnut pas la plupart des langages pratiqués par les citadins mais voyait bien qu'aucun danger ne le menaçait dans ce quartier marchand.
Plus loin, il remarqua une sorte de palais entouré de gardes, renfermant certainement le souverain de cette cité cosmopolite.
Enfin, il retrouvait en endroit dans ce monde ressemblant à Salh'esh'nirgan pour laquelle il éprouva un peu de nostalgie. Toutefois, il observa que les gens évitaient la grande palissade de bois où se trouvait des baraquements d'où rentraient et sortaient une multitudes de soldats.
Il réfréna sa curiosité maladive, désirant rester discret pour cette nuit et plutôt chercher une bonne auberge pouvant l'abriter ce soir.
Demandant le chemin pour en trouver une pas trop chère, il apprit que cette ville se nommait Nerl'Giami depuis que la région de Nerdock ne faisait plus qu'une avec celle de Nuriamie. Il se demanda alors si cette dernière région n'avait pas un rapport avec la magie que pratiquait Salfirh, se reprochant de ne pas avoir mieux appris ce que contenait les cartes d'Isyk.
Passant par les endroits que lui avait indiqué l'un des citadins, il arriva dans un quartier devant appartenir à l'ancienne ville et qui ne renfermait que tavernes malsaines, assassins et putains.
Une fois de plus, il se souvint des docks de sa ville et se sentit bien dans cette ambiance qu'il connaissait depuis sa jeunesse. Il arriva enfin à l'auberge du Sable mouvant, comme l'indiquait une enseigne aussi croûlante que l'établissement qu'elle désignait.
Refusant les propositions d'une sordide fille de joie, il y entra, étonné de sa grande taille bien plus importante qu'il ne l'avait imaginé.
Elle était séparée en deux longues salles et une sorte de mezzanine, plongée dans le noir, surplombait le tout en haut d'un escalier en bois.
Cet endroit était assez bien entretenu et déjà presque comble, se remplissant peu à peu, la nuit aidant.
Il commanda une grosse part de sanglier ainsi qu'un large pichet de cidre et alla s'installer, en haut du balcon, éclairé seulement par deux petites bougies.
Pendant qu'il engloutissait ce bon repas, il pensa à tout ce qui lui était arrivé depuis sa rencontre avec Isyk. Il fut de plus en plus anxieu en songeant à Slevias qu'il avait perdu mais aussi à son prisme de cristal semblant bien plus important qu'on ne lui avait dit.
Des chants et des danses vinrent perturber ses méditations et il décida d'en apprendre un peu plus sur ce qu'il se passait dans cette ville et où elle se trouvait exactement.
Regardant par-dessus la rambarde, il aperçut au bout de quelques minutes ce qu'il désirait trouver pour tout savoir sur cette fameuse palissade.
Il suivit du regard un jeune homme nerveux s'approchant de plusieurs individus d'où pendaient de grosses bourses pleines d'or à les en faire éclater.
L'inexpérience du tire-laine ne tarda pas et le piége grossièrement tendu par sa victime paralysa de terreur le garçon. La bourse était reliée par un second lacet de cuir traversant le pantalon de son propriétaire qui tira hors de son fourreau une large épée ébréchée.
- Chien de voleur, tu croyais si bien t'en sortir ! Tu fais là un piètre mânant et bientôt un manchot qui ne pourra plus que mendier, ha, ha, ha !
Prenant le bras du maigre homme juvénile, il brandit son arme prêt à sectionner sauvagement le membre de son détrousseur.
Son épée s'abbatit alors violemment dans les hurlements horrifiés de sa victime mais bientôt accompagnés par ceux exclamatifs des clients de l'auberge.
Une autre lame venait de bloquer net l'épée du gros homme qui fut désarmé par son utilisateur, un guerrier blanc de peau et pourvu d'une petite natte rouge. Ridiculisé par ce dangereux adversaire, il reprit son arme et s'éclipsa rapidement alors qu'Edoras emmenait le voleur à sa table.
Aprés s'être installé à côté de son sauveur, le jeune homme semblait toujours dans un état second, encore terrorisé par cette expérience.
- Allons, dis-moi comment tu t'appeles et calme toi un peu. Pour ma part je me nomme Edoras de l'ile de Nesh'nair.
Il trouva sa présentation banale et se demanda s'il ne devrait pas s'annoncer par un pseudonyme quelconque.
- Mon nom est Limji et je te serais à jamais reconnaissant, bien que je ne comprennes pas pourquoi tu m'as accordé une telle clémence ?
- Eh bien, c'est tout simple. Tu me dois une faveur et tu vas me renseigner sur ta ville, sa palissade et m'aider pour quelques services pour lesquels tu me seras bien utile !
La discussion s'étendant, le rôdeur apprit avec surprise que la barricade de bois était dressée devant les marais d'Oralor pour défendre Nerl'Giami contre ses habitants, de terribles peuplades à peine civilisées d'hommes-lézards !
Edoras n'en revenait pas, il était aux portes des marais, but du voyage d'Isyk et il ne le savait même pas. De plus, réfléchissant avec l'aide du jeune garçon, il sut que nul n'avait le droit de franchir cette muraille.
Donc, il en conclue que Varalid et sa bande, de même que Kalarghen ne pouvaient non plus y accéder ramenant tout le monde à cet endroit, du moins pour le moment.
- Ecoute Limji, tu vas essayer de retrouver plusieurs personnes que je vais te décrire. Je désire que tu passes cette nuit à arpenter toutes les plus sombres tavernes et que tu viennes me voir ici dès que tu auras des informations.
Le tire-laine, heureux de pouvoir vivre un peu d'aventure, acquiesça et partit une fois la mission mise au point.
Edoras sentit alors la fatigue le gagner et, prenant une des chambres de l'auberge, s'endormit aprés avoir pris certaines précautions, décidé de rester prudent maintenant qu'il se savait entouré d'ennemis.
Une forme noire, dissimulée dans les brûmes de l'aube, se glissa telle une ombre solitaire le long des toits des baraques endormies, proche de l'auberge du Sable mouvant.
Grimpant en haut de celle-ci, il s'arrêta à côté d'une lucarne encochant un carreau sur une petite arbaléte fixée à son poignet.
La prudence d'Edoras fut alors récompensée lorsque le bruit du verre cassé le projeta hors de son sommeil.
Il n'eut que le temps d'éviter le projectile meurtrier qui lui était destiné en bondissant de son lit.
Seulement revêtu d'une culotte, il saisit son falchion et se rua vers l'assassin qui, paniqué, venait de perdre son arbaléte. Le voleur se retrouva vite sur le toit de l'auberge et entrevit l'homme qu'il chassait, sauter par-dessus le vide et atteindre un autre toit.
Une course-poursuite s'engagea alors entre les deux béligérants lorsque le rôdeur, perdant du terrain, fut surpris par le bond qu'effectua l'homme dans le vide. Arrivant au même endroit, il surplomba une ruelle plus bas où une charrette de paille, maintenant renversée, avait amorti la chute de son adversaire venant de reprendre la fuite. Il semblait se diriger vers un petit pont à quelques rues d'ici. Tournant sa tête vers la droite, Edoras aperçut une petite rivière à demi-souterraine passant parfois sous les habitations, à quelques métres plus bas.
Tentant sa chance, il plongea disparaissant dans l'eau fraiche mais sale du ruisseau.
Le meurtrier s'arrêta, essouflé, de l'autre côté de la passerelle, satisfait d'avoir réussi à s'échapper de sa victime devenue prédateur.
Le bruit mouvementé de l'eau arriva à ses oreilles et, surpris, il se retourna blêmissant face à la lame glacée, pointée vers sa gorge et tenue par le même homme qu'il avait cru distancé.
- Maintenant, tu vas venir avec moi si tu ne veux pas mourir et pas de bêtises car je suis énervé, gelée et de trés mauvaise humeur !
L'assassin tremblait de peur, ce qui surpris le voleur et, complétement soumis, il l'accompagna sans résistance jusqu'à la chambre de l'auberge.
Personne ne remarqua la tenue d'Edoras car tout était encore calme et nulle vie ne se manifesta dans les rues sombres de la cité.
Arrivant devant sa porte, le rôdeur redoubla de prudence, remarquant qu'elle n'était pas verrouillée et il se prépara à recevoir de nouveaux intrus.
Ouvrant brusquement la porte, Edoras projeta son prisonnier à travers la pièce, prêt à livrer bataille.
Il rit alors au cri de peur que venait de pousser Limji se tenant vers la lucarne ouverte prés des morceaux de la carafe de verre, installée par le rôdeur sur le battant du loquet.
Menaçant toujours l'homme, le voleur referma derrière lui et fit part au jeune garçon ce qui venait de lui arriver quand celui-ci s'exclama bruyamment, découvrant le visage masqué de l'assassin.
- C'est un des hommes qui était à la table de celui que tu appeles Varalid, il avait des…
- Oh ! Du calme, raconte moi tout depuis le début au lieu de me déchirer les tympans en hurlant comme ça !
Le garçon lui narra alors sa nuit blanche passée à chercher ses ennemis partout, pour enfin trouver une taverne mal famée, où il avait reconnu ce Varalid discutant à voix basse, entouré de cinq hommes, dont le guerrier qui avait failli le tuer lors de son larcin raté, hier à l'auberge.
- C'est trés bien Limji, tu feras un trés bon espion et tu as acquis toute ma confiance. Quand à toi maintenant, espéce de vermine, tu vas me dire qui tu est, ce que je crois d'ailleurs savoir…
- Je suis l'un des mercenaires employés par Varalid ! C'est lui qui m'a dit de te tuer, je ni suis pour rien et je te dirai tout pour que tu me laisse la vie, je te donne ma parole que…
- Silence ! Je déciderai de ton sort lorsque tu m'auras expliqué où est Isyk et par la même quand dois-tu retourner vers ton cher employeur.
L'homme, apparemment effrayé par les recommendations que le traitre avait du lui faire à propos d'Edoras, appris à celui-ci que Varalid détenait toujours le captif et qu'il avait réussi à corrompre l'un des gardes pour joindre les marais.
L'assassin devait rallier le reste de la bande vers la muraille au lever complet du soleil et ramener une preuve de la mort de sa victime.
- Trés bien mânant ! Maintenant que tu m'a appris tout cela, tu vas te déshabiller entièrement et n'essaye pas de résister !
Le voleur venait d'élaborer un plan qui comportait quelques risques mais qui pourrait marcher grâce à l'enseignement de ses maitres de guilde sur le mimétisme des gestes et des langages.
Il revêtit les vêtements de l'homme, qui avait presque la même taille et la même corpulence, puis s'entraina à prendre quelques tics de l'assassin. Se retournant vers son jeune ami Limji, il prit une drôle de voix qui n'était pas la sienne, choquant le détenu.
- Alors Limji, est-ce que c'est ressemblant ?
Le jeune homme n'en revenait pas, le rôdeur avait réussi à ressembler à s'en méprendre à son ancien agresseur qui resta bouche-bée lui aussi.
- Mais ton visage, comment vas-tu faire, tu ne peux pas le changer ?
- Ne t'inquiéte pas pour ça et aide moi plutôt à rassembler mes dernières affaires.
Edoras s'approcha alors du captif et lui assena un terrible coup de son pommeau sur la nuque, l'assommant sans le moindre cri.
- Bon Limji, tu vas t'occuper de cet homme pendant quelques jours et tu continueras à surveiller la venue de Kalarghen ou de mon ami Slevias auquel tu feras part de mes projets si tu le trouve. Viens ici tous les soirs et attends mon retour, en pour, je te promets une belle récompense !
Sans autre mot, il se hâta de quitter le Sable mouvant et rejoignit le point de rencontre où Varalid devait attendre.
Il fallait que son plan fonctionne, c'était son unique chance de passer cette maudite palissade de bois et retrouver son cher "ami".
Arrivant au rendez-vous, il se contrôla à la vue de son ennemi juré, le toisant à quelques métres de là, tenant Isyk non loin de lui. Quatre autres hommes l'encerclaient, lorsqu'il s'approcha se recouvrant avec le heaume de son ancien agresseur qui lui avait juré ne jamais s'en séparer.
- Alors Daroub, je vois que tu est toujours en vie, ce qui m'étonne fortement. Tu as bien la preuve que je t'ai demandé ou t'est-tu défilé préférant que je te fasse goûter le fer de mon épée ?
- Voilà ta preuve Varalid ! Isyk n'en cru pas ses yeux, l'homme avait réussi à tuer Edoras montrant à tout le monde une poignée de cheveux rouges, encore tressés !
Il la jeta à son employeur et lui présenta le falchion de sa victime.
- Je n'arrive pas à y croire ! Tu auras une part égale à la mienne lorsque nous aurons trouvé le temple, je te le promet.
Varalid était subjugué par la réussite de son compagnon et ne sembla pas remarquer la mystification d'Edoras, sûrement trop heureux, ne prêtant aucune attention aux yeux noirs le fixant haineusement.
- Bon Daroub, tu fermeras la marche, nous devons passer la muraille avant qu'il n'y est trop de gardes alors hâtons-nous !
La petite troupe s'engagea dans une petite ruelle, le long de la palissade qui s'ouvrit soudainement sur plus de deux métres !
- Allez, dépêchez-vous et toi, Varalid, n'oublie pas de me ramener une partie du trésor que tu auras trouvé ou vous resterez à jamais dans ces maudits marais, ha, ha, ha !
L'intéressé grommela face au chantage du garde et disparut lui et ses hommes par le passage secret, découvrant un spectacle des plus repoussant.
Edoras comprit mieux la fonction de cette barrière, car c'était ici que débutait les marécages, enclavés à droite et à gauche de plateaux rocailleux inaccessibles. Quand à ce bourbier géant, il s'étendait à perte de vue s'enfonçant dans des nuages vaporeux s'échappant de la vase noire.
Des nuées d'insectes bourdonnaient çi et là, et parfois le sable des marais se soulevait laissant apparaitre serpents, crapauds, sangsues géantes et autres créatures plus repoussantes les unes que les autres.
Le voyage durait depuis deux jours lorsque la nuit stoppa une fois de plus leur pénible traversée. Isyk déclara qu'ils étaient dans le périmétre où se situait le temple, du moins au vue de la carte.
Edoras n'avait pas appris grand chose depuis son départ, mais la chance était toujours avec lui car personne ne lui fit de remarque sur son masque ou sur son manque de discussion.
Apparemment les hommes employés par Varalid provenaient de Suyolor et semblaient ne pas se connaitre, lui falicitant la tâche.
La troupe, trouvant un endroit sec et protégé du vent, s'installa pour la nuit autour d'un petit feu faisant fuir les êtres hostiles des marais sans fin d'Oralor, si ce n'est quelques moustiques assoiffés de sang.
Alors que tout le monde s'endormit, le voleur, s'assurant que personne ne fut éveillé, s'approcha d'un arbre plongé dans le noir et, bloquant ses jambes sur une branche à deux métres du sol, s'assoupit à son tour.
Il savait en effet qu'il n'était pas prudent de faire un foyer ici, surtout si le peuple des hommes-lézards existait réellement.
Le rôdeur fut tiré de son sommeil par le bruit de succion caractéristique de la vase foulée et apparemment par plusieurs individus.
Il mit alors sa main sur sa bouche, s'empêchant d'alerter par sa surprise les deux créatures qui venaient de s'approcher du foyer. Elles étaient hautes de deux métres et se tenaient debout comme un homme, s'aidant de leur grosse queue comme balancier. Leur peau sembla gluante et recouverte d'écailles vertes ainsi que certaines autres blanchâtres sur l'abdomen. Malgrè tout, ce n'était visiblement pas des montres inintelligents, car ils étaient vêtus d'armure de cuir et armés d'épées ainsi que de filets qu'ils s'apprêtaient à lancer sur leurs proies endormies.
L'un d'eux fonça subitement vers la troupe et, tout en emprisonnant Isyk dans son filet, enfonça sa lame dans le coeur de son voisin étendu au sol.
L'autre homme-lézard allait faire de même lorsque, une fois délivré lui-aussi son coup mortel, il s'écroula le cerveau transpercé d'une fléche.
- Attention ! Nous sommes attaqués, debout vite !
Edoras venait d'hurler ces quelques mots attirant la colère du dernier serpent à pattes qui chargea sur le meurtrier de son compagnon de chasse, une fois son arme dégagée du corps de sa seconde victime.
Brandissant son épée, il s'élança sur l'humain qui était descendu de l'arbre, parant le coup maladroitement de son falchion tout juste dégainé ce qui le déséquilibra, la masse du monstre se bloquant dans son bras.
La créature leva alors sa queue, prêt à l'écraser sur son opposant, lorsqu'elle beugla un cri de terreur, transpercée par une épée.
Le guerrier venait de voler la vie du bipéde sauvant par la même celle de son pire ennemi, sans s'en douter.
- Merci Varalid de m'avoir tiré d'affaires, il vaudrait mieux s'assurer qu'il n'y en ait plus d'autres aux alentours.
Le chef de la troupe jeta un coup d'oeil un peu partout puis, revenant au camp, constata avec regret la mort de trois de ses hommes.
- Dis-moi Isyk, tu n'avais pas dis que les mrécages étaient habités, j'espère que tu ne t'est pas trompé de chemin, n'est-ce pas ?
Secouant la tête négativement, Isyk répondit que le temple ne devait plus être trés loin et qu'ils trouveraient le trésor y demeurant.
Se débarassant des cadavres, tout le monde se rendormit et le reste de la nuit se passa plus tranquillement jusqu'au début de l'aube.
Continuant plus prudemment leur avancée, la troupe dorénavant plus réduite poursuivait sa lente progression parmi les tourbières de plus en plus enveloppées dans des brûmes épaisses et malodorantes.
La mésaventure de la nuit passée améliora la supercherie d'Edoras, satisfait d'avoir pu se débarasser facilement déjà de trois assassins. Mais il décida de remettre encore à plus tard sa vengeance car seul avec Isyk, il aurait sûrement beaucoup de mal à traverser cette région trés hostile.
Le repos de la mi-journée marqua aussi la fin des rations du groupe ainsi que celle des chevaux, fatigués et affamés par le manque de végétation.
Varalid sortit alors les deux cartes qu'il possédait et, s'approchant d'Isyk insista pour qu'il lui déchiffre ses annotations.
Le prisonnier prit la tête de la marche, tout en tenant ses cartes, excité et sûr de ne plus être trés loin du but de sa longue quête.
Le Soleil allait encore une fois se coucher lorsque les marais s'estompérent quelque peu laissant la place à un sol plus ferme et en pente.
- C'est le plateau, c'est ça ! Nous avons réussi, nous…
Le Dalenisien, plongé apparemment dans une ivresse de bonheur, fut interrompu par Varalid qui pour sa part semblait plutôt morose.
- Quoi ? Que veux tu dire par ce plateau, tu m'avais caché son existence !
Isyk s'excusa et avoua que le temple ne se trouvait pas complétement dans les marécages mais sur ce tertre géant qui les surplombait.
Reprenant les parchemins, le traitre ordonna d'hâter l'allure avant la tombée de la nuit. S'éxécutant, tout le monde repartit s'appuyant sue leurs dernières énergies en forçant la cadence de leur monture déjà à bout de souffle.
Aprés avoir grimpé plusieurs centaines de métres de dénivelé, ils arrivèrent tous en haut du plateau et s'exclamérent en coeur, stupéfait, et même Edoras qui arrivait enfin au bout de son long périple.
A travers le brouillard, montant même jusqu'ici, surgissait une colossale ombre noire. Se rapprochant, les formes d'un temple perdu et oublié depuis des millénaires se dressaient, dominant tout le plateau et semblant toucher le ciel de son énorme tour cyclopéenne.
Mais plus le groupe s'avançait, plus la nervosité remplaça la joie devant le nouveau visage dévoilé par le temple. Ses murs étaient effectivement noirs et sa silhouette grotesque ne semblait que renfermer la mort. Même la végétation autour de lui ne poussait guère et aucun son ne perçait le silence morbide et malsain du plateau désertique.
La brûme s'écarta alors, déplacée par le mouvement des chevaux, laissant place à une grande porte de pierre qui flanquait l'un des côtés de ce monastére et qui, à première vue, ne semblait être que l'unique entrée.
Varalid fit signe de stopper les montures se retourna, transpirant quelque peu d'anxiété.
- Nous allons rester dehors pour cette nuit et nous attendrons qu'il fasse bien jour pour pénétrer à l'intérieur.
Edoras sourit derrière son casque, amusé par les superstitions du traitre.
Aprés tout, cette bâtisse avait du être laissé à l'abandon depuis des siècles et il n'y avait aucune raison de s'inquiéter, du moins normalement.
Alors que tout le monde se prépara à dormir, le voleur repensa à Kalarghen qui semblait connaitre Isyk et étrangement le prisme de cristal que Sylfine lui avait confié et qu'il s'était fait voler. Mais il sut qu'il lui faudrait encore faire preuve de patience et attendre le bon moment pour avoir les réponses à toutes ses questions.
Partie II : Chapitre 10 à 13
Partie III : Chapitre 14 à 18
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